Politique

Maroc : le sacre de Mohand Laenser

À la tête du MP depuis vingt-cinq ans, Mohand Laenser est une figure de la vie politique du royaume © Hassan Ouazzani pour JA

À 76 ans, le secrétaire général du Mouvement populaire marocain a été réélu pour un neuvième mandat. Alors même qu’il s’était engagé à passer la main.

Vingt-deux ans cumulés dans des fonctions ministérielles, cinq mandats de parlementaire, vingt-cinq ans à la tête du Mouvement populaire, cinquième force politique du Maroc avec vingt-sept députés… Tel est le palmarès, en chiffres, de l’interminable carrière de Mohand Laenser. Et ce n’est pas tout : à 76 ans, il vient de rempiler en tant que secrétaire général de sa formation… pour un neuvième mandat !

Son score, lors du 13e congrès électif du MP, qui s’est tenu les 28 et 29 septembre, est digne d’une élection soviétique : 1 554 voix pour le zaïm, 289 pour son challenger de façade, le très discret Mustapha Slalou, et 125 bulletins annulés. Une démonstration de force qui prouve, si besoin était, que c’est bien lui qui détient les clés de l’appareil du parti.

« Direction verrouillée »

Cette réélection a valu à ce dinosaure de la vie politique marocaine, peu connu pour faire le buzz, une avalanche de commentaires sur les réseaux sociaux. Car le sacre de Mohand Laenser ne s’est pas fait sans grabuge. Alors qu’il prononçait son discours inaugural, des slogans hostiles, dont des « Dégage ! », ont jailli de l’assemblée, le contraignant à écourter son intervention.

« Cette élection est une honte pour notre formation ! s’insurge un militant du MP. Comment continuer de prétendre représenter un mouvement populaire alors qu’en interne nous faisons du surplace, quand nous ne reculons pas, avec une direction verrouillée qui n’arrive même pas à se renouveler. »

J’ai la conviction d’avoir tout donné au MP. Ma décision de me retirer est irrévocable », annonçait-il en février

Mohand Laenser, grand serviteur de l’État par ailleurs, en a déconcerté plus d’un dans les rangs de son parti : en février dernier, dans une émission de la chaîne Medi1 TV, il avait en effet annoncé son intention de passer le relais. « J’ai la conviction d’avoir tout donné au MP. Ma décision de me retirer est irrévocable », disait-il alors. Et la promesse semblait sérieuse : en 2015 déjà, Laenser avait démissionné de son poste de ministre pour se consacrer à sa région, Fès-Meknès. Président de région… une fonction qui manquait au CV de cet homme qui a décroché son premier maroquin – Postes et Télécom­munications – en 1981.

Habileté

Mais Mohand Laenser a décidé de ne pas partir en préretraite politique : à trois jours seulement de l’ouverture du congrès du MP, il a pris tout le monde de court en annonçant sa candidature. « C’était très habile de sa part car cela lui a permis d’écourter sa période de campagne, explique l’une de nos sources au sein du parti. S’il avait fait une annonce ou montré des ambitions quelques semaines auparavant, il aurait subi plus de pressions. Et aurait davantage souffert. »

L’annonce de Laenser a aussi douché les espoirs des prétendants en embuscade. En premier lieu, Mohamed Ouzzine, qui n’a jamais caché son désir de reprendre le flambeau et que beaucoup voyaient croiser le fer, lors de ce même congrès, avec un nouveau venu au parti, Mohamed Hassad, ou un autre gros calibre du MP, Mohamed Moubdie.


>>> À LIRE – Maroc : duel entre Mohamed Ouzzine et Mohamed Hassad pour prendre la tête du Mouvement populaire


Quand Laenser a finalement annoncé qu’il se représentait, Ouzzine s’est immédiatement rétracté pour exprimer son soutien à son mentor en politique. « J’étais candidat car Si Mohand ne voulait pas se présenter, a expliqué l’ancien ministre des Sports devant les journalistes. Maintenant qu’il est candidat, tout a changé, et je lui apporte mon soutien. »

Rien ne bouge au sein du MP

De son côté, Mohand Laenser assure qu’il a cédé aux demandes répétées des militants du parti. Une délégation d’élus et de députés lui avait, il est vrai, rendu visite pour « l’aider à trancher ». « Ceux qui ont des positions déjà acquises au sein de l’appareil redoutent le moindre changement, commente un sympathisant déçu. Et Laenser lui-même ne semblait pas apporter son plein soutien à Ouzzine, car il ne lui faisait pas totalement confiance pour maintenir les équilibres au sein même du parti et avec les alliés de la majorité. »

Rien ne bouge au sein du MP, qui semble faire fi du besoin de renouvellement des élites

En définitive, rien ne bouge au sein du MP, qui semble faire fi du besoin de renouvellement des élites, condition nécessaire, mais certes pas suffisante, pour réconcilier les Marocains avec la politique. Une nécessité souvent relevée par Mohammed VI, qui égratigne régulièrement les responsables politiques.

Après sa réélection, Laenser a eu droit au message de félicitations d’usage adressé par le roi. Et, en attendant la traditionnelle audience au palais, le zaïm du MP peut continuer de discourir sur la « nécessité d’une remise en question au sein du parti » et sa « volonté de répondre aux attentes des jeunes », comme il l’a fait à l’issue de son sacre.

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