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Cet article est issu du dossier «Guinée : soixante ans d'indépendance»

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Justice

Guinée : le lundi noir du 28 septembre 2009

Ce lundi 28 septembre 2009, des manifestants guinéens s'enfuient alors que les forces de sécurité les dispersent. © IDRISSA SOUMARE/AP/SIPA

Tenir meeting au stade du 28-Septembre, le jour anniversaire du référendum sur la Communauté française rejetée par le peuple guinéen, avait une valeur symbolique pour les opposants à une éventuelle candidature du chef de la junte, Moussa Dadis Camara, à la présidentielle de 2010. Pourtant, il semble avoir été moins périlleux de dire « non » à un général, fût-il aussi célèbre que de Gaulle, qu’à un capitaine paranoïaque.

Le lundi 28 septembre 2009, dans ce stade de Conakry, 157 personnes tombèrent sous les balles de l’armée, 1 500 furent blessées, 89 portées disparues et 109 femmes furent violées, selon la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH). Neuf ans après ce massacre, les victimes attendent encore que justice soit faite.

Un procès d’envergure

Le 13 avril 2018, un comité de pilotage pour l’organisation du procès a été créé par arrêté ministériel du garde des Sceaux guinéen, Cheick Sako, qui le préside. Composé de représentants des ambassades des États-Unis et de l’Union européenne, du système des Nations unies, de la société civile ainsi que des services de sécurité et de la justice, le comité veille sur l’organisation matérielle du procès : calendrier, lieu, budget, sécurité, etc.

Sa première réunion, le 1er août, n’a permis de connaître que le budget prévisionnel, estimé à 78 milliards de francs guinéens (7,3 millions d’euros). L’UE y a déjà contribué à hauteur de 450 000 euros, et les États-Unis de 900 000 dollars (770 000 euros).

L’obligation d’identifier un site, dans la capitale ou en province, qui puisse héberger le procès

Avec 392 victimes qui se sont constituées partie civile, des centaines de témoins, des officiers supérieurs parmi les accusés – dont l’ancien chef de la junte au pouvoir entre décembre 2008 et décembre 2010, Moussa Dadis Camara –, les capacités d’accueil de la cour d’appel et des trois tribunaux de Conakry sont dépassées par ce procès d’envergure, qui devrait durer six mois. D’où l’obligation d’identifier un site, dans la capitale ou en province, qui puisse l’héberger. Pour mettre en place le dispositif sécuritaire qui s’impose, le comité de pilotage bénéficie notamment de l’expertise du haut commandant de la gendarmerie nationale, le général Ibrahima Baldé.


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Plusieurs fois annoncé, plusieurs fois reporté, le procès se tiendra-t-il sous le mandat d’Alpha Condé, qui se termine fin 2020 ? Oui, répondent le ministre de la Justice et un diplomate membre du comité. Toutefois, Cheick Sako est conscient qu’il sera tributaire d’un contexte marqué par la tenue de deux scrutins : les législatives, qui devraient avoir lieu en toute fin d’année ou au début de 2019, et la présidentielle, prévue pour 2020.

Moussa Tiégboro Camara et Claude Pivi, jouissent encore de leur statut de commis de l’État

Autres inconnues : la date du retour de Moussa Dadis Camara en Guinée, ses conditions et son impact sur le pays, où il jouit d’un certain soutien. En attendant, il vit en exil au Burkina Faso, où il a été entendu et inculpé de « complicité de viol et d’assassinat, coups et blessures, abstention délictueuse » par une commission rogatoire.

Son compagnon d’armes, Sékouba Konaté, qui vit en France, continue de narguer la justice guinéenne, devant laquelle il a juré de ne pas compa­raître – alors que d’autres inculpés, comme Moussa Tiégboro Camara et Claude Pivi, jouissent encore de leur statut de commis de l’État. Seul Toumba Diakité croupit à la maison centrale de Conakry.

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