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Cet article est issu du dossier «Afrique centrale : l'heure de la relance ?»

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Politique économique

Afrique centrale : les inégalités persistent face au défi de la diversification

Usine Olam de Mioula, au Gabon, de traitement et extraction de l'huile de palme, en juillet 2018. © Jacques Torregano pour JA

Malgré la remontée des cours des matières premières, l’effondrement des revenus d’exportation a laissé des traces et souligné l’inégalité entre les pays de la Cemac face au défi de la diversification.

Forte contraction de la croissance, baisse des recettes d’exportation et budgétaires, arrêt ou ralentissement des investissements publics… Les effets de la chute des cours mondiaux du pétrole et des métaux en 2014-2015 ont été rudes pour les pays d’Afrique centrale, dont les économies sont toujours aussi dépendantes des ressources naturelles.

Face à ces chocs, leurs capacités de résilience sont inégales. Certains pays, mieux outillés, ont vite mis en place des mesures d’ajustement et de relance qui ont facilité la reprise de la croissance. Les autres, mal préparés, empêtrés dans des problèmes de gouvernance ou d’insécurité, n’arrivent pas à émerger, malgré la récente remontée des cours des matières premières.

Des différences qui tiennent à l’avancement de la diversification des économies, à la qualité des infrastructures et du système éducatif, aux mesures prises pour attirer l’investissement, à la disponibilité des ressources financières et à la qualité de leur gestion. Autant de facteurs qui devraient être repassés au crible lors du Sommet extraordinaire des chefs d’État de la Cemac, prévu en novembre.

La palme en matière de diversification et de relance revient au Cameroun

Dans la zone Cemac, la palme en matière de diversification et de relance revient au Cameroun, comme le prouve la faible part des hydrocarbures dans son PIB. De 7,9 % en 2011, celle-ci est tombée à 4 % en 2017, tandis que le secteur agro-pastoral-sylvicole et l’industrie manufacturière représentent respectivement 16,7 % et 15,9 % du PIB.

Proche des objectifs

Des pourcentages proches des objectifs fixés dans le Document de stratégie pour la croissance et pour l’emploi 2010-2020, qui table sur une contribution du secteur manufacturier à hauteur de 23 % du PIB. Les clefs de cette réussite ? Un tissu de PME-PMI dynamiques, l’amélioration du climat des affaires et l’adoption d’un plan directeur d’industrialisation. Des ombres planent toutefois, à commencer par la crise anglophone et, dans le Nord, l’insécurité liée aux attaques de Boko Haram.

Le Gabon a fait reposer sa croissance sur les hydrocarbures, le manganèse et le bois. Certes, le souhait de diversifier l’économie n’était pas absent du Plan stratégique Gabon émergent, axé en partie sur les infrastructures. Mais les choses ont tardé à se concrétiser. Le choc de 2014 a donc remis les pendules à l’heure. Le gouvernement a décidé de ne plus exporter de grumes, conclu un accord avec le groupe singapourien Olam pour booster la diversification et approuvé un plan de relance économique en 2017. Des mesures qui commencent à porter leurs fruits, même si les efforts doivent être poursuivis.


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De tous les pays de la sous-région, les deux États pétroliers que sont la Guinée équatoriale et le Congo sont les seuls à ne pas avoir encore finalisé d’accord avec le FMI. Si tous deux ont connu une forte récession liée à la chute des cours et de leurs productions d’hydrocarbures, Malabo s’en tire un peu mieux que Brazzaville. Dotée de bonnes infrastructures de transport, dont un port en eau profonde destiné à faire du pays une plateforme d’échanges, la Guinée équatoriale met l’accent sur l’agriculture vivrière, la filière cacao, l’écotourisme et la pêche.

Pour la Centrafrique et le Tchad, le chemin s’annonce encore long

L’ami chinois

En matière de diversification, les ambitions du Congo, dont 45 % du PIB est assuré par les hydrocarbures, restent à réaliser. Seule la filière matériaux de construction a émergé. Le taux de transformation du bois atteint difficilement les 60 %. Le Plan national de développement (PND) 2018-2022 privilégie l’agriculture, le tourisme et l’industrialisation, comme le faisait déjà le PND 2012-2016. Mais le manque de ressources financières et le fort endettement du pays (120 % du PIB) rendent difficile une telle transition et réduisent les dépenses allouées aux secteurs sociaux et aux infrastructures de développement (accès à l’eau et à l’électricité, réseaux routier secondaire, fluvial et ferroviaire, TIC…).

Pour y remédier, outre les initiatives locales, le gouvernement mise sur les partenariats publics-privés et la coopération avec la Chine, laquelle, très présente dans le pays, investit massivement dans le développement de deux zones économiques et dans le secteur agricole.


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Pour la Centrafrique et le Tchad, le chemin s’annonce encore long. Bangui, dont les exportations reposent sur le bois et les diamants, est empêtré dans une situation sécuritaire difficile, avec les deux tiers de son territoire contrôlés par des groupes armés. Pour N’Djamena et son important cheptel bovin, le hors-pétrole passe par le développement du marché de la viande et la relance des secteurs du coton, de la gomme arabique et de ses filières agricoles.

Alors que les cours des matières premières remontent, les pays de la sous-région pourraient profiter de la nouvelle conjoncture pour redessiner les politiques d’aménagement de l’espace Cemac autour de pôles économiques régionaux capables de transformer leurs ressources naturelles. Il leur restera à localiser ces pôles… et à éviter de tirer la couverture à eux. Un sujet qui devrait s’inviter lors du sommet de la Cemac.


La RD Congo a bonne mine

Kinshasa n’a toujours pas vraiment diversifié son économie. Dans le pays le plus peuplé, le plus vaste, voire le plus riche d’Afrique centrale, la croissance du pays reste tirée par les mines, en particulier grâce au cuivre et au cobalt, dont le commerce représente près de 25 % du PIB. L’état a certes fait du développement de l’agriculture et de la sylviculture une priorité, mais les minerais sont toujours pourvoyeurs de la quasi-totalité des recettes d’exportation.

 

Face à la chute des cours mondiaux des métaux en 2015, le gouvernement a resserré les boulons du secteur, en se dotant, cette année, d’un code minier, accompagné d’une loi sur la sous-traitance. Les deux textes insistent sur la transformation locale, histoire de profiter davantage de la récente embellie enregistrée par le pays. Dans le sillage du secteur minier, l’économie s’est en effet redressée en RD Congo, pour atteindre un taux de croissance de 3,7 % en 2017, contre 2,4 % un an plus tôt. Une croissance qui devrait même poursuivre sa progression, pour s’établir à 4 % dès cette année. Ce qui n’exonère pas le pays de se diversifier et surtout de moderniser et d’étoffer ses infrastructures, dont la vétusté constitue aujourd’hui un frein au développement socio-économique du pays et à son intégration sous-régionale.

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