Communication & Médias

Médias : le chinois StarTimes passe en force au Sénégal

Au Sénégal, l'attribution du marché à l'opérateur local Excaf a provoqué les courroux des grands groupes. © Sylvain Cherkaoui pour J.A.

Après avoir fourni la télévision satellitaire à 300 villages, l’opérateur a rapidement acquis les droits de la Ligue 1 de football et lorgne la TNT.

Le chinois StarTimes poursuit discrètement son expansion au pays de la Teranga, via sa filiale locale, StarTimes Medias Senegal. Le groupe, premier opérateur de télévision numérique en Afrique avec près de 20 millions d’utilisateurs et un signal couvrant tout le continent, a fait l’acquisition pour les dix prochaines années des droits de retransmission TV de la Ligue 1 sénégalaise de football professionnel. Une opération représentant au total 6,2 milliards de F CFA (9,45 millions d’euros), pour un championnat qui en a bien besoin. Le contrat prendra effet à compter de la saison 2018-2019, c’est-à-dire dès le mois d’octobre.

Le 19 juillet, en vertu d’un accord passé entre les gouvernements sénégalais et chinois, StarTimes avait par ailleurs lancé la diffusion, par satellite, de films et de séries télévisées chinois dans 300 villages. Une déclinaison locale du projet « Accès à la TV satellite pour 10 000 villages africains », annoncé en 2015 lors du Forum sur la coopération sino-africaine (Focac), à Johannesburg. Reste que le décodeur fourni avec ce bouquet chinois permet de recevoir, en plus des signaux du satellite, ceux de la TNT…

Violation des lois de l’audiovisuel

Les acteurs locaux, inquiets de cette percée, ont dénoncé une violation des lois régissant le secteur de l’audiovisuel. En juillet, le groupe Excaf Telecom, maître d’œuvre de l’installation de la TNT au Sénégal en vertu d’un contrat de concession décennal scellé en 2014 avec l’État, a saisi le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA).

Fin août, le gendarme du secteur a reconnu dans son mémorandum le caractère irrégulier des activités de distribution de services audiovisuels et de commercialisation de décodeurs TNT de StarTimes. Ce dernier a en effet profité de l’accord interétatique entre les gouvernements chinois et sénégalais pour le raccordement à la télévision des 300 villages pour s’établir dans tout le pays. Il a ainsi foulé aux pieds la concession relative à la mise en œuvre de la TNT et le code de la presse.

Le Sénégal, organisateur du Focac en 2021

En outre, il ne dispose pas de l’autorisation délivrée par le ministère de la Communication, après avis conforme du CNRA. De surcroît, le groupe ne respecte pas la loi selon laquelle toute filiale d’une entreprise étrangère doit être détenue à hauteur de 51 % au minimum par une ou plusieurs personnes de nationalité sénégalaise : son actionnariat est en effet constitué d’un unique associé de droit mauricien – Hantex International.

Le ministère de l’Économie, qui avait donné son blanc-seing pour le raccordement des 300 villages, n’avait pas encore réagi à cette situation inédite au moment où nous mettions sous presse. Contacté par l’intermédiaire de son agence de communication, le représentant local de StarTimes n’a pas non plus donné suite à notre demande d’information. Mais une chose est sûre : le Sénégal, organisateur du prochain Focac en 2021, devra trouver une solution pour démêler cet imbroglio, sans froisser le partenaire chinois ni désavantager les groupes audiovisuels locaux.


Des méthodes controversées

Le groupe chinois a déjà suscité la polémique dans d’autres pays africains. Par le passé, ses contrats signés à Madagascar, au Ghana et en Zambie pour accompagner le passage à la TNT ont été remis en question en raison d’entorses aux procédures d’attribution.


Rencontres au sommet

Durant le Focac, qui s’est déroulé au début du mois de septembre à Pékin, les dirigeants de StarTimes, qui ont fait du passage à la TNT un objectif majeur pour leur développement sur le continent, ont été particulièrement actifs. Pas moins de dix-huit chefs d’États et hautes personnalités africaines ont visité le siège de l’entreprise lors de leur séjour dans la capitale chinoise. Le président du groupe, Pang Xinxing, a notamment rencontré les chefs d’État ghanéen, guinéen, ougandais, mozambicain, malawite, tandis que le directeur général, Gu Xun, s’est entretenu avec le président nigérien.

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