Société

[Tribune] Nick Conrad, Éric Zemmour… Je provoque donc je suis

Par

Sociologue des mondes de l'art et de la culture, à Paris.

Le rappeur Nick Conrad, auteur de "Pendez les Blancs", le 27 septembre 2018 © Capture d’écran Youtube/Le Parisien

Tout comme Éric Zemmour, le rappeur Nick Conrad surfe sur les tensions intercommunautaires.

Sorti de l’anonymat grâce à – ou plutôt à cause de – sa chanson polémique Pendez les Blancs, le rappeur Nick Conrad sera jugé le 9 janvier pour « provocation directe à commettre des atteintes à la vie ». Ce fils de diplomate camerounais qui appelle à tuer des Blancs risque une peine maximale de cinq ans de prison et de 45 000 euros d’amende.

On aurait aimé observer le même tollé face aux sorties nauséabondes répétées d’Éric Zemmour

La procédure judiciaire a été engagée après que son clip, très violent, a suscité, à juste titre, un tollé au sein du gouvernement et dans la classe politique française. On aurait aimé observer le même tollé face aux sorties nauséabondes répétées d’Éric Zemmour, qui, visiblement, crée des émules. Ce polémiste d’extrême droite a d’ailleurs de quoi jubiler, lui qui prophétise depuis quelques années déjà une guerre civile et un affrontement entre communautés dans une France multiculturelle.


>>> À LIRE – France : pour éviter « la guerre civile », Éric Zemmour favorable à la déportation des musulmans ?


Heureusement, malgré la montée des populismes liée aux crises identitaires qui frappent en plein cœur les États-Unis et tout le continent européen, la France résiste encore et s’accroche malgré tout à ses valeurs de fraternité, d’égalité et de vivre-­ensemble.

Symptôme d’une désagrégation culturelle

Ce que demandent les Noirs outragés par Zemmour, c’est juste d’être considérés comme des citoyens à part entière. Et les propos de Nick Conrad, pour racistes qu’ils soient, demeurent avant tout le symptôme d’une désagrégation culturelle des sociétés à l’ère d’internet et des réseaux sociaux.

Le racisme anti-Blancs que porté par Conrad révèle la stratégie désespérée d’un artiste qui n’a pu se faire un nom ni par le travail ni par le talent

Ils renvoient également à la recherche effrénée de notoriété et de visibilité dans un monde où la polémique, les propos outranciers sont devenus des tremplins vers le succès. Le racisme anti-Blancs que porte le rappeur n’est qu’un phénomène social isolé, mais il révèle la stratégie désespérée d’un artiste qui n’a pu se faire un nom ni par le travail ni par le talent.

Nick Conrad s’est expliqué dans le journal Le Parisien en ces termes : « Les phrases de mon morceau qui ont tant choqué, je ne les ai pas sorties de nulle part. Je me suis inspiré des propos tenus par William Lynch, un Américain du XVIIIe siècle qui expliquait à l’époque comment “bien dresser un nègre”. »

Le rappeur surfe sur des conflits intercommunautaires virtuels qu’il croit légitimer par les souffrances « historiques » de l’Afrique et de sa diaspora

Un racisme peut en cacher un autre. Tout comme Éric Zemmour, Nick Conrad surfe sur des conflits intercommunautaires virtuels qu’il croit légitimer par les souffrances « historiques » de l’Afrique et de sa diaspora. Le hip-hop ne rêve pas de vengeance sur les ex-puissances esclavagistes et colonisatrices mais aspire à l’émancipation de la communauté noire, à la digne égalité entre les cultures.

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