Politique

[Tribune] Reconnaissance par Macron de la torture en Algérie : un acte politique

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20h39

Par  Renaud de Rochebrune

Le président français Emmanuel Macron.

Le président français Emmanuel Macron. © Franck CRUSIAUX/REA

C’est la première fois qu’on reconnaît au plus haut sommet de l’État la pratique institutionnelle de la torture par les militaires qu’a autorisée, pendant la guerre d’Algérie, le vote des « pouvoirs spéciaux » par le Parlement en 1956.

Certes, il aura fallu attendre soixante et un ans. Mais il n’est jamais trop tard. En reconnaissant ce 13 septembre la responsabilité de l’État français dans la mort du mathématicien Maurice Audin, jeune enseignant-chercheur communiste et anticolonialiste arrêté par des parachutistes à Alger le soir du 11 juin 1957 et disparu à jamais, le président Macron a à la fois reconnu une évidence et accompli un acte d’une réelle portée.


>>> À LIRE – Affaire Maurice Audin : la France amorce un virage mémoriel avec l’Algérie


Une évidence car, malgré les dénégations de l’armée coloniale soutenant la version qui allait devenir officielle d’une évasion du prisonnier dont on aurait ensuite perdu la trace, toutes les enquêtes indépendantes – la première étant signée de l’historien Pierre Vidal-Naquet dès 1958 – ont abouti à la même conclusion : Maurice Audin est mort après avoir été sauvagement torturé au centre d’interrogatoires d’El-Biar quelques jours après son arrestation, en pleine « bataille d’Alger ».

Mensonge d’État

À la fin de 2013, le trop fameux général Aussaresses, l’homme des basses besognes de l’armée française en 1957, avouera qu’il avait reçu l’ordre de son supérieur, le général Massu, de se débarrasser d’Audin. Et, en 2014, le président Hollande, sur la foi de recherches qu’il avait diligentées, avait pour sa part reconnu que Maurice Audin était mort en détention. Première reconnaissance d’un mensonge d’État.

Si le geste de Macron – l’évocation d’un « système » ayant conduit à « des actes terribles » et sa visite en personne à la veuve du mathématicien pour présenter des excuses – peut être considéré comme historique, ce n’est donc pas parce qu’il révèle quoi que ce soit concernant les faits. Mais c’est la première fois qu’on reconnaît au plus haut sommet de l’État la pratique institutionnelle de la torture par les militaires qu’a autorisée, pendant la guerre d’Algérie, le vote des « pouvoirs spéciaux » par le Parlement en 1956.

Repositionnement

Une initiative prise par un président qui, accusé dans son pays de trop dériver vers la droite, veut se repositionner à bon compte, notamment en « énervant » l’extrême droite et la droite extrême, qui n’ont pas fait toujours le deuil de l’époque coloniale ?

Un gage offert à l’Algérie avant un autre geste, annoncé cet été pour bientôt, qui devrait concerner les harkis et sans doute irriter quelque peu Alger ? Peut-être. Il n’en reste pas moins qu’après avoir évoqué sur le sol algérien, avant son élection, la colonisation comme représentant « un crime contre l’humanité », Macron, peu suspect alors d’agir en dirigeant tacticien, avait déjà emprunté le même chemin. Puisse-t-il en tout cas faire école en rejetant les vérités officielles au profit de la vérité historique. En France… et en Algérie.

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