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Cet article est issu du dossier «Afrique-France : un autre regard ?»

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Économie

Économie : rééquilibrage entre la France et l’Afrique

Echangeur du pont Henri Konan Bédié, quartier de Marcory, Abidjan, Côte d'Ivoire, en mars 2016. © Jacques Torregano pour JA

Pour Emmanuel Macron, la France doit travailler sur un pied d’égalité avec le continent Africain. Elle se montrera plus généreuse mais n’en restera pas moins pragmatique.

Pas un mois ne passe sans qu’une délégation patronale du Medef ne prenne le chemin d’un pays africain, ou sans qu’un forum à Paris ne tente de persuader les investisseurs que le continent est le nouvel Eldorado. Ses 5 % à 10 % de croissance annuelle depuis les années 2000 et le tam-tam médiatique sur l’apparition de « lions africains » ont fini par les convaincre qu’une classe moyenne urbaine est en train d’y naître, avec des besoins de consommation croissants.

« Partenariat »

Les Chinois, puis les Brésiliens et les Indiens se sont mis à labourer le continent, à bâtir routes et barrages pour le plus grand profit de leurs entreprises et de leurs volumes d’exportation. Les entrepreneurs français, en revanche, commencent tout juste à considérer d’un autre œil une Afrique longtemps jugée trop risquée malgré ses taux élevés de profitabilité.


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Et ils sont encore loin de se bousculer au portillon d’un continent sur lequel ils hésitent encore à miser. Les investissements directs (IDE) français en Afrique, pour l’année 2016, représentent moins de 1 % du total des investissements tricolores dans le monde. Certes, en 2015, ce pourcentage a atteint 14 %, mais, en 2014, il traduisait une baisse…

Des déséquilibres qui trahissent un manque d’engouement. Les fonds d’investissement français consacrés à l’Afrique se comptent sur les doigts d’une main, quand ceux en provenance des pays anglo-saxons sont légion.

Le président Macron s’évertue à changer le regard de la France sur l’Afrique depuis le discours de Ouagadougou en novembre 2017. Fini la posture paternaliste et les conseils de bonne gestion, plus ou moins comminatoires, qui servaient à huiler les rouages de la « Françafrique ».

« Si l’on veut remplir les objectifs du développement durable arrêtés par l’ONU, il va falloir que le secteur privé participe aussi » affirme Rémy Rioux.

Le chef de l’État parle désormais de « partenariat » avec une Afrique qui doit devenir « notre alliée pour inventer les grands équilibres du monde de demain » et fait de l’AFD l’acteur financier et technique chargé de renouveler les liens de la France avec l’ensemble du continent.

Ce renouvellement porte d’abord sur les mots. Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, et Rémy Rioux, directeur général de l’AFD, ne parlent plus d’« aide au développement » – un terme devenu trop limitatif –, mais « d’investissement solidaire ».

Le secteur privé

« Si l’on veut remplir les objectifs du développement durable arrêtés par l’ONU, qui comportent des investissements massifs en faveur du climat, l’aide publique au développement est insuffisante, affirme Rémy Rioux. Il va falloir que le secteur privé participe aussi. Nous sommes en train de passer de l’aide à quelque chose d’autre. »

Dès 2019, l’AFD quadruplera le montant de ses dons – son budget augmentera d’un milliard d’euros – et continuera à les concentrer sur le continent. « L’AFD est en train de se transformer pour se mettre à l’écoute de demandes de plus en plus diversifiées », ajoute Rémy Rioux.

Comme par le passé, l’Agence coopérera avec les gouvernements, mais également et de plus en plus avec la société civile, les ONG, les collectivités locales et le secteur privé.

Concernant ce dernier, Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans les investissements destinés aux entreprises, est en première ligne. Les deux tiers des moyens budgétaires supplémentaires consacrés au développement d’ici à 2022 seront réservés à l’aide bilatérale, ce qui doit être vu comme un encouragement aux entreprises françaises qui veulent prendre des risques sur le continent et y investir à long terme.

« Il faut que nous amenions en Afrique les partenaires compétents dont elle a besoin », souligne le directeur général.

Politique solidaire ou pro-business ?

Dans l’esprit d’Emmanuel Macron, développer une relation d’égal à égal avec les pays africains suppose d’instaurer un dialogue où chacun exprimera ses intérêts de façon assumée.

La France épaulera l’Afrique. Mais elle fera aussi en sorte que ses entreprises y trouvent leur compte et espère bien enregistrer des résultats en matière d’exportations et d’emploi. Une orientation qui suscite un sentiment partagé parmi les ONG françaises.

Philippe Jahshan, président de Coordination Sud, qui fédère ces organisations, applaudit la fin du discours « misérabiliste » sur l’Afrique, mais s’interroge sur le fait de savoir « si la politique de la France sera solidaire ou seulement pro-business ». Pour lui, deux marqueurs permettront de trancher : l’appui à la gouvernance démocratique et la lutte contre l’évasion fiscale.

En ce qui concerne cette dernière, dit-il, « il faut avoir recours à l’impôt pour donner plus de moyens aux administrations africaines. L’apport de fonds privés est certes nécessaire, mais, si la capacité d’intervention publique n’est pas renforcée, le développement ne sera pas au rendez-vous ».


Business France à la relance

Le 22 et le 23 octobre prochain, l’agence Business France organise pour la première fois un forum baptisé Ambition Africa 2018, au ministère de l’Économie et des Finances, à Paris. Objectif : renforcer la présence française en Afrique et ainsi mettre en œuvre la stratégie souhaitée l’an dernier par Emmanuel Macron dans son discours de Ouagadougou.

Certes, on ne part pas de rien : la France demeure l’un des tout premiers partenaires commerciaux de l’Afrique, et 38 000 de ses entreprises y ont exporté pour plus de 53 milliards d’euros en 2017. Un volume d’investissements qui a été multiplié par sept depuis 2002. Mais il est possible de mieux faire.

Plus de 3 000 rendez-vous entre entreprises africaines et françaises seront organisés.

Afin de renforcer échanges et partenariats, de contribuer à apporter à l’Afrique – dont la population devrait doubler dans les vingt prochaines années – des outils économiques, financiers et techniques pour accompagner son développement, plus de 3 000 rendez-vous entre entreprises africaines et françaises seront organisés.

En parallèle, on parlera climat des affaires, formation professionnelle et financements des entreprises en Afrique au cours de nombreux ateliers. Les besoins des secteurs où se sont positionnées les entreprises françaises, petites et grandes – santé, numérique, transports urbains, accès à l’eau, déchets, agro-industrie – seront également analysés en détail.

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