Politique

Tunisie – Mongi Rahoui : « Ces alliances de type Nidaa-Ennahdha ne sont pas durables »

Le chef du gouvernement Youssef Chahed devant l'Assemblée des représentants du peuple (ARP) à Tunis, le 26 août 2016. © Riadh Dridi/AP/SIPA

Pour Mongi Rahoui, député du Front populaire, la rentrée parlementaire ne sera guère différente des précédentes, tant la configuration actuelle des blocs n’exprime « aucun projet pour une Tunisie nouvelle. »

Jeune Afrique : Comment se profile la rentrée parlementaire ?

Mongi Rahoui : L’accord entre Nidaa Tounes et Ennahdha s’est transformé en accord entre Ennahdha et la Coalition nationale. Et cette dernière, nouvellement créée, n’a pas de poids pour amorcer une refonte de l’Assemblée. On a pris les mêmes pour recommencer. Aussi, nous ne nous faisons aucune illusion. La rentrée ne sera guère différente des précédentes. Nous connaissons les limites politiques des formations et celles, plus personnelles, de leurs représentants dans l’hémicycle.

C’est regrettable que la configuration actuelle des groupes parlementaires n’exprime aucun projet pour une Tunisie nouvelle, avec une réelle démocratie sociale, un système républicain fondé sur l’État de droit et les institutions, et l’égalité de tous face à la loi. Si nous avions tout cela, nous pourrions espérer quelque chose de cette rentrée parlementaire.

La Coalition nationale est une reproduction de Nidaa Tounes

Vous êtes sévère avec la Coalition nationale…

C’est une reproduction de Nidaa Tounes, dont elle adopte sur le fond la politique et les positions. Ce sont les mêmes députés sous un autre label. La différence, c’est qu’au lieu d’être avec Béji Caïd Essebsi ils soutiennent Youssef Chahed, que nous tenons pour responsable, en ce qui nous concerne, de l’effritement de l’économie et de la souveraineté nationale, mais aussi de la crise sociale, de la régression des libertés et d’une manipulation des médias. En somme, d’une dérive dictatoriale qui profitera à Ennahdha, puisqu’en cas de victoire électorale elle pourra renforcer, grâce à son alliance avec la Coalition nationale, les politiques répressives mises en place.

Cette alliance tire la Tunisie vers l’arrière. Ennahdha nourrit une haine de la tunisianité et cherche par tous les moyens à imposer ses positions rétrogrades. Les partis qui se disent progressistes tout en se rapprochant d’Ennahdha participent à promouvoir l’obscurantisme.

Le projet de la IIe République a été compromis par Béji Caïd Essebsi, Ennahdha et Youssef Chahed

Comment sortir des alliances de type Nidaa-Ennahdha, dont on a vu les limites, sans risquer l’éparpillement des voix ?

J’ai la ferme conviction que ces alliances ne sont pas durables, quelle que puisse être la volonté de les cimenter. Le projet de la IIe République a été compromis par Béji Caïd Essebsi, Ennahdha et Youssef Chahed.

Aux prochaines élections législatives, la famille démocratique doit donc constituer un front solide qui lui permette de s’ériger en force politique et sociale alternative contre le projet islamiste et le retour de la dictature. Une sorte de garant pour la construction d’une nation démocratique moderne.

Ennahdha envisage de demander une refonte de la loi encadrant l’ARP. L’opposition et les petits partis craignent-ils un tel projet ?

On ne connaît pas encore le contenu des propositions, mais elles ne peuvent être qu’en opposition avec les principes de démocratie, de transparence dans la gouvernance et de respect des droits des groupes parlementaires et des députés.

Fermer

Je me connecte