Finance

Marchés financiers : Londres veut garder la cote en Afrique

La Première ministre britannique Theresa May, après avoir rencontré le président kényan, Uhuru Kenyatta, à la State House de Nairobi, au Kenya, le jeudi 30 août 2018. © Ben Curtis/AP/SIPA

La Bourse britannique s’est imposée comme une place de choix pour les entreprises du continent. Une position que le Royaume-Uni entend conserver, en dépit du Brexit.

L’Afrique est devenue le continent phare pour ceux qui recherchent des retours sur investissements élevés. Projets ferroviaires transfrontaliers, aéroports, centrales électriques et même eurobonds offrent des marges substantielles aux investisseurs prêts à prendre des risques. Et, d’après Ibukun Adebayo, le codirecteur de la stratégie pour les marchés émergents de la Bourse de Londres (London Stock Exchange – LSE), la métropole britannique « s’impose clairement comme la capitale financière pour l’Afrique.

La City est un hub incontournable pour les investisseurs internationaux qui veulent avoir un accès sécurisé aux bonnes affaires sur le continent », explique-t-il. Adebayo en veut pour preuve l’introduction en Bourse réussie en mai 2018 de la compagnie de distribution pétrolière Vivo Energy – qui écoule les produits Shell sur le continent –, dont 30 % du capital sont désormais cotés au LSE. La société a marqué les esprits en levant pas moins de 548 millions de livres sterling (environ 617 millions d’euros) à cette occasion. Soit la plus importante opération africaine du genre depuis l’introduction au LSE de 50 % du capital de Telecom Egypt, en 2005. Les prochains sur les rangs sont le géant nigérian Dangote Cement – déjà coté à Lagos – et Econet, actif dans les télécoms.

La première introduction boursière d’une compagnie sur le LSE a eu lieu il y a 80 ans, et le lien avec le continent est plus fort que jamais !

En 2017, 61 introductions de sociétés du continent et autres opérations sur actions ont été menées sur la place financière, avec une prédilection pour le marché alternatif – AIM –, qui permet la cotation d’entreprises de taille moyenne dans un environnement réglementaire plus flexible. Désormais, on compte 110 compagnies et 34 obligations africaines listées à Londres. Et depuis le début de l’année 2018, le Nigeria, le Kenya et l’Égypte y ont émis des emprunts obligataires pour un total de 7,3 milliards d’euros. « La première introduction boursière d’une compagnie sur le LSE a eu lieu il y a 80 ans, et le lien avec le continent est plus fort que jamais ! », se félicite Ibukun Adebayo.


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Un engouement qui s’explique en partie par la concurrence qui fait rage entre les Bourses du continent. Le Johannesburg Stock Exchange (JSE) peut se vanter d’être la Bourse la plus importante et la plus liquide d’entre elles, mais il rebute parfois les entreprises africaines extérieures à la nation Arc-en-Ciel. « Elles ne souhaitent pas que Johannesburg s’impose comme le centre financier du continent. Londres leur apparaît comme un terrain neutre, moins risqué. Donc si elles peuvent s’introduire sur le LSE, elles y vont », analyse Charles Robertson, économiste en chef de Renaissance capital.

Compétition pour les meilleurs délais

Les méga-opérations de la taille de celles réalisées par Vivo Energy, Telecom Egypt ou le producteur nigérian de pétrole Seplat, qui a levé en 2014 quelque 360 millions d’euros lors de sa double introduction à Londres et à Lagos, restent rares. Et l’appétit des investisseurs pour le continent dans la capitale britannique est tel qu’il n’y a tout simplement pas assez de nouvelles opérations, même modestes, pour absorber l’argent disponible. En dehors des investissements dans les infrastructures de long terme – pour lesquels les institutions financières internationales et banques de développement jouent un rôle dominant –, les fonds jouent des coudes pour arracher les meilleurs deals. « Si un fonds dispose de 1 milliard de dollars à investir sur le continent, il doit diviser cette somme en une centaine d’investissements de 10 millions de dollars. Or, actuellement, sur les marchés africains, il n’y a pas autant d’occasions disponibles pour des montants de cette taille », fait remarquer Charles Robertson.

Londres reste trop cher pour de nombreux acteurs

Ces dernières années, le Maroc a émergé comme une plateforme financière alternative. Sa proximité avec les marchés ouest-africains, notamment, et la croissance de sa liquidité attirent certains investisseurs. « Les groupes francophones présents sur le continent ont tissé des liens avec le royaume, où les coûts d’une introduction ne sont pas aussi élevés qu’à Londres », observe Zin Bekkali, directeur général du fonds Silk Invest. L’Égypte est aussi en lice sur le créneau africain, notamment parce que son marché financier, dominé par les compagnies locales, a connu un énorme retournement de conjoncture. « Il y a deux ans, l’Égypte n’empruntait pas à l’extérieur de ses frontières. Aujourd’hui, environ 20 % de sa dette est entre les mains d’investisseurs inter­nationaux », note Charles Robertson. Enfin, pour des entreprises modestes, choisir une « petite » place financière peut se révéler être une bonne idée. « Londres reste trop cher pour de nombreux acteurs », estime un analyste spécialiste des marchés émergents qui y est établi.

« Soft power » et transferts de compétences

Pourtant, « le poids de la place financière londonienne est un élément majeur de la stratégie d’influence menée par le gouvernement britannique en Afrique, assure Andrew Pilori, associé chez EY. Il multiplie les conférences d’investisseurs, les programmes de transfert de compétences dans le domaine financier et les rencontres commerciales à Londres pour renforcer le lien entre la City et les groupes et Bourses du continent ». À la clé, la signature d’accords de coopération publics et privés, présentés comme bénéfiques tant pour le LSE, alors que les fonds et investisseurs qui y sont établis peinent à dénicher des opportunités en Afrique, que pour les places financières locales, qui cherchent à se développer. Des partenariats ont ainsi été signés entre la Bourse de Londres et celles de Lagos et de Casablanca.


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Le LSE a également lancé l’initiative « Elite », un programme d’assistance à la levée de fonds pour des groupes à fort potentiel de croissance, déployé au Kenya, au Maroc, et dans les pays francophones de l’Uemoa. En parallèle, la Banque d’Angleterre et le Département pour le développement international ont lancé un partenariat de formation et d’assistance technique aux banques centrales au Ghana, en Afrique du Sud et en Sierra Leone. Et l’agence britannique de crédit à l’exportation, UK Export finance, a ajouté le naira nigérian à la liste des monnaies qu’elle accepte.

En plein Brexit, la progression de la position de Londres sur le continent est vue par le gouvernement conservateur comme un moyen de contrebalancer les départs d’établissements financiers vers Francfort, Amsterdam ou Paris, et de conserver malgré tout sa position de capitale mondiale de la finance.

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