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De la microfinance à la banque : au Cameroun, CCA Bank a sauté le pas

Le siège du Crédit communautaire d’Afrique, à Yaoundé. © Flickr Dan Armstrong

L’institution de microfinance a changé de statut en mai. Forte de son réseau d’agences, elle affiche une grande ambition dans les activités de détail.

Albert Nkemla, président du conseil d’administration du Crédit communautaire d’Afrique (CCA), doit une fière chandelle à Louis Paul Motaze, nommé ministre des Finances lors du remaniement de mars 2018 au Cameroun.

Le 30 mai, ce dernier accordait enfin l’agrément bancaire au CCA, quinze mois après le feu vert du régulateur, la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac).

Las d’attendre, le capital-investisseur panafricain AfricInvest et le fonds public belge BIO se sont entre-temps désengagés. Seuls l’ivoirien NSIA et quelques privés camerounais ont continué de soutenir le projet.

Bonne santé financière

CCA Bank devient ainsi le quinzième établissement de crédit au Cameroun et la première structure de microfinance d’Afrique centrale à sauter le pas, vingt ans après sa création par Albert Nkemla.

Dernière-née des banques locales, ses indicateurs la placent parmi les dix premiers établissements du pays

Un changement de statut favorisé par sa bonne santé financière : un total de bilan de 182 milliards de F CFA (277,5 millions d’euros) à la fin de 2017, pour des dépôts s’élevant à 170,7 milliards de F CFA et des crédits de 78,9 milliards de F CFA. Ce qui lui a permis de dégager l’année dernière un résultat net de 692 millions de F CFA.

« Elle est peut-être la dernière-née des banques locales, mais ses indicateurs la placent déjà parmi les dix premiers établissements du pays, certes à distance des filiales des groupes internationaux et des banques panafricaines », souligne un analyste.


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Des performances qui résultent de la fidélité de ses 450 000 clients captés grâce à son réseau de 42 agences et de 49 distributeurs automatiques disséminés sur le territoire, notamment dans des localités non desservies par les banques.

Devenir une banque universelle lui permettra aussi d’accroître les opérations en devises

« Son portefeuille est constitué d’un réseau dense de PME formelles et informelles et de particuliers, notamment des fonctionnaires. Il est probable que le nouvel établissement cherchera dans un premier temps à consolider cette base pour se faire une place dans la banque de détail. Quitte à opter plus tard pour le corporate », analyse un concurrent.

Le fait de devenir une banque universelle lui permettra aussi d’accroître les opérations en devises qu’elle pratiquait déjà intensément au profit de sa clientèle.

Changement de culture

Ce nouveau statut implique également un changement d’état d’esprit. « Il règne toujours un réflexe de microfinance dans la maison, où les contrôles demeurent assez lâches », soutient notre observateur.

Pour y remédier, le nouveau management, sous la houlette de Charlotte Kouecheu, une ancienne cadre de Commercial Bank of Cameroon (CBC), multiplie les partenariats. Des accords d’assistance technique ont ainsi été noués avec Oragroup, la néerlandaise Rabobank et Mauritius Commercial Bank (MCB). Mais pas question pour le moment de conclure une alliance avec les groupes désireux de faire leur entrée sur le marché bancaire camerounais.

Albert Nkemla, qui considère l’homme d’affaires camerounais Paul Kammogne Fokam comme « son mentor et le grand frère qu’il n’a jamais eu », vient donc de franchir une étape décisive dans son aventure bancaire. Peut-être rêve-t-il à présent, en secret, de suivre la trajectoire africaine du fondateur d’Afriland First Group.

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