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Cet article est issu du dossier «Comment l'Afrique réinvente ses villes»

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Société

[Édito] Dessine-moi une cité

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Alain Faujas est spécialisé en macro-économie (mondiale et tous pays) ainsi qu'en politique intérieure française.

Une vue d'Abidjan, en 2016. © Jacques Torregano pour JA.

« Ses métropoles sont la synthèse des maux qui affligent l’Afrique, mais elles sont aussi un monde d’opportunités. » On ne peut mieux résumer la problématique urbaine du continent que ne l’a fait Rémi Maréchaux, directeur Afrique et océan Indien au Quai d’Orsay, à l’ouverture de la conférence « Les villes en Afrique », organisée par le patronat français (Medef International) le 10 septembre.

Parce que les dangers que représenterait une croissance explosive de ces métropoles africaines exigent de tenter d’en maîtriser le développement ; parce que leur attractivité accrue en fait le moyen idéal pour dissuader les populations de prendre le chemin de l’émigration ; et parce que les firmes françaises maîtrisent toute la chaîne qui bâtit une cité, depuis sa planification jusqu’au traitement de ses déchets, Emmanuel Macron en a fait le sujet phare du sommet Afrique-France de 2020 sous le label « Des villes durables ».

Faut-il rappeler le défi gigantesque que constitue le phénomène urbain africain ? Plus de 50 villes y ont dépassé le million d’habitants. Lagos comme Kinshasa croissent chaque jour de plus de 1 000 nouveaux venus – comme si, chaque année, la population de la Nouvelle-Orléans, de Florence ou de Nice venait grossir leurs rangs. L’Afrique compte aujourd’hui 1,3 milliard d’habitants, dont près de 50 % sont des citadins ; en 2050, ils seront 2 milliards, dont 70 % d’urbains.

Les Africains affrontent déjà ce grand bouleversement : treize villes nouvelles en Égypte (dont la nouvelle capitale administrative), des « oasis urbaines » au Sénégal (Diamniadio) et au Kenya (Konza), ou encore neuf villes « durables » au Maroc sont en cours de développement.

Au fait, qu’est-ce qu’une ville « durable » ? Pour Gérard Wolf, président de la task force Ville durable au Medef International, cette sorte de cité idéale doit avoir plusieurs atouts. D’abord, elle doit être écologique, c’est-à-dire frugale, pour économiser les ressources naturelles, et résiliente, pour surmonter le réchauffement climatique. Ensuite, elle sera socialement inclusive et ne laissera pas de côté les 60 % d’Africains qui vivent dans les bidonvilles, slums et autres townships. Sa durabilité sera aussi économique, pour que la ville soit productive de richesses et donc d’emplois. Enfin, elle sera technique, avec des équipements conçus pour durer beaucoup plus longtemps qu’aujourd’hui grâce à un usage et à un entretien soigneux, avec le concours de personnels locaux dûment formés et motivés.

Des erreurs à ne pas reproduire

Il y aura quelques bêtises à ne plus commettre. Par exemple, ne plus privilégier à l’excès les infrastructures routières, comme à Dakar, où l’on compte seulement 30 véhicules pour 1 000 habitants. « Cela défavorise les 970 autres personnes qui n’ont pas de voiture, regrette Jérôme Chenal, directeur de la Communauté d’études pour l’aménagement du territoire de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). On oublie trop souvent qu’en Afrique on est majoritairement piéton… » Les trottoirs sont moins glorieux, mais plus utiles que bien des échangeurs.

Il faudra aussi se souvenir que la croissance harmonieuse des mégalopoles dépend de la capacité des petites communes, bourgades et « villes secondaires » à offrir des services de base essentiels pour retenir les populations et ralentir l’exode rural. L’Afrique des villes sera bien avisée de se soucier de l’Afrique des champs !

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