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Cet article est issu du dossier «Afrique centrale : l'heure de la relance ?»

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Économie

Afrique centrale : adieu monde de brut

Les pays de la zone ont diversifiés leurs économies et réduitleurs dépenses publiques. © Jacques Torregano/Divergence pour JA

La politique de rigueur imposée par la Banque des États de l’Afrique centrale a permis aux pays de la sous-région, notamment ceux qui sont sortis du tout-pétrole, de renouer avec la croissance. Mais pour combien de temps ?

L’économie de la Cemac va mieux. Si l’on en croit le FMI, les six pays de la zone devraient, collectivement, voir leur croissance passer de + 0,9 % en 2017 à + 2,7 % en 2018, avant de culminer à + 3,4 % en 2019. Cette reprise modérée a permis de stopper l’hémorragie de devises qui avait conduit la Cemac au bord du gouffre en 2016. Son déficit des comptes courants s’est fortement réduit, permettant aux réserves de change de remonter à 2,5 mois d’importations cette année, contre 2,2 mois en 2016.

Si le pire a été évité, c’est d’abord parce que les gouvernements ont fini par appuyer sur le frein en matière de dépenses. Le Gabon, le Tchad et le Congo ont notamment taillé dans le budget de la fonction publique. Partout, on a remis à plus tard les investissements les moins nécessaires.

La reprise de la production pétrolière (– 4,8 % en 2017, mais + 2,6 % en 2018) et la hausse des cours du pétrole (50 dollars le baril en moyenne l’an dernier contre environ 75 dollars cette année), faisant suite aux gesticulations guerrières du président américain Donald Trump contre l’Iran et le Venezuela, ont apporté un surcroît d’argent frais dans les caisses des différents États. Enfin – et surtout – les améliorations constatées doivent être portées au crédit de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), qui a serré les boulons et contraint les États membres à la rigueur, en supprimant par exemple les avances statutaires qu’elle leur consentait, mais aussi en renforçant sa surveillance sur un système bancaire très fragile.

Toute la Cemac ne se redresse pas à l’unisson

Amélioration en trompe-l’œil

En fait, toute la Cemac ne se redresse pas à l’unisson. Le Cameroun (+ 4 % en 2018) et le Gabon (+ 2 %), grâce à leurs économies plus avancées et plus diversifiées que celles des autres pays, semblent mieux s’en sortir, mais ils ont succombé en début d’année à la tentation d’ouvrir le robinet des dépenses en vue des échéances électorales, en dépit des discours vertueux de leurs dirigeants.

La Centrafrique (+ 4,3 %) et le Tchad (+ 3,5 %) affichent une reprise trompeuse, tant ils partent de loin et restent confrontés à de graves problèmes sécuritaires qui saignent leurs finances. À l’évidence, ils ne s’en tireront pas sans le maintien de l’aide internationale massive qui leur a déjà permis de ne pas s’effondrer. Le Congo (+ 2 %) et la Guinée équatoriale (+ 2 %) sont à la traîne. Leur gouvernance médiocre les a empêchés de signer en même temps que les autres un accord de programme en bonne et due forme avec le FMI, ce qui dissuade les investisseurs de revenir.

Le Congo a dissimulé des avances sur sa production pétrolière ainsi que des prêts chinois pour des montants qui représenteraient un quart de son PIB. Son endettement réel se situe entre 110 % et 120 % de son PIB, alors que la règle de la Cemac interdit de dépasser 70 %. Pour obtenir le soutien du FMI, il doit au préalable obtenir de ses créanciers (les traders Glencore, Trafigura, Gunvor ou encore Vitol, et la Chine) l’assurance d’une réduction ou d’un rééchelonnement de ses emprunts.

La Guinée équatoriale, elle, a signé avec le FMI un simple « programme de référence » sans financement, d’une durée de six mois à partir d’avril, afin de tester ses capacités à appliquer les recommandations du Fonds. L’argent viendra plus tard, quand celui-ci sera rassuré.

Malgré l’appui des bailleurs de fonds, la Cemac n’est pas au bout de ses peines

Efforts budgétaires

Cependant, malgré l’appui des bailleurs de fonds, la Cemac n’est pas au bout de ses peines. Elle doit encore porter ses réserves à cinq mois d’importations d’ici à 2022 et réduire sa dette à moins de 50 % en 2020. Elle n’y parviendra pas sans le maintien des efforts budgétaires, l’amélioration de son climat des affaires, la diversification de ses économies et, pour parler franc, sans une gouvernance beaucoup moins laxiste.

Il lui faut faire vite, car de gros nuages s’amoncellent à l’horizon. En guerre commerciale avec Donald Trump, la Chine devrait ralentir le rythme de ses investissements et acheter moins de matières premières. Ce qui ne manquera pas de peser sur les cours mondiaux des produits exportés massivement par la Cemac. Dans le même temps, la politique monétaire américaine devrait pousser les taux d’intérêt à la hausse, alourdissant dangereusement le fardeau des pays qui ont eu l’imprudence d’emprunter sur les marchés financiers.

Que la Communauté n’espère surtout pas que la hausse des cours du pétrole la protège de ces multiples dangers : l’or noir aussi sera soumis à la volatilité des marchés internationaux. Aujourd’hui, il monte. Mais demain…

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