Politique économique

[Tribune] Surprise ! Les finances du continent s’améliorent

En février 2017, le réassureur Cica-Re a fait passer son capital à 50 milliards de F CFA pour absorber la croissance du marché. © Louis Vincent pour JA

Dans une publication de septembre, la Société générale note que la situation financière extérieure du continent s'améliore. Explications.

Que n’a-t-on entendu sur la précarité des finances africaines de la part du FMI ou de l’OCDE ! Sous l’effet de budgets très déficitaires et de projets d’infrastructures mal maîtrisés, la dette des pays africains est entrée dans une zone dangereuse, et plus d’un tiers d’entre eux risque d’être pris à la gorge.


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Surprise ! La Société générale semble dire le contraire. Dans une analyse diffusée en septembre, la banque française estime que « malgré quelques remous au deuxième trimestre 2018, la situation financière extérieure s’améliore » sur le continent.

Les pays africains ont modéré leur recours aux marchés de capitaux

Premier élément favorable, la croissance de 2018 (+ 4 %) devrait y être supérieure à celle de 2017 (+ 3,5 %). Deuxième élément, sous l’effet des mises en garde sur leur endettement et du durcissement des conditions monétaires amorcé par les États-Unis, les pays africains ont modéré leur recours aux marchés de capitaux : ils ont émis environ 8 milliards d’euros d’emprunts entre avril et août contre 13 milliards au premier trimestre 2018.

Premier excédent commercial depuis 2017

Le déficit courant moyen de l’Afrique – c’est-à-dire l’hémorragie des sorties nettes de capitaux du continent – ne cesse de se réduire : 6 % de PIB en 2016, 4 % en 2017 et 3,5 % en 2018. « Les réserves de changes dans la plupart des pays africains continuent de croître », ont calculé les spécialistes de la Société générale.



Tout est-il pour le mieux ? N’exagérons rien. D’abord parce que l’aide que le FMI apporte aux pays les plus menacés (Égypte, Tunisie, Angola, Gabon, Tchad, etc.) leur évite la catastrophe que serait une panique des marchés face à leurs difficultés. Ensuite, parce que les sorties de devises que provoquent des balances commerciales déficitaires ne sont pas près d’être jugulées en raison de l’extrême dépendance de leurs économies aux produits agricoles et miniers que ces pays exportent, hélas, sans grande transformation ni valeur ajoutée.

La remontée des cours des matières premières depuis 2016 avait réduit leurs déficits au point qu’en mars le continent a dégagé son premier excédent commercial depuis début 2014. Mais la croissance mondiale moindre prévue en 2019 devrait réduire la demande et donc faire repartir à la baisse le prix des matières premières au point de dégrader à nouveau les balances commerciales africaines.

Réjouissons-nous de la bonne nouvelle venue de la Société générale : l’Afrique n’est pas condamnée aux déficits, mais n’oublions pas que celle-ci ne limitera les dégâts causés par les hoquets de la conjoncture qu’en diversifiant son économie et en transformant chez elle les richesses tirées de son sol et de son sous-sol.

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