Arts

« Gribouillages », la fresque générationnelle de Rachid Sguini

Le roman graphique Gribouillages ou comment je suis devenu (presque) moi.. ©

Après « Le Monde de Rakidd », publié l’année dernière, Rachid Sguini revient avec un récit personnel sur sa jeunesse et ses choix d’artiste.

L’année dernière, il a publié son premier livre, Le Monde de Rakidd, sous le pseudo qui l’a rendu populaire à travers son blog. L’auteur, né en 1988 au Puy-en-Velay (centre de la France), revient sous son vrai nom, Rachid Sguini, avec le roman graphique Gribouillages ou comment je suis devenu (presque) moi.

Entre les deux, Rakidd le dessinateur s’est mis en retrait de Rachid l’écrivain : même si les illustrations demeurent, le texte prend le dessus.

Sans masque

Rakidd racontait les événements qui ont marqué le monde depuis 2001 ; Rachid Sguini, lui, se dévoile sans masque. Si son regard est plein de tendresse, son parcours est traversé de situations contrastées qui l’ont forgé en tant qu’artiste.

C’est ainsi que, lorsqu’il a 8 ans, des « gribouillages » pendant les cours lui valent une convocation chez le « dirlo » avec un de ses camarades. Le bureau est le théâtre d’un déferlement de violence inouï : « Le directeur nous a tabassés ! Littéralement. Style mafia. Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Peut-être dix minutes, peut-être moins. On trouve le temps long quand on prend des coups. »

Je dessinerai toute ma vie. C’était limpide

Le jeune Rachid y voit paradoxalement la genèse de sa vocation : « Mon envie de dessiner n’avait jamais été aussi forte qu’à ce moment. J’ai toujours su que je voulais être dessinateur, mais, en posant le pied hors de ce bureau, j’ai eu comme une révélation. Je dessinerai toute ma vie. C’était limpide. » S’ensuivent des « cauchemars abstraits » faits de triangles et de ronds, à l’origine de ce qu’il appelle sa deuxième naissance : Rachid devient Rakidd. « Désormais, quand je signais un dessin, je le faisais sous le pseudo “Rakidd”. “Rakidd the Kidd” pour les intimes. Le “Kidd” étant emprunté au jeu vidéo Alex Kidd in The Miracle World, sorti sur Master System en 1986 », écrit-il.

Une somme d’expériences intimes

Autre moment décisif, le hasard d’une rencontre dans un train avec un imam, qui va dissiper les doutes de Rakidd sur la compatibilité entre sa foi en l’islam et son activité de dessinateur, avec ces mots : « Si tu fais du bien avec tes dessins, alors continue. Le bien ou le mal, ça n’existe pas vraiment. Tout se jauge par rapport à des situations. Si demain je vole du pain pour nourrir ma fille, c’est bien ou mal ? Si tu peux changer le monde en bien grâce à tes dessins, alors dessine. »

Gribouillages ou comment je suis devenu (presque) moi déroule ainsi une succession d’épisodes charnières où l’humour donne du piment à chaque tranche de vie : la maison, l’école, la télé, les modes qui ont traversé sa jeunesse, la passion dévorante pour le dessin, les vacances au Maroc, les VHS, Ella Fitzgerald, le kebab…

À la fois somme d’expériences intimes et fresque générationnelle, c’est un livre dans lequel chacun peut se reconnaître à travers les références des années 1990-2000 et les rites de passage universels de la jeunesse. En deux opus très différents, Rachid Sguini impose un style touchant et un engagement dont il définit lui-même les termes : « J’ai donc décidé d’être un mercenaire, je serai là où on aura besoin de moi, le temps d’une guerre. » On attend avec impatience la prochaine bataille.

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