Tourisme

Voyage : Nouakchott vu par Mbarek Ould Beyrouk

La plage des Océanides, en Mauritanie. © Daouda Corera pour JA

Journaliste, conseiller à la présidence, il a écrit tous ses livres dans la capitale mauritanienne. Voici quelques-uns des lieux où il aime à se rendre régulièrement.

Au fil des pages, dans les livres de Mbarek Ould Beyrouk, des mondes évanouis reprennent vie. Dans son dernier roman, Je suis seul (Elyzad, 112 pages, 14 euros), un vent de poésie souffle à nouveau sur le désert du Sahara. Un homme, prisonnier d’une ville occupée par les jihadistes, se réfugie chez une amie. Il y ressasse ses souvenirs, liés aux braquages de sa jeunesse, à ses amis perdus en mer et à cet arrière-arrière-grand-père qui avait incité au jihad, des années auparavant…

Beyrouk est arrivé à l’âge de 15 ans à Nouakchott, mais il reste attaché à Atar (centre-ouest de la Mauritanie), où il est né en 1957. « Les Nouakchottois ne se définissent pas comme tels, peu de gens de ma génération sont nés ici, confie l’écrivain. Malgré tout, le quart du pays est là, dans la capitale politique. »

C’est à Nouakchott que le fondateur de Mauritanie demain vit et écrit tous ses livres

Cet homme au regard malicieux porte en lui le Sahara : l’aire d’influence de sa famille, originaire du sud du Maroc (Guelmim), s’étend jusqu’à Tombouctou, et sa grand-mère est d’origine malienne. Mais c’est à Nouakchott que le fondateur du premier journal indépendant du pays, Mauritanie demain (créé en 1988), vit et écrit tous ses livres.

Conseiller à la présidence chargé de la culture, il travaille à la sauvegarde du patrimoine mauritanien. « Il y a eu un exode vers Nouakchott, les villes ont été vidées de leurs habitants, regrette-t-il. L’architecture antique disparaît, le béton armé a remplacé la pierre. » Reste que la capitale n’a pas perdu toutes ses valeurs. Ce Nouakchott authentique est celui de Beyrouk.

• Plage des Océanides

Sur cette grande étendue de sable blanc sur la route de Nouadhibou (Nord), de grandes khaïma (« tentes ») noires et bleues, faites de bois et de toile, sont dressées face à l’océan. Les Nouakchottois les louent à la journée, afin de se retrouver en famille autour d’un méchoui. Ici le vent souffle fort, mais tout est calme, paisible. « Il y a des périodes où je viens chaque jour, du matin jusqu’au coucher du soleil, glisse Beyrouk. C’est ici que j’ai écrit Le Tambour des larmes et mon nouveau roman. »

Ici, je ne suis pas gêné par la présence des autres, qui m’affecte en ville, dans les cafés trop bruyants

Il s’installe sur une petite table à la peinture jaune écaillée ou derrière un bureau en bois, sous un cabanon bleu. « Malgré la foule, j’entre en moi-même. Ici, je ne suis pas gêné par la présence des autres, qui m’affecte en ville, dans les cafés trop bruyants. » Beyrouk rédige toujours ses ouvrages en Mauritanie, où il est dans son « élément naturel, loin de l’agitation ». « J’écris sur mon ordinateur, je ne fais pas partie de ces auteurs qui gardent constamment un carnet à la main! »

• Soukouk

Daouda Corera pour JA

Sur la route d’Akjoujt, même en semaine, les Nouakchottois aiment boire du thé ou du lait de chamelle avec leur méchoui, dans ce désert aux abords de la ville. « C’est un phénomène extraordinaire, on se retrouve ici, entre amis, et on dresse la tente pour se protéger du vent et du froid. » Soukouk, c’est aussi le lieu de rendez-vous des amours clandestines.

Pour les islamistes, c’est un lieu de dépravation car il accueille des couples non mariés

« Les islamistes nous font la guerre, explique Beyrouk. Pour eux, c’est un lieu de dépravation car il accueille des couples non mariés. » Alors que la ville grignote l’espace, le Festival des villes anciennes, créé en 2009 et dont Beyrouk est chargé du financement, contribue à la valorisation du patrimoine mauritanien, de Tichitt à Oualata. Ici, à Soukouk, dans le calme du désert, Beyrouk est dans son élément. Au plus près de sa vieille casbah d’Atar.

• Le vieux bouquiniste

Montage JA/Photos : Daouda Corera pour JA

« Du temps où j’étais lycéen, il vendait déjà de vieux livres qui, à l’époque, ne coûtaient rien. » Beyrouk lui apportait des ouvrages et les troquait contre des romans classiques d’auteurs français (Stendhal, Balzac, Musset–qu’il ne trouvait pas toujours–, Hugo…), mais jamais de livres mauritaniens.

L’écrivain ne connaît pas le nom de ce vieil homme, mais, chaque fois qu’il se rend sur son stand le visage du propriétaire des lieux s’illumine

Aujourd’hui, les rayonnages du bouquiniste se sont considérablement vidés. L’écrivain ne connaît pas le nom de ce vieil homme, mais, chaque fois qu’il se rend sur son stand, sous un grand arbre près de la Banque nationale de Mauritanie (BNM), le visage du propriétaire des lieux, marqué par les années, s’illumine.

• Café Luna

Daouda Corera pour JA

Ici se retrouvent à la nuit tombée les intellectuels nouakchottois : journalistes, militants, écrivains. Les soirées s’étirent jusqu’à 3 heures du matin en période de ramadan. « Il y a quelques années, les gens restaient à la maison, se souvient Beyrouk. Désormais, on sort volontiers, surtout le week-end. »

J’ai beaucoup plus d’amis dans l’opposition que dans la majorité. Ces amitiés datent de l’époque où j’étais journaliste

Dans cet établissement, où l’on peut croiser l’auteur Intagrist El Ansari ou le professeur Idoumou Ould Mohamed Lemine, qui fut le conseiller de l’ex-président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, on bavarde, on débat, on lit. Les discussions sont animées. « J’ai beaucoup plus d’amis dans l’opposition que dans la majorité, sourit Beyrouk. Ces amitiés datent de l’époque où j’étais journaliste. »

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