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Tendance : les bijoux d’art d’Evans Mbugua

Evans Mbugua, un créateur adepte des couleurs © Capture d’écran Youtube/Hona Africa

De la peinture au secteur du luxe, il n’y a qu’un pas pour l’artiste kényan Evans Mbugua, à qui la maison Chaumet a donné carte blanche.

Natif de Nairobi et Parisien d’adoption, Evans Mbugua fait une entrée aussi discrète que son look est bigarré dans un café du 18e arrondissement. Fluet, vêtu d’un bomber à imprimé coloré, coupe afro stylisée à la tondeuse, l’artiste est à l’image de ses portraits.

Un ADN situé quelque part entre le pop et le street art

Cet ancien directeur artistique, diplômé en design graphique aux beaux-arts de Pau (France), se consacre depuis cinq ans à de drôles de tableaux pointillistes ultrapigmentés, qu’il réalise sur une plaque de plexiglas frappée de pictogrammes. Un ADN situé quelque part entre le pop et le street art. « J’ai récupéré ce symbole lors d’un séjour en Égypte, indique le plasticien en pointant du doigt l’empreinte d’un pied criblant l’arrière-plan d’une de ses créations. À Paris, je serais tombé sur une chaussure ! » s’amuse-t-il dans un français quasi parfait.

Ce pro du recyclage pioche aussi dans la culture est-africaine en dupliquant ses motifs pour les transformer en décor évoquant des tissus traditionnels comme le khanga et le kikoi, ou des scarifications et des tatouages.

« Sublimer l’humain »

Ce patchwork, où l’esthétique l’emporte sur le politique, semble réussir au designer. À l’image de son confrère et ami Hassan Hajjaj, l’important pour lui reste de « sublimer l’humain », qu’il replace au cœur de l’œuvre et ornemente tous azimuts.

Les jeux de transparence et de couleurs qui se retrouvent dans mes tableaux sont des valeurs fortes de la haute joaillerie

Ses couleurs à fort potentiel marketing lui ont permis de réaliser l’affiche du film Félicité, d’Alain Gomis, en 2017, et de signer la couverture du livre d’Olivier Rogez, L’Ivresse du sergent Dida, la même année. Puis de se faire repérer par le studio de création de la maison Chaumet alors qu’il exposait dans une petite galerie du centre de la France, Emmanuelle Rousse.

« Les jeux de transparence et de couleurs qui se retrouvent dans mes tableaux sont des valeurs fortes de la haute joaillerie », assure l’artiste, aussi à l’aise dans un village que sur la très chic place Vendôme, où était présentée en juillet, dans l’une des bâtisses néoclassiques, « Trésors d’Afrique ».

Panel de stars

Pour cette collection, abritée dans une pièce feutrée et hautement sécurisée de la maison Chaumet, le Kényan a imaginé une série de bijoux émaillés de pierres précieuses et dessiné une ligne de broches. Après la Russie et le Japon, « Les Mondes de Chaumet » s’ouvrent pour la première fois au continent.

L’Afrique évolue grâce au commerce, à l’art et à la culture

« Ce projet permet de rendre compte des parures d’Afrique, qui font partie de la culture depuis toujours dans de nombreux royaumes du Soudan, du Ghana ou encore du Bénin », constate-t-il, la tête légèrement penchée vers la vitrine enfermant la collection « Ronde de pierres ».

Or blanc, saphirs bleus, perles de grenats mandarins, de spinelles rouges, d’émeraudes, diamants de taille… s’empilent sur un collier aux influences massaïs. « L’Afrique évolue grâce au commerce, à l’art et à la culture », analyse-t-il. La majorité de ses pièces, une trentaine, sont déjà réservées.

Mais si c’est à la maison Chaumet que profitera la recette de ces ventes, Evans Mbugua a réalisé une série de tableaux pour l’occasion et peut déjà se targuer d’en avoir écoulé deux à 4 000 euros pièce. Cette collaboration a aussi permis au protégé de la Gallery of African Art de Londres d’admirer un beau panel de stars, de Naomi Campbell à Liya Kebede, portant ses bijoux lors du lancement de la collection au Centre Pompidou.

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