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Cet article est issu du dossier «Afrique centrale : l'heure de la relance ?»

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Transport maritime

Ports : ces nouvelles portes maritimes d’Afrique centrale

L'ensemble du New Owendo au Gabon. © GSEZ Ports & Logistics

De Kribi à Owendo, les projets portuaires susceptibles d’améliorer la compétitivité de l'Afrique centrale se multiplient dans la zone.

Alors que 95 % du commerce mondial transitent par les océans, l’Afrique centrale n’a pendant longtemps détenu que quelques quais hérités de la colonisation. Vétustes, mal équipés, limités par des tirants d’eau peu profonds, Douala, Port-Gentil, Pointe-Noire ou même Matadi pouvaient à peine approvisionner leur hinterland, sans parler de celui des pays enclavés.

Et puis la modernisation de Pointe-Noire par le groupe Bolloré en 2009 a fait entrer la sous-région dans le monde maritime et fluvial du XXIe siècle. Depuis, les terminaux de Kribi et d’Owendo sont sortis des flots, en attendant Banana, en RD Congo, et alors que Douala et Matadi prévoient de se refaire une beauté.

Surtout, l’Afrique centrale dispose pour la première fois de ports de transbordement – Pointe-Noire et Kribi – susceptibles d’améliorer sa compétitivité, grâce à des coûts de manutention plus faibles. Ne restera plus alors qu’à équiper le fleuve Congo d’interfaces modernes et efficaces pour que l’ensemble de la sous-région bénéficie des atouts d’une façade maritime.

• Kribi, en phase terminal

« Kribi est le futur poumon économique du Cameroun », s’exclamait avec enthousiasme Philémon Mendo début mars. Le directeur général adjoint de Kribi Conteneurs Terminal (KCT), filiale du groupement Bolloré/CMA CGM/CHEC, exposait alors les perspectives prometteuses de l’activité conteneurs, au lendemain de la mise en service des quais, qui devraient traiter annuellement 350 000 équivalents vingt pieds (EVP). Le port multifonctionnel, situé dans le sud du Cameroun, a également lancé, début juillet, les activités de son terminal polyvalent, capable d’accueillir 1,2 million de tonnes de marchandises par an. Il est géré par Kribi Port Multi Operators (KPMO).


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En plus de soulager la place portuaire de Douala, où transitent encore 95 % des échanges commerciaux du Cameroun, le port en eau profonde de Kribi doit surtout jouer son rôle de hub régional. Première véritable plateforme de transbordement dans cette partie de l’Afrique, ses installations sont appelées à desservir également le Tchad, la Centrafrique, le nord du Congo et même l’est du Nigeria. L’autoroute Kribi-Edéa, en cours de construction, devrait relier la zone portuaire aux principaux corridors routiers. Signe de la vocation régionale de ce projet unique dans cette partie du continent : la compagnie maritime CMA-CGM a décidé de faire du port camerounais sa base arrière pour l’ensemble des pays de la Cemac.

Omer Mbadi

• Un projet de taille sur le fleuve Congo

La signature, en mars, d’un accord de concession d’une durée de trente ans entre la RD Congo et l’opérateur émirati DP World, pour la construction et la gestion d’un port en eau profonde à l’embouchure du fleuve Congo, en a surpris plus d’un. D’abord par la taille du projet, qui prévoit la réalisation d’un terminal à conteneurs, d’un port minéralier et d’un port pétrolier. Sans oublier le bitumage de la route Banana-Boma et le prolongement de la ligne de chemin de fer entre Matadi et Banana.


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Ensuite par le coût, puisque les estimations tablent sur 1 milliard de dollars (863 millions d’euros), sans savoir vraiment si cette somme englobe l’ensemble des ouvrages. Le même flou entoure la future structure de gestion du port, ainsi que la constitution de son capital, même si tout porte à croire que DP World disposera de la majorité. Un tel projet est aujourd’hui justifié par l’augmentation des échanges commerciaux du pays, liée en particulier à l’essor de l’activité minière, alors même que les deux ports maritimes existants, Matadi et Boma, sont depuis longtemps saturés. Outre le trafic de la RD Congo, le port de Banana pourrait capter une partie des flux destinés au Congo-Brazzaville et à la partie nord de l’Angola.

Muriel Devey Malu-Malu

• Owendo, nouvelle porte maritime du Gabon

Les occasions de se réjouir étant rares ces dernières années au Gabon, le président Ali Bongo Ondimba pouvait arborer son plus beau sourire au moment d’inaugurer le nouveau terminal portuaire d’Owendo, le 14 octobre 2017. D’autant que la nouvelle porte maritime du pays, construite pour 276 millions d’euros, n’a pas coûté un sou à l’État. C’est le singapourien Olam qui s’est chargé d’apporter les fonds, dans le cadre d’un partenariat public-privé signé avec le Gabon.

GSEZ Ports & Logistics


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L’agro-industriel gère l’ensemble du New Owendo International Port (NOIP), en dehors des activités conteneurisées, concédées à Bolloré Transport & Logistics. Pour la première fois depuis longtemps, le Gabon dispose d’un port moderne, capable de recevoir des navires de grande taille en proposant de meilleurs délais de manutention. Opérationnel depuis juin 2017, le NOIP a déjà permis de raccourcir les temps d’escale de 25 % et de réduire les tarifs portuaires d’un tiers.

« Le Gabon possède enfin l’outil qu’il lui faut pour améliorer sa compétitivité », insistait le chef de l’État au moment de couper le ruban. Même si, pour le moment, les consommateurs attendent encore d’en ressentir les effets sur le prix des marchandises.

Olivier Caslin

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