Innovation

Aérospatiale en Tunisie : Telnet à la conquête du ciel

Telnet a été fondé en 1994 par Mohamed Frikha. © DR / Telnet

Pour remettre à flot son groupe d’ingénierie, Mohamed Frikha a opté pour l’offensive en se lançant sur le marché de l’aérospatiale. Un pari osé salué par les investisseurs.

Mohamed Frikha ne le clame pas ouvertement, mais il savoure sa revanche. En 2015, son vaisseau amiral, Telnet, spécialisé dans la conception de logiciels et de systèmes électroniques, tangue sérieusement. La fin de l’année se solde par un déficit de 18,5 millions de dinars (8,3 millions d’euros), notamment à cause de la décision de couper tout engagement avec la compagnie aérienne Syphax, dont la faillite retentissante a provoqué la suspension des vols depuis juillet 2015 (lire ci-dessous).

Trois ans plus tard, le dirigeant de 54 ans parade dans la Silicon Valley. En août, à l’occasion d’une conférence sur la quatrième révolution industrielle, il annonce l’ouverture d’un front office, Telnet Corporation, dans le berceau des nouvelles technologies.

« Dans le secteur, il faut être ambitieux ; stagner, c’est régresser. Telnet se doit de viser l’excellence, toujours », assène-t-il.

Fabrication d’un nanosatellite tunisien en 2020

Cette filiale américaine doit notamment servir de rampe de lancement au prochain défi de la société, créée en 1994 : la fabrication d’un premier nanosatellite tunisien en 2020. Une annonce qui crédibilise la stratégie aérospatiale de Telnet après des années de doute.

Mohamed Frikha risque-t-il le syndrome d’Icare ?

La société a signé, en février, un accord avec le cluster Aerospace Valley Toulouse pour l’implantation à Sfax d’un centre d’aéronautique, et un partenariat a vu le jour avec le japonais Fuji-Imvac pour la conception de drones.

Mohamed Frikha risque-t-il le syndrome d’Icare ? Non, rassure-t-il. Sa conquête des étoiles a été minutieusement préparée. C’est un grand cabinet de conseil américain – dont le nom est gardé secret pour le moment – qui est chargé d’élaborer le plan de développement. Surtout, le député d’Ennahdha (première force parlementaire se présentant comme un parti « musulman démocrate ») a veillé à dégager des marges de manœuvre pour financer son nouveau positionnement. En avril 2017, Telnet Holding transfère ses activités défense, sécurité et automobile dans le joint-venture Altran Telnet Corporation, détenue à 70 % par le groupe Altran, leader mondial du conseil en ingénierie et services R&D.


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« Cela a été un signal positif fort car ces secteurs n’étaient pas tout à fait rentables, et c’est maintenant Altran qui devra assumer la majorité des charges. Ces cessions partielles permettent des économies d’échelle appréciables », analyse Salma Hichri, chef du département recherche chez l’intermédiaire boursier MAC SA, selon laquelle, dans ce cadre, l’ouverture au marché des satellites est viable.

43,5 millions de dinars de chiffre d’affaires en 2017

Les résultats ne se sont pas fait attendre. Le chiffre d’affaires a atteint, l’an dernier, un record de 43,5 millions de dinars (14,6 millions d’euros, + 10,8 %). Les investisseurs suivent, sans redouter un crash comparable à celui de Syphax : le titre a connu, en 2017, la plus forte hausse sur le marché boursier, + 72,3 %, et a intégré, depuis le début de l’année, l’indice de référence Tunindex20.

Je sais ce que les gens disent, mais moi, je connais la valeur de Telnet

La reprise économique dans la zone euro et la valorisation de la devise européenne par rapport au dinar tunisien stimulent les résultats de Telnet, qui facture en euros.

« Je sais ce que les gens disent, mais moi, je connais la valeur de Telnet. Nous avons atteint une maturité technologique reconnue dans le monde entier. Venir aux États-Unis, construire des nanosatellites, c’est dans l’ordre des choses, ce n’est pas une folie », insiste Mohamed Frikha, qui assure garder les « pieds sur terre ». Et la tête dans les étoiles ?


Syphax, le retour ?

Mohamed Frikha avait annoncé la reprise des vols de Syphax Airlines pour la fin de l’été. Un Bombardier CRJ900 aux couleurs de la compagnie avait atterri à l’aéroport de Tunis le 18 juillet, concrétisation d’un contrat de location avec la société espagnole Air Nostrum. Mais les autorités tunisiennes n’ont toujours pas délivré les autorisations. Une question de temps, selon le dirigeant.

En juillet 2017, le tribunal de Sfax avait approuvé un plan de sauvetage pour la société dans lequel le remboursement des 128 millions de dinars (44 millions d’euros) de dettes s’étalerait sur quinze ans. Outre l’aspect financier, l’aventure Syphax est aussi entachée d’un soupçon de conflit d’intérêts. Sept mois après avoir donné son quitus pour la création de la compagnie, l’ex-ministre des Transports Salem Miladi en devenait le directeur général. Un pantouflage pas encore interdit par la loi à l’époque. Reste que l’ONG IWatch se dit prête à faire la lumière sur ce dossier si la société vient à renaître de ses cendres.

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