BTP & Infrastructures

Sénégal : la SDE se veut confiante avant le verdict de Dakar

un site de la sde © Christian Dumont/REA

Dans l’attente du résultat de l’appel d’offres du contrat d’approvisionnement des zones urbaines du pays, la société refuse d’envisager son éviction au profit de Suez ou de Veolia.

En mai, la Sénégalaise des eaux (SDE) recevait le Water Utility of the Year Award, prix distinguant la meilleure société d’eau de l’année sur le continent. D’aucuns y verraient un heureux présage, au moment où Dakar s’apprête à renouveler le contrat d’affermage pour la production et la distribution d’eau dans les centres urbains du pays. La filiale de la société Eranove (57,8 % du capital) a déjà été reconduite deux fois depuis 1996. Attendu en juillet, le résultat de l’appel d’offres n’a toujours pas été communiqué, faisant monter la pression au sein de l’entreprise.

Abdoul Ball, son directeur général, tient néanmoins à afficher son optimisme. « Nous attendons avec sérénité. Sauf cataclysme, le partenariat entre l’État et la SDE va se poursuivre encore longtemps », anticipe-t-il.


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La SDE affiche, il est vrai, un bon bilan. Si le Sénégal a échoué à atteindre la plupart des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations unies, le pays n’a pas manqué celui de l’accès à l’eau potable. Entre 1996 et 2017, la part de la population en zone urbaine ayant accès à l’eau est passée de 80 % à 98 %, le nombre de clients de la SDE a triplé, atteignant plus de 7 millions de consommateurs, le rendement du réseau a bondi de 68 % à 81 %, et la production d’eau a plus que doublé avec 185,6 millions de m3.

En compétition avec les français Suez et Veolia, la SDE devancerait en outre ses compétiteurs grâce à une offre financière moins-disante, ce qui en théorie suffit à la déclarer vainqueur. L’information a été donnée par le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement. Interrogé par JA, ce dernier n’était pas disponible au moment où nous mettions sous presse pour expliquer ce retard.

Un succès dû aux efforts de l’État pour moderniser les infrastructures

Abdoul Ball explique le succès de son entreprise par une expertise « entièrement sénégalaise » et par les importants efforts considérables consentis par l’État et l’opérateur pour moderniser les infrastructures de production et de distribution d’eau. En vertu du contrat d’affermage, c’est la Société nationale des eaux du Sénégal (Sones), société de patrimoine, qui assure l’essentiel des investissements, tant au niveau de la distribution que de la production.

Aujourd’hui, la collaboration entre les partenaires n’est, contrairement aux dires de la SDE, pas toujours évidente. Notamment parce qu’un certain retard a été pris pour augmenter la production, comme en témoignent les pénuries d’eau subies dans la capitale et sa grande banlieue. L’agglomération dakaroise mobilise 70 % de l’eau distribuée par la SDE.


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Le chef du gouvernement, Mahammed Dionne, a d’ailleurs dû monter au créneau en juillet pour calmer la colère des consommateurs. Le déficit de production est évalué à 12 millions de litres par jour.

« Ces pénuries sont occasionnées par un retard d’investissement. Aujourd’hui, il faut passer à la vitesse supérieure, d’où les récents travaux à Keur Momar Sarr (qui avec l’usine de Ngnith produit plus de 40 % de l’approvisionnement de Dakar) », reconnaît Abdoul Ball.

Dans l’attente du résultat de l’appel d’offres, le patron de la SDE insiste néanmoins sur la relation équilibrée nouée avec l’État et la Sones. En 2017, le chiffre d’affaires de l’entreprise a atteint 103 milliards de F CFA (157 millions d’euros), et cette dernière a reversé 25 milliards à l’État via la Sones et l’Office national de l’assainissement du Sénégal.

Pour répondre à la croissance de la demande, l’État a engagé, avec l’appui de l’AFD, la Banque européenne d’investissement, la Banque islamique de développement, la Banque mondiale et la BAD, d’importants travaux dont la construction d’une troisième usine d’eau sur le lac de Guiers, à Keur Momar Sarr, et celle d’un complexe de dessalement d’eau de mer à Dakar. Pas moins de 385 milliards de F CFA devront y être injectés. Mais en attendant, pour parer au plus pressé, depuis 2014, la SDE met la main à la poche et a préfinancé pour 17 milliards de F CFA trois programmes d’urgence pour l’alimentation en eau de la capitale.

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