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Cet article est issu du dossier «Algérie : ils y croient dur comme fer»

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Politique

Abdelhakim Bettache bichonne Alger

Abdelhakim Bettache, maire d’Alger-Centre © Samir SID

Le maire d'Alger a promis aux Algérois de dynamiser la capitale. Portrait d'Abdelhakim Bettache, militant dans l'âme.

Sa promesse aux Algérois tient en quelques mots : refaire de la capitale une ville propre et dynamique, tourner définitivement les pages sombres des années de terrorisme. Maire depuis 2012 – il a remporté les deux dernières municipales –, l’ancien militant socialiste affiche son accessibilité.

« Je rentre chez moi à pied. Je vis toujours dans la maison familiale, à Debbih Cherif, dans la haute casbah, un quartier ­populaire d’Alger », confie-t-il, alors qu’il nous reçoit dans son bureau, au premier étage de ­l’hôtel de ville, avec vue imprenable sur la place de l’Émir-Abdelkader. « Ma porte n’est jamais fermée », ­insiste-t-il.

Il y a une communication directe entre le citoyen et moi

Les audiences ont lieu le matin : des dizaines d’habitants s’y pressent pour réclamer un logement ou une ­solution à un problème de voirie. « En tant que maire, je me dois d’être réactif. Il y a une communication directe entre le citoyen et moi, glisse Bettache. Mais la plupart du temps je suis dehors. Ma stratégie, c’est l’attaque plutôt que la défense. Je pars à la rencontre de mes concitoyens, je ne peux pas attendre qu’ils se présentent à mon bureau, énervés à cause d’un problème ! »


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Il n’est pas rare de le croiser en tenue de sport en train de prêter main-forte pour la collecte des ordures ménagères. Homme de terrain et de dialogue. « Quand je lance un projet, je consulte systématiquement les acteurs concernés en amont. Je m’appuie sur une gestion participative et citoyenne de la ville », martèle l’édile.

Bettache a bousculé le protocole

En seize années d’assemblée municipale, dont six comme maire, Bettache a bousculé le protocole. « Il est atypique. Tous les maires algériens ne connaissent pas aussi bien leurs administrés », apprécie une ­électrice. Les élections de novembre 2017 ont permis de tester sa popularité dans la capitale.

Le succès est édifiant : il est facilement réélu, sans l’aide de l’appareil d’un parti, grâce à ses propres réseaux dans le milieu ­associatif et les comités de quartiers. « C’est la première fois qu’une liste indépendante gagne à Alger depuis l’indépendance », sourit-il, pas peu fier de son exploit.

Militant dans l’âme

Fils d’un moudjahid originaire de la casbah d’Alger et cadre à la mairie de Tizi Ouzou après l’indépendance, Abdelhakim Bettache grandit loin de la capitale, dans les montagnes de Kabylie. Il y goûte très jeune l’engagement citoyen. Il fête à peine ses 18 ans quand il intègre l’aile socialiste du mouvement berbériste. Ses ­mentors s’appellent alors Saïd Saadi, Ferhat Mehenni ou encore Saïd Khalil, figures de proue de la cause amazigh.

« Le stade de la JSK [Jeunesse sportive de Kabylie, le club de football de Tizi Ouzou] était une tribune », se souvient-il, un brin nostalgique. Son combat « pour la justice sociale et l’amazighité » lui vaudra trois jours d’incarcération en 1986 : « Le ­lendemain de ma sortie de prison, j’ai reçu un ordre d’appel pour effectuer mon service militaire. Je ne sais toujours pas si c’était une sanction ou une coïncidence. »

Le jeune Abdelhakim se reconnaît dans le mouvement et devient membre du FFS

Simple militant, Bettache distribue des tracts, colle des affiches et participe aux réunions dans l’amphithéâtre de ­l’université de Tizi Ouzou. En 1989, sous la pression populaire, les autorités mettent fin à vingt ans de système du parti unique. Le Front des forces socialistes (FFS), fondé en 1963 par Hocine Aït Ahmed, sort de la clandestinité. Le jeune Abdelhakim se reconnaît dans le mouvement et en devient membre : « C’était un choix naturel. Mes repères politiques à cette période-là étaient les anciens moudjahidine de la région, qui comptaient parmi les premiers militants du FFS. »

Changement de cap

L’expérience tourne court. En 1994, en pleine crise du terrorisme, Bettache claque la porte du parti et quitte Tizi Ouzou. Cap sur la capitale ! « La participation à la rencontre de Sant’Egidio, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, justifie-t-il. Je n’ai pas supporté de voir Aït Ahmed à la même table qu’Anouar Haddam [ex-dirigeant du Front islamique du salut, FIS], alors que la veille ce dernier revendiquait un attentat rue Hassiba-Benbouali, à Alger. »

Bettache découvre une ville exsangue, traumatisée, qui vit au rythme du couvre-feu

Le futur maire s’installe dans la maison de ses parents, à la casbah, alors bastion islamiste. Il découvre une ville exsangue, traumatisée, qui vit au rythme du couvre-feu. « On sentait l’intégrisme partout », se rappelle-t-il. Bettache retrousse ses manches et crée l’un des premiers comités de quartier d’Alger-Centre pour répondre aux besoins de ses voisins : « Le plus difficile, c’était de gagner leur confiance. À l’époque, tout le monde se méfiait de tout le monde. »

C’est ainsi qu’il commence à arpenter les couloirs de la mairie. « J’y allais pour demander des aides sociales, déposer des demandes de relogement ou emprunter du matériel pour nettoyer le quartier », explique-il. Il est aussitôt repéré par Tayeb Zitouni, qui tenait les rênes du centre de la capitale sous la bannière du Rassemblent national démocratique (RND) depuis 1997. Il est nommé délégué spécial en 2002 et propulsé cinq ans plus tard adjoint au maire chargé du social et de l’environnement.

La priorité est alors de gommer les stigmates de plus de dix ans de terrorisme. « On revient de loin. Il a fallu beaucoup d’efforts et de travaux pour effacer les séquelles. On a par exemple enlevé les grilles et les rideaux en fer pour les remplacer par des vitrines en verre ou des rideaux métalliques perforés », souligne-t-il.

Aux commandes

Quand Tayeb Zitouni renonce à briguer un nouveau mandat en 2012, les regards se tournent vers Abdelhakim Bettache. Appuyé par plus de 40 comités de quartier et par le Mouvement populaire algérien (MPA), il prend les commandes de la mairie d’Alger-Centre. De grands travaux de rénovation des anciennes bâtisses sont lancés, tandis que les gérants de café sont incités à travailler en soirée et le week-end. « Pendant les années 1990, on avait perdu l’habitude de s’installer en terrasse. On était confrontés à la peur des habitants de sortir le soir et surtout au manque d’intérêt des commerçants », explique-t-il.

Six ans plus tard, la ville offre un visage différent. Sur les axes principaux, les échafaudages démontés laissent apparaître des façades rafraîchies. Quatre salles de cinéma, fermées pendant la décennie noire, ont été rouvertes. Les six principaux jardins de la capitale, abandonnés à l’insalubrité, ont été réaménagés. « On retrouve peu à peu Alger la Blanche », se réjouit Meriem, membre d’une association pour jeunes.

Quand la République vous appelle, vous ne pouvez pas refuser

Bettache se dit prêt à raccrocher au terme de son second mandat. « Je veux être actif autrement. Peut-être revenir dans mon village natal, en Kabylie, ou m’investir davantage dans mon quartier », envisage l’élu de 52 ans. Pour viser plus haut ? C’est ainsi que certains de ses détracteurs interprètent son ralliement récent au FLN. L’édile balaie ces rumeurs : « Je ne suis intéressé ni par les sénatoriales ni par la députation. » Mais accepterait-il de rejoindre le gouvernement ? « Quand la République vous appelle, vous ne pouvez pas refuser », concède-t-il.

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