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Cet article est issu du dossier «Pétrole et gaz : les majors relancent l’exploration»

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Angola – Pétrole : grand vent de réformes à la Sonangol

En 2017, la compagnie a produit 1,6 million de barils par jour, soit le plus grand volume sur le continent. © Simon Dawson/Bloomberg via Getty Images

Sur fond de ralentissement économique et de changements politiques, la restructuration de la Sonangol, entreprise publique angolaise s’accélère. Objectif : se recentrer pour renouer avec les bénéfices.

Les enjeux du redressement de la Sonangol sont de taille, alors que le pays de 27 millions d’habitants a requis, en août, et pour la première fois depuis près de dix ans, une aide financière et technique du FMI pour diversifier son économie, largement tributaire d’un secteur dont les ressources devraient s’épuiser en moins de trente ans.

Fondée en 1976, la compagnie établie à Luanda a produit, en partenariat avec ses associés, près de 1,6 million de barils par jour (b/j) l’année dernière, soit le plus grand volume en Afrique, contribuant pour près de 40 % au PIB et représentant 95 % des exportations globales du pays.

L’après Isabel dos Santos

Deux mois après les élections de septembre 2017, le nouveau président, João Lourenço, a choisi Carlos Saturnino pour présider aux destinées de Sonangol, remplaçant la fille du président sortant, José Eduardo dos Santos, qui régnait depuis 1979.

Jusqu’au départ d’Isabel, la femme la plus riche du continent, la compagnie s’est aventurée dans plusieurs industries, acquérant pas moins de 90 sociétés positionnées dans les télécoms, l’immobilier et même le transport aérien, diluant ainsi ses ressources et entamant sa rentabilité.


>>> À LIRE – Sonangol : la justice angolaise enquête sur la gestion d’Isabel dos Santos


Après un bénéfice de près de 3,1 milliards de dollars en 2013, lorsque le prix du baril de brut dépassait les 100 dollars, la profitabilité du groupe, qui emploie près de 22 000 collaborateurs, a chuté sous les 100 millions de dollars en 2016.

Pour renouer avec les bénéfices, le plan de restructuration a érigé en priorité la réduction de la dette, qui culminait à près de 14 milliards de dollars en 2015, pour aider à recentrer Sonangol sur ses métiers de base, en se focalisant sur l’établissement d’un groupe pétrolier verticalement intégré.

En amont, l’équipe dirigeante s’est fixé comme priorité l’augmentation des investissements dans l’exploration et la production (E&P) pour enrayer la chute de la production nationale, précipitée par la maturation dans le cycle de production des gisements actuels. Sur les 3 milliards de dollars d’investissements budgétisés en 2016, plus de 96 % ont été affectés à l’E&P, même si le montant était en retrait annuel de 35 % à cause de la chute des prix du pétrole.

Parmi les gisements visés : Mafumeira Sul, Polo Este, Dalia 1, ainsi que Kaombo, qui devrait à lui seul augmenter la capacité de production de 115 000 b/j dès décembre avant d’atteindre, à terme, 240 000 b/j.

Le financement des investissements a été facilité par un renflouement public des caisses de la compagnie pour près de 10 milliards de dollars en 2017, ce qui a contribué à réduire la dette à moins de 5 milliards. La vente d’actifs considérés comme non stratégiques devrait aussi contribuer à soulager la trésorerie de l’entreprise.

Sonangol compte restructurer son outil de raffinage et augmenter sa capacité de production

Saturnino indiquait, en février, que des participations dans le transporteur aérien SonAir, ainsi que des parts détenues dans cinq banques locales, notamment les 8,5 % dans Banco Angolano de Investimentos, étaient à vendre. Cependant, les investissements placés à l’étranger ne sont pour l’instant pas concernés. Au Portugal, l’ancienne puissance coloniale de l’Angola, Sonangol détient le tiers du capital de Galp Energia, et près de 15 % de la Banco Comercial Português.

L’extinction des ressources

Dans le segment midstream, Sonangol compte restructurer son outil de raffinage et augmenter sa capacité de production. Sonaref, l’unique raffinerie du pays, fournit moins de 20 % des besoins en produits distillés à travers son unité de production de 65 000 b/j à Luanda, à l’arrêt depuis le début d’octobre pour deux mois de maintenance. Cependant, les autorités indiquent qu’une nouvelle unité de 200 000 b/j devrait entrer en service à Lobito dès 2022.

Pour faciliter la restructuration de la compagnie et favoriser le développement du secteur des hydrocarbures, le gouvernement s’est engagé à revoir le cadre réglementaire. Diamantino Azevedo, le ministre du Pétrole, a indiqué, en août, que la mission de concessionnaire des champs pétrolifères du pays, actuellement attribuée à Sonangol, sera transférée d’ici à juin 2019 au plus tard à un nouveau régulateur du secteur.

En 2037, le pays ne pourra plus produire plus de 500 000 b/j

Le gouvernement estime que la création de la National Agency of Petroleum and Gas devrait permettre à Sonangol d’être plus efficiente, en se focalisant sur ses missions principales de production, de raffinage et de distribution.

Le temps semble compté pour la restructuration et la pérennisation des ressources du pays. Selon les propres estimations de Sonangol, l’épuisement progressif des réserves devrait tirer la production de pétrole sous la barre du million de b/j dès 2032, après avoir plafonné à près de 2 millions de b/j en 2008. En 2037, le pays ne pourra plus produire plus de 500 000 b/j avant l’extinction des ressources.


Forte croissance pour la distribution

En aval de la chaîne de valeurs, le stockage, le transport et la distribution des produits distillés et du gaz sont pris en charge par des filiales de l’entreprise publique : Sonangol Logística, Sonangol Distribuidora, Sonangol Gas Natural et Sonangol Comercialização Internacional. Selon les derniers chiffres de la compagnie, le segment a contribué pour 234 milliards de kwanzas (674 millions d’euros) à l’Ebitda en 2016, en augmentation de 29 % sur un an, et pour 45 % dans la profitabilité agrégée.

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