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Politique économique

Cameroun-Nigeria : une occasion manquée

Le ministre camerounais de l'Économie, Louis Paul Motaze intervient lors d'un lors des Assemblées annuelles 2016 du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale le 6 octobre 2016 à Washington. © ZACH GIBSON/AFP

Partageant plus de 1 000 kilomètres de frontière avec la première économie du continent, le Cameroun ne tire pas profit de ce vaste marché.

Le sujet est à ranger parmi les paradoxes du pays des Lions indomptables. « Imagine-t-on la France se montrant indifférente à ce qui se passe en Allemagne, ou le Canada ne tenant aucune­ment compte des États-Unis ? », s’interroge un chef d’entreprise camerounais pour illustrer la défiance de Yaoundé vis-à-vis d’Abuja en matière économique.

À Yaoundé, rien n’est véritablement fait pour tirer parti de la présence de ce puissant voisin. Les chiffres des échanges montrent surtout une relation largement déséquilibrée. Troisième fournisseur du Cameroun en 2016, le Nigeria affichait encore en sa faveur un excédent commercial de 125,8 milliards de F CFA (192 millions d’euros) ­l’année écoulée. En cause : les importations d’hydrocarbures au profit de la Sonara, l’unique ­raffinerie de pétrole du Cameroun, quand le Nigeria représente seulement 1 % des exportations du pays.

La réalité est que, en l’absence d’une véritable coopération, quantité de produits agricoles passent en fraude le long des 1 000 km de frontière commune pour entrer au Nigeria. Producteurs de cacao et de coton vont ainsi chercher des prix plus rémunérateurs chez le puissant voisin. La Sodecoton, le mastodonte agro-industriel du Septentrion camerounais, en subit les conséquences en étant sevré de matière première.

Manque de volonté politique et de stratégie

Cette indifférence n’a pas empêché les groupes nigérians comme UBA et Dangote d’opérer une percée au Cameroun ces dernières années. Certes, le tycoon camerounais Baba Danpullo a investi dans l’immobilier de l’autre côté de la frontière. Aluminium du Cameroun (Alucam) y a trouvé un débouché, et l’opérateur historique Camtel a établi une liaison par fibre optique avec Lagos. Mais le compte n’y est pas.

« Il manque à la fois une volonté politique et une stratégie claire. Le Cameroun nourrit vis-à-vis de son voisin une méfiance certaine que même le règlement du conflit portant sur la propriété de la péninsule de Bakassi – rétrocédée en 2008 – n’a pas réussi à dissiper. Le Nigeria continue d’être considéré non comme une opportunité mais comme une menace », s’insurge Protais Ayangma, président d’Entreprises du Cameroun (Ecam).

« Il faudrait produire plus de biens courants destinés aux consommateurs nigérians, un saut technologique est nécessaire mais prendra du temps », juge Victor Lopes, économiste senior à Standard Chartered Bank. « Le Nigeria a d’énormes besoins en électricité. Il importe annuellement pour 6 milliards de dollars de produits agricoles, et ses ports sont saturés », estime aussi Acha Leke, patron Afrique de McKinsey.

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