Diplomatie

Libye et crise migratoire : les deux dossiers qui opposent Emmanuel Macron et Matteo Salvini

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Crise migratoire, reprise en main du processus politique en Libye… Ces deux dossiers, intimement liés, empoisonnent les relations entre la France et l'Italie. Dans le dossier libyen, Paris et Rome ne sont d'accord sur rien.

La Libye est-elle assez sûre pour y renvoyer des migrants ? Aux journalistes qui lui posent la question, Matteo Salvini lance un cinglant : « Demandez à Paris ! » Aux yeux du ministre italien de l’Intérieur, la France est responsable du chaos libyen et de ses conséquences migratoires en Europe. Son refus, début juin, d’accueillir l’Aquarius, chargé de 630 migrants en perdition, a provoqué l’ire d’Emmanuel Macron. Qui a dénoncé, quelques jours plus tard, « le cynisme et l’irresponsabilité du gouvernement italien ».

Deux dossiers liés

Crise migratoire, reprise en main du processus politique en Libye… Ces deux dossiers, intimement liés, empoisonnent les relations transalpines. Côté italien, c’est le bouillant leader de la Ligue du Nord qui décoche les flèches les plus acérées. Alors que le président français a fait du règlement de l’imbroglio libyen l’une de ses priorités en politique étrangère – « il suit le dossier au quotidien », souffle-t-on à l’Élysée –, son turbulent voisin s’emploie à torpiller son approche volontariste.

L’Italie a même prévu d’organiser une conférence sur la Libye à Palerme, les 12 et 13 novembre, qui visera à « identifier les étapes d’un processus de stabilisation ». « Aucune date butoir ne sera imposée aux Libyens », affirme-t-on à Rome, dans une allusion transparente aux exigences du président français. La perspective de voir des élections législatives et présidentielle se tenir le 10 décembre, comme le souhaitait Paris, s’éloigne en effet. Des affrontements entre milices ont fait replonger Tripoli dans la violence. Même Ghassan Salamé, l’émissaire de l’ONU, ne cache plus son scepticisme.


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Car, avant les élections générales, la Libye doit organiser un référendum constitutionnel sur un territoire divisé entre (au moins) deux zones et deux entités gouvernementales rivales. L’Italie soutient Fayez al-Sarraj, le chef du gouvernement d’union nationale. L’Élysée ne masque plus son impatience devant l’incapacité de ce dernier à faire avancer le processus démocratique.

Évidemment, il y a quelqu’un derrière [ces combats]. Cela n’arrive pas par hasard », selon Salvini

La thèse de Salvini

À l’approche de la date fatidique, Matteo Salvini fait feu de tout bois. Début septembre, il a accusé « quelqu’un » (entendez : la France) d’avoir encouragé en sous-main la reprise des combats à Tripoli. « Évidemment, il y a quelqu’un derrière [ces combats]. Cela n’arrive pas par hasard. Ma crainte, c’est que quelqu’un, pour des intérêts économiques nationaux, mette en péril la stabilité de toute l’Afrique du Nord, et par conséquent de l’Europe. » Une thèse qui n’a rien de logique, puisque la dégradation de la situation sécuritaire compromet le calendrier électoral cher au président Macron.

« Je pense à quelqu’un qui est allé faire la guerre [en 2011] alors qu’il ne devait pas la faire, poursuit Salvini. À quelqu’un qui fixe des dates d’élections sans prévenir ni ses alliés, ni l’ONU, ni les Libyens. »

La France et l’Italie devront solder leurs propres différends avant d’espérer doter la Libye d’institutions viables

Total contre Eni

Cette attaque en règle par le ministre italien donne une idée de l’âpreté de la lutte qui s’annonce entre Rome et Paris pour l’exploitation du pétrole libyen. Dans la zone que contrôle le maréchal Khalifa Haftar (lequel a plutôt les faveurs de la France), Total a investi près de 450 millions de dollars dans des concessions pétrolières.

L’italien Eni exploite, quant à lui, des gisements de gaz et de pétrole au large de Tripoli. Autant dire que les deux États européens, qui se présentent en médiateurs du dialogue interlibyen, devront solder leurs propres différends avant d’espérer doter la Libye d’institutions viables…

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