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Cet article est issu du dossier «Afrique centrale : l'heure de la relance ?»

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Économie

Afrique centrale – Daniel Ona Ondo : « Il faut gérer nos ressources pétrolières autrement »

Daniel Ona Ondo, président de la Commission de la Cemac, ancien Premier ministre gabonnais, dans son bureau, à Libreville, le 28 janvier 2016. © Xavier Bourgois pour JA

Daniel Ona Ondo, président de la Commission de la Cemac depuis un an et demi et ancien Premier ministre gabonais, détaille ici son plan d’action pour sortir la zone de la sévère crise qui l’affecte.

Jeune Afrique : La crise économique est-elle en passe d’être maîtrisée en zone Cemac ?

Daniel Ona Ondo : La situation demeure fragile. La vie des populations reste fortement affectée. Il faut donc persévérer dans nos efforts pour redresser les comptes publics et reconstituer les réserves de change. Le solde budgétaire devrait être positif pour 2018, ce qui nous donnera une plus grande marge de manœuvre pour soutenir la relance.

Votre Commission s’est inquiétée des taux d’endettement affichés par les pays membres. Comment y remédier ?

Cette crise a en effet mis en lumière le réendettement rapide des pays. Entre 2010 et 2017, le taux d’endettement global de la zone est en effet passé de 12 % à plus de 50 % du PIB. La faible qualité des statistiques peut expliquer une prise en compte erronée par les États de l’évolution de leur dette publique.

Mais nous devons surtout veiller à instaurer une autre gestion de nos ressources pétrolières, qui doivent être consacrées au renforcement de l’épargne publique, à l’accélération du désendettement et au financement des stratégies de diversification. Cette crise a mis en exergue la nécessité de diversifier nos économies. Nous n’avons pas d’autre choix.


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Selon vous, les dirigeants de la zone ont-ils compris les leçons à tirer de cette crise ?

Les réformes engagées par les États montrent qu’ils ont pris la pleine mesure des défis à relever pour rendre leurs économies moins vulnérables.

Que pensez-vous de l’action menée par le FMI dans la sous-région durant cette crise ?

La conclusion des programmes signés avec le Fonds, et l’apport de ressources financières qui s’est ensuivi, a permis de reconstituer les réserves de change dans la zone. Ces programmes ont été négociés avec l’objectif de préserver la dépense sociale dans l’éducation, la santé. C’est aux États, dorénavant, de formuler eux-mêmes les mesures qu’ils jugent nécessaires pour rééquilibrer leurs comptes publics.

Nous devons construire un marché commun pour garantir de meilleurs débouchés aux produits locaux

Dans quelle mesure une meilleure intégration régionale aurait-elle facilité la gestion de cette crise ?

Le faible taux d’intégration des pays de la Cemac a incontestablement été un facteur de propagation de cette crise. Mais l’intégration est un processus long. Après la mise en œuvre de la libre circulation des personnes et des biens, nous devons aller plus loin : construire un marché commun pour garantir un débouché aux produits locaux, généraliser le passeport Cemac, développer les projets intégrateurs… La Commission, en relation avec les États, a relancé la mise en œuvre du Programme économique régional (PER) qui doit renforcer cette intégration, donner du sens à la diversification, pour contribuer, in fine, à la résilience.

L’intégration va-t-elle redevenir une priorité politique pour les dirigeants de la zone ?

Elle a toujours été au cœur de leurs préoccupations. Les chefs d’État vont se retrouver prochainement pour explorer les moyens de créer un espace encore mieux intégré.

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