Finance

Microfinance : la concurrence s’accroît en Afrique de l’Ouest

Les agents Baobab+ qui distribuent des kits solaires, ils sensibilisent la population à l'énergie solaire et présentent les produits dans les villages en zones rurales, à San Pedro en Côte d'Ivoire. © Baobab+

Baobab, Cofina, Amifa… La concurrence s’accroît en Afrique de l’Ouest pour des acteurs qui devront choisir entre conserver leur vocation sociale et offrir d’importants retours sur investissement.

Ce 30 novembre, Microcred opère son rebranding et devient officiellement Baobab sur le marché très concurrentiel de la microfinance au Burkina Faso.

Cette nouvelle identité, décidée au mois d’octobre, doit s’étendre progressivement à l’ensemble des filiales, confirme l’appétit du groupe français pour un secteur dont le chiffre d’affaires en Afrique de l’Ouest est estimé à plus de 1 262,2 milliards de F CFA (1,9 milliard d’euros).

Mais elle s’inscrit surtout dans une offensive plus large. « Nous souhaitons nous transformer en banque digitale dans les trois prochaines années », confie Nicolas Dehoorne, directeur général de Microcred Burkina (plus de 15 milliards de F CFA d’actifs en 2017).

Une gamme de produits élargie

Dès à présent, sa gamme de produits « va au-delà du crédit et de l’épargne aux microentrepreneurs, avec un éventail beaucoup plus large de clients », détaille pour sa part Marion Ivars, directrice commerciale du groupe.

Arrivé au Pays des hommes intègres en 2016, Microcred s’est rapidement hissé dans le peloton de tête d’un secteur largement dominé par le Réseau des caisses populaires du Burkina (70 % de part de marché), suivi de loin par l’Alliance de crédit et d’épargne pour la production (ACEP) et par Première agence de microfinance (PAMF).

Depuis 2014, le groupe a lancé son réseau d’agents à l’assaut du Sénégal, de Madagascar et, plus récemment, de la Côte d’Ivoire. Ils sont aujourd’hui un millier de commerçants sous contrat. Avec plus de 750 000 clients répartis sur dix marchés, l’entreprise fondée en 2005 connaît une croissance rapide en Afrique.

« En 2017, nous avons octroyé près de 850 millions d’euros de crédits afin de soutenir le développement des petites et très petites entreprises en Afrique et en Chine. Notre portefeuille de prêts s’élève à plus de 551 millions d’euros, et nous avons également constaté une augmentation des dépôts de la clientèle, à près de 195 millions d’euros », se félicite Marion Ivars.

La digitalisation des offres est désormais incontournable

Grâce à une maîtrise des créances douteuses avec un portefeuille à risque à trente jours (PAR 30) établi à 2,2 % à la fin de décembre 2017, conjuguée à une excellente performance dans le secteur, Baobab mise sur la diversification de ses produits et sur l’innovation pour percer sur de nouveaux segments de marché.



Car la digitalisation des offres est désormais incontournable, « 21 % des crédits ayant été accordés par le biais du téléphone mobile en 2017 », précise Marion Ivars. Selon les estimations du secteur, le marché des smartphones et des tablettes va doubler en Afrique subsaharienne au cours des cinq prochaines années, pour passer de 400 à 800 millions d’utilisateurs.

L’objectif du groupe est bien sûr de capter cette croissance, d’autant plus que 40 % des clients bancaires africains interrogés préfèrent utiliser les canaux numériques pour les transactions. « Internet mobile continue de croître rapidement en Afrique. Selon le cabinet GSMA, la pénétration du smartphone passera de 20 % en 2015 à près de 60 % en 2020. Aujourd’hui, dans les capitales, elle est déjà supérieure à 80 % », rappelle Marion Ivars. Reste que le groupe français préfère se concentrer sur le financement des PME plutôt que des particuliers. « Pour apporter de la valeur ajoutée, nous nous spécialisons dans le financement des microentreprises, segment non couvert par les banques commerciales », explique Nicolas Dehoorne.

Le potentiel du marché ouest-africain de la microfinance (plus de 1 200 milliards de F CFA d’actifs, selon la Banque centrale) est tel qu’il suscite la convoitise des grands groupes internationaux. Parmi eux, Cofina, qui prospecte le marché burkinabè de la microfinance, jusqu’ici véritable chasse gardée du Réseau des caisses populaires.

Avec 1 000 collaborateurs, le groupe ivoirien revendique 100 000 clients. En 2017, il a atteint 96 milliards de F CFA de total de bilan, soit un peu moins que l’objectif affiché de 100 milliards de F CFA, pour un encours de crédits de 71 milliards, contre 64 milliards engrangés au titre des dépôts. Disposant de 78 points de vente, le groupe ivoirien évalue l’ensemble de ses opérations à plus de 200 milliards de F CFA.

D’autres encore comme Atlantic Microfinance for Africa (Amifa), holding du groupe marocain Banque centrale populaire (BCP), qui a ouvert au Sénégal sa quatrième filiale consacrée à la microfinance sur le continent, frappe également à la porte du pays.

Hausse de la concurrence

Mais ce secteur, où évoluent traditionnellement des acteurs locaux sous forme coopérative ou mutualiste, est aussi convoité par d’autres compétiteurs. Pour s’adapter à la nouvelle donne du marché, six réseaux ouest-africains de microcrédit, dont le Réseau des caisses populaires au Burkina, Kafo Jiginew et Nyèsigiso au Mali ou encore Pamecas au Sénégal, ont lancé en juillet 2018 les activités de la Financière de l’Afrique de l’Ouest (Finao).

N’agissant pas comme une banque de détail, la Finao, implantée à Dakar, a démarré avec 4,5 millions de clients et 800 points de vente. En 2016, l’épargne collectée par ces six institutions s’était établie à 400 milliards de F CFA, contre quelque 300 milliards de F CFA de crédits octroyés. L’excédent de ressources ainsi dégagé, soit 100 milliards de F CFA, a été mis à disposition de la Finao pour une intermédiation directe au profit de ses fondateurs et des institutions de microfinance de la sous-région.

Fin connaisseur de la microfinance en Afrique de l’Ouest, Alpha Ouédraogo voit d’un bon œil l’arrivée de ces nouveaux acteurs. « Le marché est tel que ni les banques ni les systèmes financiers décentralisés (appellation du secteur par la BCEAO) ne peuvent répondre aux besoins de financement des populations. Il y a donc de la place pour plusieurs acteurs, mais l’évolution actuelle va imposer des alliances », précise l’ancien patron du Réseau des caisses populaires du Burkina et de la Confédération des institutions financières en Afrique de l’Ouest (CIF-AO).

Baobab+

Avertissant toutefois que le secteur ne saurait devenir un « gisement minier », une sorte de vache à lait pour les sociétés à capitaux au détriment de sa fonction sociale, il regrette que « la plupart des investisseurs dans la microfinance demandent des retours sur investissement de l’ordre de 20 % à 30 % ». Engagé dans une véritable bataille de marché, Baobab confirme engranger des gains de l’ordre de 30 % sur fonds propres pour ses filiales africaines les plus rentables.


Une PME sur deux n’a pas accès au crédit

En Afrique, environ 480 millions de personnes sont exclues du système bancaire. 71 % de la population adulte de l’Afrique subsaharienne ne dispose pas de compte auprès d’une institution financière formelle (banques traditionnelles, IMF, coopératives). Sur l’ensemble du continent, 53 % des microentreprises et des PME (35 millions) ont peu ou pas accès aux services de crédit.

Alors qu’une grande partie du marché bancaire mondial enregistre une croissance atone ces dernières années, le secteur bancaire africain a connu une expansion importante et devrait maintenir cette tendance positive dans un avenir proche. Aujourd’hui estimé à environ 86 milliards de dollars, il devrait augmenter à 129 milliards de dollars d’ici à 2022.

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