Politique

[Édito] L’avenir du Mali

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Ibrahim Boubacar Keïta, lors du second tour la présidentielle, le 12 août à Bamako. © Annie Risemberg/AP/SIPA

Je voudrais attirer votre attention cette semaine sur le cas du Mali. L’avenir de ce pays, où la démocratie a éclos il y a une bonne trentaine d’années, est incertain. Je vais essayer de l’éclairer.

Le père de la démocratie malienne est l’ancien président Alpha Oumar Konaré, qui a accompli deux quinquennats consécutifs (du 8 juin 1992 au 8 juin 2002). Lui a succédé Amadou Toumani Touré (dit ATT), qui a été renversé par un coup d’État le 22 mars 2012, à la toute fin de son second et dernier mandat. S’ensuivit une courte transition à l’issue de laquelle a été élu, le 4 septembre 2013, sans contestation aucune, Ibrahim Boubacar Keïta (dit IBK) pour un premier mandat de cinq ans.

De nombreux Maliens en sont venus à penser que leur pays est occupé ou que sa sécurité n’est plus entièrement entre leurs mains

La démocratie paraissait bien implantée au Mali, puisque l’ensemble des Maliens s’en réclament et veulent la pratiquer. Mais le pays a aujourd’hui sur son sol, pour une durée indéterminée, des armées étrangères accourues à la demande de ses dirigeants pour les aider à se protéger et à recouvrer le contrôle du vaste Nord, tenté par la sécession. De nombreux Maliens en sont venus à penser que leur pays est occupé ou, à tout le moins, que sa sécurité n’est plus entièrement entre leurs mains.

Octobre 2018 : les Maliens sortent d’une élection présidentielle et se préparent à des législatives. La présidentielle s’est traduite à la mi-août par la réélection d’IBK. Selon les chiffres officiels, il a remporté le second tour du scrutin avec un score de maréchal : deux fois plus de voix environ que son challenger, Soumaïla Cissé. Rejetant tous les recours, la Cour constitutionnelle a confirmé l’élection et les chiffres publiés.

Tout est bien qui finit bien ?

Les pays qui s’intéressent au Mali ont entériné l’élection. À leurs yeux, IBK est à nouveau, pour cinq ans, son président légitime. Il vient d’ailleurs d’être investi à Bamako en présence d’une dizaine de ses pairs. Tout est bien qui finit bien ? Pas vraiment, car le principal opposant, Soumaïla Cissé, et son directeur de campagne, Tiébilé Dramé, ont crié au bourrage des urnes et proclamé haut et fort qu’IBK avait en réalité été battu. Ils en sont convaincus et pensent qu’une majorité de Maliens, dont beaucoup manifestent dans les rues, le sont tout autant.


>>> À LIRE – Présidentielle au Mali : Soumaïla Cissé « rejette catégoriquement » la victoire d’IBK


Les étrangers ? Pour des raisons qui leur sont propres, ils s’incli­nent devant le fait accompli. Nous savons tous que la plupart des hommes politiques africains s’adonnent, hélas ! à la fraude électorale. Mais est-il possible qu’elle ait atteint au Mali l’ampleur que dénoncent MM. Cissé et Dramé ? À ces observations je me dois d’ajouter que, selon les meilleurs observateurs, l’évolution du Mali dans les prochains mois obéira à une réalité nouvelle :

1) L’artisan principal de la victoire électorale, réelle ou fabriquée, d’IBK est le Premier ministre qu’il a nommé au début de 2018 et qu’il vient de reconduire : Soumeylou Boubèye Maïga.

2) La santé d’IBK laisse à désirer et ne lui permettra d’être qu’un président nominal ou à temps partiel. Il n’aura donc qu’un rôle honorifique et pourrait ne pas achever son mandat.

Le pouvoir réel sera entre les mains du Premier ministre, dont on rappelle qu’il a dirigé tour à tour les services de sécurité, la Défense et les Affaires étrangères. Cette situation sera, en tout cas, celle du Mali de 2019, raison pour laquelle je pense qu’il faut y prêter la plus grande attention.

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