Arts

Angola : Binelde Hyrcan et la vanité contemporaine

Le plasticien dans son antre de l’iIha do Cabo. © Bruno Fonseca pour ja

Désormais exposé partout dans le monde, l’artiste angolais Binelde Hyrcan envoie des poules dans l’espace et transforme des bagnoles en canapés.

Chic, contemporain, avec de grandes baies vitrées ouvertes sur l’océan : l’antre de Binelde Hyrcan, plasticien angolais en vogue, est aussi son atelier. Ses toiles, finies ou en cours, côtoient d’autres œuvres, comme ce canapé créé avec l’avant d’un combi Toyota. Sur la banquette rouge traînent un pot de crayons et des feuilles sur lesquelles l’artiste jette ses idées, bercé par le vent qui balaie les rues de l’ilha do Cabo.

Né en 1983 à Luanda, fils d’une mère tantôt couturière, tantôt vendeuse de poisson, et d’un père agriculteur, le jeune homme a très tôt cultivé sa fibre artistique. L’histoire tumultueuse de son pays est devenue sa matière première, comme c’est souvent le cas chez les artistes angolais. « Nous avons vécu l’esclavage, la colonisation, la guerre d’indépendance, la guerre civile, la corruption : le chaos a fait de nous ce que nous sommes », résume-t-il.


>>> À LIRE – Ce jour-là : le 12 janvier 1988, début de la bataille de Cuito Cuanavale, apogée de la présence cubaine en Afrique


Installé sur la large terrasse qui ceinture sa maison, il se souvient de son enfance, passée dans l’île. « J’étais moqué parce que je portais des chaussettes dépareillées ou à cause de mes dents du bonheur. » Son premier souvenir artistique ? « J’avais concocté un feu d’artifice pour faire une déclaration d’amour à une copine, j’avais six ans. J’ai mis le feu à la maison de sa mère. »

Vanité contemporaine

Au cœur de nombreuses œuvres, la poule, qui lui vaudra d’être remarqué à Marseille, en 2013. Il y présentait alors Thirteen hours, vingt-cinq poules naines habillées tels des soldats suivant un roi et se dirigeant vers des rangées de cercueils, sous la photographie d’un gallinacé déclamant un discours. « La vanité contemporaine », selon Binelde Hyrcan.

À l’âge de 16 ans, le jeune homme rejoint sa mère et sa sœur à Nice. « J’ai livré des pizzas et perdu un ongle au pied à cause du froid », raconte-t-il en souriant. Finalement, il rejoint l’École supérieure d’arts plastiques de Monaco, dont il sort diplômé en 2010.

Dans son atelier, une série de toiles intrigue : des poules aux yeux écarquillés, vêtues de combinaisons spatiales et propulsées dans l’espace ?

Durant cette période, il se fait remarquer avec sa chaise-ordinateur (des claviers font office d’assise et de dossier) et son travail de scénographe pour le clip Le Roi des ombres, du chanteur français Mathieu Chedid. L’année de son diplôme, il est exposé à la Triennale de Luanda, soutenue par la Fondation Sindika Dokolo.

Fusée de marbre

Dans son atelier, une série de toiles intrigue : des poules aux yeux écarquillés, vêtues de combinaisons spatiales et propulsées dans l’espace ? « J’ai eu envie de travailler sur la conquête spatiale après le lancement du premier satellite angolais par les Russes et dont nous n’avions plus de nouvelles [fin décembre 2017]. J’ai imaginé que le mausolée d’Agostinho Neto était une fusée soviétique qui les envoyait dans l’espace. » Le monument, de construction russe et haut de 120 m, ressemble, il est vrai, à une fusée.

Désormais exposé dans le monde entier, Hyrcan se veut transgressif, dans un pays où les droits de l’homme n’ont pas toujours été une priorité. « L’artiste est là pour se prendre une balle. Nous devons être des punks », dit-il. Et de citer l’essayiste Idriss Aberkane : « Toute révolution suit trois étapes : elle est d’abord considérée comme ridicule, puis dangereuse, et enfin évidente. Beaucoup d’artistes suivent ces trois étapes. »

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte