Dossier

Cet article est issu du dossier «Guinée : soixante ans d'indépendance»

Voir tout le sommaire
Musique

Guinée : Manamba Kanté, comme un air de Beyoncé

Maniambè Kanté prépare son futur album pour 2019. ©

Fille d’un des plus célèbres griots ouest-africains et épouse de la nouvelle star de la soul guinéenne, Manamba Kanté est surtout une chanteuse hors pair et une self-made-woman.

Foulard multicolore sur la tête, Manamba Kanté Bangoura se présente. « Je suis née en 1996 et je suis chanteuse. » Et c’est tout. Celle que beaucoup considèrent comme la star montante de la musique guinéenne n’aime pas beaucoup parler d’elle, ni parler tout court, d’ailleurs.

À l’inverse de son époux, père de ses deux enfants (Idrissa, 2 ans, et Nala, 10 mois), le chanteur Souleymane Bangoura, 25 ans, alias Soul Bang’s, lauréat du prix Découvertes RFI 2016, déjà surnommé le R’n’B Boss.

Avec Soul Bang’s, on s’est connus sur scène, et ça a été tout de suite le coup de foudre

À eux deux, ils forment une belle carte postale de la Guinée. Lui est soussou, elle est malinkée. Certains fans les comparent même au célèbre couple américain Beyoncé et Jay-Z, et la presse people locale les suit régulièrement depuis leur mariage, en mai 2016, pour montrer qu’ils sont « très amoureux ».

Premier album prévu en 2019

Assis à côté d’elle, Soul Bang’s soutient Manamba du regard et, en habitué des médias et des plateaux télé, lui souffle quelques mots à l’oreille, la conseille. « Je suis son premier coach, dit-il. Elle travaille beaucoup et devra encore travailler beaucoup, mais Manamba a un talent naturel extraordinaire. » L’intéressée sourit en le dévisageant à son tour. « Avec Soul Bang’s, on s’est connus sur scène, et ça a été tout de suite le coup de foudre. Il est tendre et très respectueux. Et c’est pour ça que je l’aime ! »

Manamba Kanté s’est fait connaître grâce à ses reprises (notamment dans l’émission « Toumboui », en 2012), sa présence régulière sur les scènes conakrykas, où elle accompagne d’autres musiciens, et pour avoir remporté le concours de chant « Africa stop Ebola », organisé au Palais du peuple de Conakry, en juillet 2015.



Après quelques singles, elle prépare son premier album solo, qui devrait sortir début 2019 sur le label de Soul Bang’s, Rnb Boss Musik. Une dizaine de titres, dont un premier single baptisé Nany Bally, qui parleront de l’amour, des enfants démunis et du rôle des femmes en Afrique.

 On peut rester ici en Guinée, devenir quelque chose

« Je considère qu’on les cantonne trop aux tâches ménagères. Or elles ont le droit, aussi, d’exister », affirme-t-elle. Et de se mettre à chanter a capella : « On peut rester ici en Guinée, devenir quelque chose… » Elle claque des doigts. Soul Bang’s l’accompagne en battant le rythme du pied. Un duo figurera d’ailleurs sur l’album qu’elle est en train d’enregistrer dans le studio de leur villa.

Mauvaises langues

« On est heureux ici en Guinée, on se serre les coudes. Je n’irai jamais vivre en France, ajoute-t-elle. J’ai accouché de mon premier enfant à Paris et j’avais hâte de revenir. Mon mari me manquait trop, et j’aime profondément Conakry. Je voudrais que les jeunes restent ici, croient en leur pays, qu’ils réussissent ici, comme nous. »

Son père ne l’a jamais aidée, contrairement à ce que disent certaines mauvaises langues, précise Soul Bang’s

De son illustre père, Mory Kanté, grand complice de Salif Keïta à l’époque du Rail Band, Manamba ne dit rien, ou presque. Elle est la onzième des quatorze enfants du célèbre chanteur. « J’ai toujours été très fière de lui, mais j’ai rarement été à ses concerts. Il m’a invitée une fois sur scène et j’ai chanté avec lui, j’avais 11 ans, ça a été le début pour moi. Le seul conseil qu’il m’ait donné c’est : “Ma fille, tu es une descendante de griots, n’oublie jamais que tu es là pour chanter, conseiller les gens et que tu dois toujours bien te comporter.” »

« Son père ne l’a jamais aidée, contrairement à ce que disent certaines mauvaises langues, précise Soul Bang’s. Manamba doit tout à sa mère, elle-même griotte, qui l’a éduquée et lui a appris à chanter. » Manamba poursuit : « Mon père est un homme bon, mais strict, qui nous a toujours poussés à nous débrouiller par nous-mêmes. D’ailleurs, quand j’étais enfant, mes copines me disaient : “Hé, toi, tu es la fille du chanteur, alors pourquoi tu es simple comme nous, pourquoi tu ne fais pas le boss ?” »

Voix de velours

Depuis toute petite, Manamba Kanté n’a jamais songé à être autre chose que chanteuse, bien qu’elle ait décroché un diplôme de droit des affaires à l’université de Conakry pour faire plaisir à sa mère. « J’ai tenté de jouer en douce de la kora, mais la tradition [dans sa famille, l’instrument noble est le balafon] et mon statut de griotte ne me le permettaient pas, raconte-t-elle. Alors j’ai chanté… »


>>> À LIRE – Guinée : les complaintes mandingues de Banlieuz’art


Sa voix a fait le reste. Elle peut monter très haut puis se faire velours, comme celle des divas du blues, avec un peu du grain de Miriam Makeba. Manamba Kanté a d’ailleurs aussi un peu de l’allure et du look sixties de l’icône panafricaine et féministe exilée à Conakry et naturalisée guinéenne à l’époque de Sékou Touré.

Elle regrette que ses compatriotes n’aient pas « pris conscience de leur histoire » : « En 2010, j’étais invitée au Mali, en tant que majorette, pour le cinquantenaire de l’indépendance. À Bamako, il y avait d’immenses festivités, qui attiraient des milliers de gens. Ici on dirait que tout le monde s’en moque… Pourquoi ? On devrait être fiers ! »

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte