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« The Hate U Give » : un roman coup-de-poing sur les violences policières

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Mis à jour le 20 décembre 2018 à 15h59
Angie Thomas, rappeuse dans sa jeunesse et éternelle fan de Tupac

Angie Thomas, rappeuse dans sa jeunesse et éternelle fan de Tupac ©

Le succès éditorial et médiatique de « The Hate U Give », de l’auteure africaine-américaine Angie Thomas, fait écho aux violences racistes de l’Amérique contemporaine.

En mettant un point final à son tout premier roman, Angie Thomas, tout juste la trentaine, n’imaginait sans doute pas signer un best-seller adoubé par la critique et le public. Mais depuis la sortie américaine de son livre, le 28 février 2017, chez Balzer+Bray (branche jeunesse de Harper Collins), plus de 200 000 exemplaires ont été écoulés.

En France, on compte déjà 12 000 exemplaires vendus depuis le lancement de la traduction, le 5 avril 2018, aux éditions Nathan. Il a aussi remporté six prix dans la catégorie « littérature pour jeunes adultes » – dont un décerné par l’American Library Association.

Une Amérique aux prises avec des maux qui semblent incurables

Convoquer feu Tupac Shakur, rappeur de légende, pour asseoir un récit à l’écriture limpide et nerveuse dont on douterait presque du caractère fictionnel, où brutalités policières, guerres des gangs et racisme se côtoient, ne pouvait que provoquer l’émoi d’une Amérique aux prises avec des maux qui semblent incurables.

Angie Thomas, rappeuse dans sa jeunesse et éternelle fan de Tupac

Le titre original du roman, The Hate U Give, n’a déjà rien d’anodin. Les initiales renvoient à Thug Life (« vie de gangster », en français), nom du groupe que forme Tupac en 1993 et acronyme d’une formule de son cru : « The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody » (« la haine qu’on donne aux tout petits fout tout le monde en l’air »).



Pourquoi attacher tant d’importance à ce détail ? Parce que l’histoire que raconte Angie Thomas, rappeuse dans sa jeunesse et éternelle fan de Tupac, repose sur cette présomption résumée à merveille par le personnage de Khalil : « Ce que la société nous fait subir en tant que gamins lui pète ensuite à la gueule. »

Guerre des gangs

Khalil est un jeune dealer empêtré dans la guerre des gangs du « ghetto » de Garden Heights et qui s’occupe tant bien que mal de sa mère accro au crack. Un soir, au cours d’un contrôle routier, il est abattu par un policier sous les yeux de son amie d’enfance de 16 ans, Starr, héroïne du roman.

Khalil ? C’est Tamir Rice, Trayvon Martin, Oscar Grant ou Eric Garner, ces Africains-Américains tués par la police sans aucune raison valable, ces martyrs de la lutte antiraciste qui ont donné naissance au mouvement Black Lives Matter en 2013. Starr ? C’est cette adolescente noire qui, une fois qu’elle a vu le sang gicler, se retrouve en proie à un dilemme permanent : dénoncer ou renoncer. Quant à Garden Heights, difficile de ne pas y reconnaître la ville de Ferguson.


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La résonance est telle qu’une association de policiers de Caroline du Sud a accusé le livre d’attiser la haine contre les forces de l’ordre. Hollywood n’a pas tardé à se saisir de l’œuvre.

Le choix d’une actrice métisse pour incarner Starr, personnage noir, a fait couler un peu d’encre

Le réalisateur de Soul Food, George Tillman Jr., vient de signer l’adaptation cinématographique du roman avec, dans le rôle de Starr, Amandla Stenberg, actrice en vue de 19 ans.

Le choix d’une actrice métisse pour incarner Starr, personnage noir, a fait couler un peu d’encre, mais nombreux sont ceux qui attendent avec impatience la sortie du film, prévue pour octobre 2018. D’autres se jetteront sur la suite de ce roman politique, On The Come Up, dont l’éditeur américain d’Angie Thomas promet qu’elle sera « puissante ».

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