Politique

RDC – Denis Mukwege : « Depuis deux ans, nos gouvernants défient le peuple »

À Paris, le 10 mars 2016. © Bruno Levy pour JA

Récompensé par le prix Nobel de la paix, « l’homme qui répare les femmes » milite pour la fin des violences dans l’Est et dit ne pas croire à la transparence des élections du 23 décembre.

Le téléphone de son assistant n’arrête pas de sonner. Des médias du monde entier tentent de décrocher un entretien avec l’« homme qui répare les femmes » violées dans l’est de la RD Congo. « Au moins 150 personnes attendent un créneau », nous souffle-t-on avant de nous donner le feu vert. Le 5 octobre, le gynécologue-obstétricien congolais Denis Mukwege a reçu le prix Nobel de la paix aux côtés de l’Irakienne Nadia Murad. « Ma vie n’a pas beaucoup changé », assure-t-il à l’autre bout du fil, depuis Bukavu, cette ville qui l’a vu naître en 1955 et où il a fondé l’hôpital Panzi à la fin des années 1990.


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On le sent tout de même fatigué, la voix fébrile. Mais les convictions de cet homme, devenu au fil des ans l’un des principaux détracteurs du président Joseph Kabila, sont restées intactes.

Nous l’avions rencontré une première fois il y a cinq ans, à Paris. À l’époque, le docteur Mukwege, qui avait échappé, un soir d’octobre 2012, à une tentative d’assassinat à Bukavu, nous confiait déjà sa lassitude quant à l’impasse dans laquelle se trouvait son pays. Il nous avait dit qu’il opérait à Panzi des jeunes filles violées elles-mêmes nées du viol. « Il n’est plus temps de s’indigner, il est temps d’agir », martelait-il alors.

Le Parlement européen ne lui avait pas encore décerné son prix Sakharov (il le fera en 2014), le réalisateur belge Thierry Michel ne lui avait pas encore consacré un documentaire (L’Homme qui répare les femmes. La colère d’Hippocrate, sorti en 2015), mais déjà Denis Mukwege accusait Kinshasa de ne rien faire, ni pour protéger les populations ni pour mettre fin à la multiplication des groupes armés dans l’est du pays. Aujourd’hui nobélisé, Mukwege ne compte pas se taire. Bien au contraire.

Jeune Afrique : Vous aviez plusieurs fois été pressenti pour le Nobel de la paix. Vous attendiez-vous à l’obtenir cette année ?

Denis Mukwege : Je n’en ai jamais fait mon objectif. J’ai travaillé pour restaurer la dignité des femmes. En RD Congo tout d’abord, mais aussi dans d’autres pays, puisque je suis maintenant sollicité en Guinée, en Centrafrique et même en Irak. Je me suis investi pour cette partie de notre humanité qui souffre, sans jamais me préoccuper d’une quelconque récompense.

Que représente ce prix pour vous ?

C’est d’abord une reconnaissance des souffrances des victimes de violences sexuelles dans les conflits, et cela me touche énormément. Nous pouvons désormais espérer que les femmes obtiendront une réparation juste. Au Congo, beaucoup d’entre elles ont porté plainte et même gagné des procès, mais elles n’ont jamais obtenu réparation. Celle-ci n’est pas forcément individuelle ou matérielle, elle peut aussi être d’ordre moral et symbolique. Rendre justice à ces femmes, ce pourrait être construire des écoles pour leurs enfants, des monuments pour que personne n’oublie ce qui s’est passé et que cela ne se reproduise pas.

À travers ce Nobel, la communauté internationale montre aussi qu’elle veut abolir l’usage du viol comme arme de guerre. Le viol, c’est une arme redoutable qui détruit la personne, la famille, la communauté et la nation, et, aujourd’hui encore, des individus gagnent des guerres en imposant à leurs pseudo-ennemis un terrorisme sexuel inacceptable.

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