Finance

[Tribune] Le Maghreb doit engager sa révolution financière

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Directeur des études au sein de Paris-Europlace

Le dirham, la monnaie marocaine. © Alexandre Dupeyron pour JA

Dans une économie mondiale en profonde mutation, en rupture avec les équilibres sur lesquels elle s’est construite depuis Bretton Woods, la finance et l’accès aux financements représentent un enjeu crucial.

Pour les économies du Maghreb, les défis du financement et du développement de leur secteur financier sont encore plus cruciaux pour, enfin, s’inscrire dans ce processus de transformation des économies et intégrer définitivement le cercle des pays émergents.



Or force est de constater que les pays du Maghreb peinent à créer une finance capable de jouer pleinement son rôle, celui de connecter efficacement les épargnants, qu’ils soient d’ailleurs nationaux ou internationaux, aux besoins de financement de leurs économies et faire de la finance un levier de croissance, comme c’est le cas dans les pays émergents.

En effet, une analyse rapide des grandes masses financières des pays du Maghreb montre d’une part que le poids des secteurs bancaires, évalué par la taille des bilans, ne représente que 120 % du PIB au Maroc, 125 % en Tunisie et 70 % en Algérie, alors que ce taux atteint en moyenne 2,5 fois le PIB dans les pays émergents.

Et d’autre part, si l’on regarde du côté des investisseurs, le constat est identique. Les actifs sous gestion correspondent à 30 % du PIB au Maroc et en Tunisie, et sont estimés à moins de 10 % du PIB en Algérie, alors qu’ils représentent une à deux fois le PIB en moyenne dans les pays émergents.

L’insuffisance de la taille des intermédiaires bancaires et des investisseurs, principaux animateurs des marchés financiers, a pour corollaire une stagnation, voire une régression, des capitalisations boursières ainsi qu’une faiblesse structurelle de la liquidité des marchés.

Pour transcender cette atonie de la finance maghrébine, la solution passe par un changement total de modèle

Le dernier rapport annuel de Bank al-Maghrib rappelait à juste titre que le ratio de liquidité de la Bourse de Casablanca était de 6,5 %, alors que celui-ci dépasse les 40 % dans les pays émergents. En Tunisie, ce taux est inférieur à 5 %, tandis que la Bourse d’Alger ne compte que quatre sociétés cotées. La situation est encore plus critique si l’on regarde du côté des marchés de la dette, avec une absence quasi totale de marchés secondaires.


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Pour transcender cette atonie de la finance maghrébine, la solution passe par un changement total de modèle. Il s’agit tout d’abord d’instaurer la confiance des investisseurs comme de l’ensemble de l’écosystème dans les marchés financiers.

Cela passe par la mise aux normes internationales des leviers essentiels à la confiance : conditions d’information et d’accès aux marchés financiers, transparence et gouvernance des marchés et des entreprises et, enfin, protection des investisseurs. Une deuxième étape consisterait à mettre en liaison ces marchés avec des infrastructures de marchés internationaux, ce qui garantirait la pérennité d’un tel système de transparence, de bonne gouvernance et de protection des investisseurs.

L’Égypte ou encore Maurice expérimentent une telle transition, avec des résultats prometteurs, notamment en matière d’attractivité pour les investisseurs internationaux. Il conviendrait bien évidemment d’accompagner ces évolutions par la mise en place de véhicules d’épargne longue, à la fiscalité incitative.

Les pays du Maghreb ont tout à gagner à s’inscrire dans un tel processus, d’autant qu’ils disposent de nombreux atouts : des institutions financières solides, au Maroc, et une volonté politique forte de développer le secteur financier, comme en témoignent les nombreuses initiatives récemment lancées, en particulier dans le domaine monétaire.

Compétences et excellence du capital humain, en Tunisie, notamment en matière de finance et d’innovation, à l’instar des actions récemment engagées dans ce domaine telles que l’e-dinar, l’organisation de l’Africa Blockchain Summit, etc. De son côté, l’Algérie dispose d’un gisement important d’entreprises privatisables, qui pourraient durablement alimenter les marchés et soutenir le développement des marchés des capitaux.

La transformation de la finance et des modèles financiers, à travers le digital, représente également un levier accélérateur de la financiarisation des économies, en particulier dans les pays émergents.



Enfin, une Bourse régionale faciliterait grandement la concentration de la liquidité, notamment internationale, sur cette région qui, à bien des égards, offre un potentiel d’attractivité, de croissance et de développement parmi les plus importants d’Afrique.

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