Politique

Angola : « Zenu », le fils déchu de José Eduardo dos Santos

José Filomeno de Sousa dos Santos, le fils de l'ancien président angolais, a été placé en détention provisoire lundi 24 septembre 2018. © Capture vidéo Youtube

Après Isabel dos Santos, c’est au tour du demi-frère de celle-ci, José Filomeno, de faire les frais de la croisade anticorruption du président angolais, João Lourenço.

La nouvelle a provoqué un séisme en Angola. Le 24 septembre, alors que le président João Lourenço s’envolait pour l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, et que son prédécesseur, José Eduardo dos Santos, s’apprêtait à partir à Barcelone, José Filomeno, le fils de l’ancien chef de l’État, était placé en détention provisoire.

Le lendemain, l’information faisait la une de tous les médias, les commentaires déferlaient sur les réseaux sociaux, et des badauds, incrédules, se pressaient devant l’hôpital-prison São-Paulo, dans le centre-ville de Luanda. C’était bien vrai : celui que l’on surnomme Zenu, un temps présenté comme le dauphin de son père, « Zedu », dormait derrière les barreaux. Une humiliation pour le clan dos Santos, encore tout puissant il y a un an.


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C’est le dernier coup d’éclat de João Lourenço dans sa croisade contre la corruption et le népotisme lancée dès son arrivée au pouvoir, fin septembre 2017. Les enfants dos Santos sont les premiers visés. Après le limogeage de l’aînée, Isabel, de la direction de la compagnie nationale de pétrole Sonangol et l’éviction de Tchizé et Coréon Dú, issus d’une troisième union, de la chaîne de télévision publique TPA 2, c’est au tour de José Filomeno, dont la mère, Filomena de Sousa, a été la deuxième compagne de Zedu.

« Chasse aux sorcières »

Coopératif avec la justice, Zenu paie-t-il pour sa famille ?

José Filomeno a d’abord été congédié de la présidence du Fonds souverain angolais, en janvier, puis mis en examen pour fraude, en mars : il est soupçonné d’avoir réalisé un transfert de 500 millions de dollars dans le cadre d’un plan qui aurait permis de détourner 1,5 milliard de dollars. Désormais, il est poursuivi pour corruption dans sa gestion du fonds souverain et enfermé dans la prison qui abrite les ennemis du pouvoir : nationalistes pendant la colonisation, critiques du premier président, Neto, dans les années 1970, « revús » demandant le départ de dos Santos en 2015…

Coopératif avec la justice, Zenu paie-t-il pour sa famille ? Peu diserte en public, celle-ci dénonce en privé une persécution. Au sein du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), le parti au pouvoir, nombre de caciques, inquiets pour leur avenir, mettent en garde contre les dangers d’une « chasse aux sorcières » et d’une justice – soudain véloce – qui serait aux ordres du chef de l’État.

Themba Hadebe/AP/SIPA

Pour l’opposition, si la famille dos Santos est particulièrement touchée, c’est parce qu’elle était le fer de lance de la mauvaise gouvernance

Même l’avocat David Mendes, défenseur des revús et pourfendeur de dos Santos père, déplore une manœuvre populiste, rappelant le principe de présomption d’innocence. Le ministre de la Justice, Francisco Queirós, parle, lui, d’une « procédure normale » inscrite dans une action globale destinée à moraliser la société. D’autres personnalités sont en effet mises en cause, dont l’ancien gouverneur de la Banque centrale, Valter Filipe, et l’ex-ministre des Transports, Augusto Tomás.


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Pour l’opposition, si la famille dos Santos est particulièrement touchée, c’est parce qu’elle était le fer de lance de la mauvaise gouvernance. Quant à Zenu, qui a reçu la visite de sa mère et d’une tante, le 26 septembre, il bénéficie d’un traitement spécial : isolé des détenus de droit commun, il est nourri directement par sa famille. Assurée par le cabinet d’avocats Legis Veritas, sa défense a déposé un recours contestant sa détention provisoire.

Son entrée en prison à l’âge de 40 ans signe la fin d’une carrière publique de courte durée. Né à Luanda et formé en Europe, José Filomeno rentre au pays au début des années 2000. Il rencontre alors celui qui devient son associé et mentor, l’entrepreneur suisso-angolais Jean-Claude Bastos de Morais, avec lequel il fonde la première banque d’investissement du pays, Kwanza Invest.

Réservé et discret, Zenu se marie, devient père de trois filles et continue dans le secteur privé. Il serait resté dans l’ombre si son père ne l’avait pas nommé membre du conseil d’administration du fonds souverain à sa création, en octobre 2012, puis président de ce même fonds moins d’un an plus tard, en juin 2013.

Maigre bilan

À 35 ans, il se retrouve à la tête de 5 milliards de dollars. Cinq ans plus tard, à son départ, le bilan est maigre : des investissements dans le tourisme, l’éducation et la santé – ce qui corrobore la mention d’une fibre sociale chez Zenu dans des fuites WikiLeaks de 2010 –, mais un manque de transparence sur les dépenses et la rentabilité du fonds. Son capital était géré par Quantum Global, la société de Bastos de Morais, dont le dernier rapport d’activité remonte à 2015.

La justice tranchera la question de la culpabilité de Zenu et de Bastos de Morais, en détention provisoire dans la prison de Viana, l’une des plus dures du pays. Empêtrée dans les difficultés budgétaires depuis la crise pétrolière de mi-2014, la présidence veut récupérer au plus vite la maîtrise du fonds souverain. Si les 500 millions de dollars frauduleusement transférés ont été rapatriés, près de 3 milliards ont été investis par Quantum Global dans des contrats d’une durée allant de dix à quinze ans.

Autrement dit, même si la nouvelle administration a rompu avec la société de Bastos de Morais, elle ne verra pas l’argent de sitôt.

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