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Cet article est issu du dossier «Guinée : soixante ans d'indépendance»

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Politique

Guinée : les défis d’Alpha Condé

Pont rénové sur le Rio Nunez, dans la région de Boké. © Youri Lenquette

Routes, énergie, éducation, santé… Nombreux sont les chantiers engagés par le président Condé pour tenter de pallier les déficits du pays avant le terme de son deuxième quinquennat, en 2020.

Lorsqu’il accède au pouvoir, le 21 décembre 2010, Alpha Condé hérite d’un pays en lambeaux : routes défoncées, manque d’électricité et d’eau courante, lourd déficit en infrastructures de base pour l’éducation et la santé. Ses deux quinquennats vont-ils lui permettre de faire accéder le pays aux progrès auxquels il a appelé pendant ses quarante années dans l’opposition ?

Bitumage d’axes routiers, nouvelles infrastructures dans les secteurs de l’énergie, des mines et de la logistique, construction d’hôtels, d’immeubles de bureaux… Les chantiers se multiplient dans la capitale et dans les régions. Preuve que l’économie se relève de l’épidémie d’Ebola (2013-2015) et de la chute des cours des matières premières (2014-2015).

Avec la hausse de la production de bauxite et d’or, les investissements dans les infrastructures et la bonne résistance de l’agriculture, la croissance du PIB a dépassé 6,6 % en 2016, en 2017 et, selon les projections du FMI, devrait s’établir aux alentours de 5,8 % en 2018.

Complexe hydroélectrique

L’un des chantiers les plus emblématiques de cette relance est celui du complexe hydroélectrique de Souapiti (550 MW). Sa mise en service partielle dès 2019 permettra de réduire le déficit en électricité en saison sèche, estimé à 400 MW. Le barrage et sa centrale sont construits, pour 1,2 milliard d’euros, par China International Water and Electric Corporation, déjà maître d’œuvre du complexe hydroélectrique de Kaléta, entré en service en 2015 (240 MW, 380 millions d’euros).



L’un des principaux défis que s’est fixés Alpha Condé est de permettre au pays d’atteindre l’autosuffisance alimentaire en investissant dans l’agriculture. Depuis 2011, les paysans peuvent bénéficier d’engrais à des prix subventionnés, et, depuis 2016, une double initiative présidentielle met l’accent sur deux cultures de rente : le café arabica et l’anacarde.

L’objectif est évidemment de déployer deux filières qui permettent aux exploitants guinéens de vivre de leur production et au Trésor public de faire rentrer des devises. Le chef de l’État a déjà fait importer du Rwanda 1 tonne de semences d’arabica, confiées à l’Institut de recherche agronomique de Guinée et dont les plants sont distribués gratuitement aux exploitants depuis le mois de juillet.

Une sorte de « municipalisation accélérée », à l’image du plan d’aménagement des territoires développé au Congo, couplée à la délocalisation de la célébration de la fête nationale, a permis d’améliorer les routes et les équipements de quelques localités dans les régions de Boké, Mamou, Nzérékoré et Kankan (marchés, écoles, centres de santé, palais de justice, maisons de jeunes…). Mais la plupart des régions accusent encore de lourds déficits, surtout en matière de routes et d’électricité, et quelques chantiers tardent à être achevés. Par ailleurs, certains dysfonctionnements persistent, tels que l’octroi de marchés de gré à gré.

1 450 milliards de francs guinéens dans l’enseignement supérieur

Faute de places suffisantes dans les établissements d’enseignement supérieur publics, l’État offrait depuis 2006 des bourses à une bonne partie des étudiants qu’il orientait dans le privé. Depuis la rentrée académique 2017-2018, le gouvernement a stoppé cette « hémorragie financière », estimée à 1 450 milliards de francs guinéens (plus de 135 millions d’euros) pour investir dans l’extension des universités publiques du pays.

Un taux d’échec au baccalauréat d’environ 70 % ces deux dernières années

Des travaux sont en cours à l’université Gamal-Abdel-Nasser de Conakry et au centre universitaire de Labé. Ceux de l’université Général-Lansana-Conté de Sonfonia-Conakry et des instituts d’enseignement supérieur de Boké et de Nzérékoré commenceront avant la fin de cette année. Parmi les autres avancées : le recensement biométrique des étudiants et des enseignants, ainsi que la revalorisation des salaires. Des efforts restent indispensables pour promouvoir la recherche et améliorer la qualité de l’enseignement secondaire, marqué par un taux d’échec au baccalauréat d’environ 70 % ces deux dernières années.


>>> À LIRE – Universités : en Guinée, le privé joue sa survie


Alpha Condé se plaint d’avoir hérité d’un pays et non d’un État. Ses détracteurs lui reprochent d’avoir échoué à en construire un. Ils estiment que, en dépit des réformes, une certaine impunité perdure et que les infrastructures judiciaires et pénitentiaires, vieillissantes, sont inadaptées.

Youri Lenquette

Reste que les forces de défense et de sécurité – auxquelles on doit la répression sanglante des mouvements de grève de 2007 et le massacre du 28 septembre 2009  – ont été profondément réformées. « Une vraie révolution », selon le général français Bruno Clément-Bollée, ancien patron de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire. Désormais, la place des militaires est dans les casernes.


Donka, un hôpital au meilleur de sa forme

Il était urgent que l’hôpital national Donka se rétablisse. Déjà, en 1996, le réalisateur belge Thierry Michel avait fait un minutieux état des lieux de ce centre hospitalier universitaire (CHU) dans son documentaire Donka, radioscopie d’un hôpital africain.

En 2013, le blogueur Alimou Sow le décrivait comme « un grand corps malade ». Mais il aura fallu que le pays soit confronté à l’épidémie d’Ebola, de décembre 2013 à décembre 2015, pour mesurer la vulnérabilité de son système sanitaire, notamment celle de son plus grand hôpital public, construit en 1959 par les Soviétiques.

Dans le cadre du renforcement des structures de santé, il fait l’objet, depuis octobre 2015, d’une importante opération de rénovation-extension financée par le Fonds saoudien pour le développement et par la Banque islamique de développement (BID) à hauteur de 74 millions de dollars, dont 32 millions pour les travaux de génie civil et 28,8 millions pour la formation du personnel et les équipements, parmi lesquels un plateau technique moderne (IRM, scanner, échographie, mammographie, blocs opératoires, etc.), 600 lits, 350 toilettes, une station d’épuration, une buanderie, des ascenseurs, des espaces verts, des parkings…

Selon le Dr Aboubacar Conté, directeur national des hôpitaux et coordinateur du projet, 95 % des travaux ont été exécutés. À l’œuvre, deux entreprises de BTP sélectionnées sur appel d’offres international : l’italienne Piccini, chargée de la réalisation du lot 1, et la guinéenne Société africaine de commerce, de construction et de financement (Saccof), pour le lot 2.

Selon le PDG de la Saccof, Redwan Saad, la livraison de ce dernier, qui concentre 70 % des bâtiments à rénover et comprend la construction d’une deuxième morgue, a été quelque peu reportée à cause du retard des travaux de voirie, confiés à Piccini.

Désormais, l’objectif est de doter d’un CHU les chefs-lieux des quatre régions naturelles du pays. Selon le Dr Aboubacar Conté, les projets ont obtenu un financement de 35 millions de dollars de l’Eximbank de Chine, et les dossiers d’appel d’offres ont été bouclés pour Nzérékoré (Sud-Est) et Kankan (Est). Suivront Kindia et Labé, qui, chacune, accueilleront à leur tour un hôpital de 130 lits et un amphithéâtre de 250 étudiants.

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