Dossier

Cet article est issu du dossier «Élections locales en Côte d’Ivoire : test grandeur nature»

Voir tout le sommaire
Elections

Élections locales en Côte d’Ivoire : test grandeur nature pour les partis

Malgré tous leurs efforts, le RDR et le PDCI n’ont pas réussi à limiter le nombre de candidatures indépendantes © Issouf Sanogo/AFP

Les résultats des élections locales du 13 octobre établiront l’influence réelle des différentes forces politiques, à deux ans d’une présidentielle décisive.

Depuis plusieurs semaines déjà, la Côte d’Ivoire a des allures de vaste kermesse. On y fait des cadeaux, on y distribue de l’argent et on y promet des prises en charge médicales tout en multipliant les annonces retentissantes… Rien n’est trop beau pour séduire les 6,5 millions d’Ivoiriens appelés à choisir leurs représentants locaux le 13 octobre.

Les scrutins à venir auront donc valeur de test

Il faut dire que ces élections municipales et régionales ont un parfum particulier : elles ont lieu à deux ans d’un scrutin présidentiel qui s’annonce bien plus ouvert et bien plus incertain que celui de 2015, ce qui rend le contrôle des mairies et des conseils régionaux encore plus déterminant. Ce sera aussi la première fois, depuis la fin de la crise postélectorale en 2011, que le Rassemblement des républicains (RDR) d’Alassane Ouattara et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié feront bande à part, chacun de son côté. Les scrutins à venir auront donc valeur de test.

Le RHDP en position de force

Pour le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti unifié qu’a rejoint le RDR et dont la création sera finalisée en décembre, les enjeux ne manquent pas. Il lui faut d’abord prouver qu’il n’est pas qu’un RDR bis et qu’il est capable d’établir un maillage national. Il espère aussi prendre le contrôle des communes les plus riches et les plus peuplées d’Abidjan, ainsi que de certaines zones du sud-est et du sud-ouest de la Côte d’Ivoire pour encercler le PDCI dans son fief du « V baoulé », dans le Centre.

Particulièrement impliqué, le chef de l’État a supervisé le choix des candidats. Autour de lui, le Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, la présidente du RDR, Henriette Diabaté, le ministre de la Défense, Hamed Bakayoko, le chef de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI), Albert Mabri Toikeusse, et l’homme d’affaires Adama Bictogo, membre du RDR qui lui est proche.

Malgré d’intenses pressions, le vœu d’Alassane Ouattara de limiter les indépendants n’a pas été exaucé

Avec 202 candidats pour les élections municipales et régionales, contre 121 pour le PDCI et douze pour le Front populaire ivoirien (FPI), le RHDP est en position de force. Mais, malgré d’intenses pressions, le vœu d’Alassane Ouattara de limiter les indépendants n’a pas été exaucé. Ceux-ci seront au nombre de 430. « Ce n’est pas acceptable, gronde un conseiller du Premier ministre. Les démarches se poursuivent pour que certains se retirent d’ici au 13 octobre. Dans le cas contraire, les sanctions tomberont. »

Plusieurs dizaines de proches de Guillaume Soro ont ainsi décidé de passer outre les arbitrages des appareils et de maintenir leur participation. Avant de s’envoler pour des vacances en Europe, mi-août, le président de l’Assemblée nationale avait assuré à Ouattara n’y être pour rien, mais avait peiné à convaincre son interlocuteur. Selon nos sources, Soro ne devrait regagner Abidjan qu’après le vote, comme s’il voulait montrer qu’il ne se sent pas concerné.

Posture délicate

Avec presque deux fois moins de candidats que le RHDP et des moyens bien moins importants, le PDCI aborde cette échéance dans une posture délicate. Les semaines qui ont précédé le lancement de la campagne ont mis en lumière ses divisions, et ce n’est que le 24 septembre que sa participation aux élections a été actée, en dépit du fait que la commission électorale n’ait pas été préalablement réformée. Mais le PDCI est affaibli : plusieurs dizaines de ses cadres ont choisi de se présenter sous la bannière du parti unifié, et Bédié a été surpris du positionnement de certains.

« Ce n’est que le 9 août que l’ancien président a annoncé que le PDCI ne rejoindrait pas le RHDP, décrypte Arthur Banga, docteur en relations internationales. Il a pris de court ceux qui avaient déjà constitué leur liste, et certains ne pouvaient plus faire machine arrière. D’autres ont subi d’intenses pressions de la part du RDR. C’est le cas de Mablan Beugré, qui brigue sa propre succession à la mairie de Bingerville. Il est encarté au PDCI, mais il a dû accepter de concourir sous la bannière du RHDP. »

La confusion demeure, comme le montre la présence du logo de l’ex-parti unique sur les affiches de campagne de la nouvelle formation unifiée

Quant à ceux qui espéraient que ces élections distingueraient les pro- des anti-RHDP, ils devront encore patienter. La confusion demeure, alimentée par le pouvoir, comme le montre la présence du logo de l’ex-parti unique sur les affiches de campagne de la nouvelle formation unifiée.

Marche arrière ?

Une trop large défaite du PDCI au soir du 13 octobre pourrait-elle inciter Bédié à faire marche arrière ? Le parti organisera un congrès extraordinaire deux jours plus tard. Un baron du parti répond que « Bédié n’est plus en mesure de décider seul » et qu’il « ne peut plus reculer ». Mais les partisans du RHDP et certains proches d’Alassane Ouattara espèrent encore un rapprochement.


>>> À LIRE – Côte d’Ivoire : pourquoi Bédié a décidé de convoquer un congrès extraordinaire du PDCI


Ils soulignent qu’entre le chef de l’État et Bédié les ponts n’ont jamais été totalement coupés et que plusieurs personnalités, comme le notaire Cheickna Sylla ou le père du ministre des Affaires étrangères, Marcel Amon Tanoh, s’efforcent de maintenir un lien entre les deux hommes. « Tout peut encore changer d’ici à la fin de l’année 2019 en fonction de l’évolution du rapport de force », conclut un observateur de la vie politique ivoirienne.

Les scrutins ne passionnent plus les Ivoiriens, les gens sont désabusés et fatigués par les guéguerres partisanes

Mais l’importance de ces élections pour les partis et les moyens colossaux déployés tranchent avec le peu d’engouement des électeurs, et le taux de participation s’annonce faible.

« Depuis 2011, les scrutins ne passionnent plus les Ivoiriens, relève Hugues Atchet, président d’une association de jeunes de la commune de Marcory. Les gens sont désabusés et fatigués par les guéguerres partisanes. La preuve : le recensement électoral a été, cette année encore, gangrené par le convoyage des électeurs [procédé par lequel ils s’inscrivent dans une localité autre que la leur moyennant rétribution]. Il n’a pas permis de mobiliser autant de personnes qu’espéré. »

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte