Justice

Booba, le golden bad boy

Booba, dans le clip de « DKR ». © Capture d'écran YouTube

Figure du hip-hop français depuis une vingtaine d’années, artiste-entrepreneur avisé, Booba est pourtant poursuivi pour des violences dignes d’un garnement. Portrait.

Le trône vacille. Booba, éminence métisse du rap français, comparaissait le 6 septembre avec Kaaris et neuf autres prévenus devant le tribunal de Créteil à la suite d’une rixe géante provoquée à l’aéroport d’Orly, le 1er août. L’action, filmée par des voyageurs et digne d’un western spaghetti, faisait ensuite le tour des réseaux sociaux : tabassage à coups de bouteilles de parfum, insultes de collégiens et pagaille générale occasionnant 54 213 euros de dégâts dans une boutique de duty free.

Mais la bagarre de saloon qui a beaucoup diverti le web a déjà coûté cher à ses protagonistes. Élie Yaffa et Okou Gniakouri (les vrais noms de Booba et Kaaris) ont passé vingt jours en détention avant d’être libérés et placés sous contrôle judiciaire. Au tribunal de Créteil, le procureur a requis un an de prison avec sursis à l’encontre des deux stars. Le jugement définitif aura lieu le 9 octobre.


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Roi du clash 2.0

On imagine qu’il s’agit d’un soulagement pour les rappeurs, qui encouraient jusqu’à dix ans d’incarcération pour ces violences aggravées… Booba devrait ainsi pouvoir assurer le concert géant programmé depuis un an à la U-Arena, plus grande salle d’Europe (40 000 spectateurs) située dans les Hauts-de-Seine et dont les billets s’arrachent entre 79 euros et 748 euros l’unité.

Mais pour ce roi du clash 2.0 qui s’est mis à dos de nombreux adversaires online (La Fouine, Rohff…), les réquisitions du procureur sonnent déjà comme un avertissement : il va falloir se tenir à carreau. Et mettre un peu plus en conformité son attitude avec la vie rangée de père de famille et de businessman qu’il mène désormais en Floride.

Car le « MC cappuccino » a fait beaucoup de chemin depuis ses débuts. C’est en 1996 qu’il fait frémir pour la première fois les amateurs de rap avec le morceau Le crime paie, du duo Lunatic, qu’il forme avec son complice Ali. Instrus sombres, chroniques d’un quotidien sinistre ponctué par de petits larcins, rimes dégainées sur fond de bruits d’armes à feu : le ton est donné, très inspiré du gangsta rap américain… et de sa vie. Peu de temps après ce carton musical, Booba est arrêté pour le braquage d’un taxi et passe dix-huit mois derrière les barreaux.

Booba est le type même de l’artiste-entrepreneur

Neuf albums solos et plus de deux millions de disques vendus plus tard (son dernier opus, Trône, est certifié triple disque de platine, l’équivalent de 300 000 ventes), l’univers du « duc de Boulogne » reste aussi raffiné sur la forme que brutal sur le fond.

Mais après plus de vingt ans d’activité, le rappeur s’est éloigné des rues de Boulogne-Billancourt pour les grandes avenues ensoleillées de Miami. À 41 ans, il partage l’essentiel de son temps entre la salle de sport et son vaste appartement, où il vit avec sa fille Luna (4 ans) et son fils Omar (3 ans), qu’il photographie très régulièrement pour alimenter son compte Instagram. Il partage leur garde avec leur mère, la plantureuse Patricia Vinces, Américaine d’origine vénézuélienne, dont il est divorcé et qui habite à quelques encablures.

D’un point de vue professionnel aussi, l’ex-bad boy a mûri. Anne Cibon, sa manageuse depuis l’album Panthéon, nous déclarait en juin : « Booba est le type même de l’artiste-entrepreneur : il a compris depuis longtemps qu’il devait développer son indépendance, notamment en diversifiant ses sources de revenus. » Il y a d’abord eu sa marque de streetwear, Ünkut, son label, Tallac Records, plus récemment son propre média – OKLM, disponible depuis 2016 sur les bouquets de Canal+ Afrique – et même une marque de whisky (D.U.C) élaborée avec la maison française Daucourt et commercialisée dans la grande distribution.

Retour aux racines

Sans doute attiré par le profit, Booba cherche aussi à poursuivre un retour à ses racines africaines

Au niveau musical, le quadra n’en finit pas d’explorer de nouveaux territoires. La star, qui n’accorde d’entretien aux magazines qu’en échange d’un portrait en couverture, veut recentrer ses activités sur le continent. Une tournée panafricaine, que Jeune Afrique révélait en juin, est toujours au programme en 2019 (même si le rappeur Damso, avec qui il s’est brouillé, ne devrait pas faire partie de l’équipe).

Sans doute attiré par le profit, Booba cherche aussi à poursuivre un retour à ses racines africaines : son père est originaire de la ville de Yaféra, qui fait partie du département de Bakel, au Sénégal. Depuis une petite dizaine d’années, l’artiste multiplie les titres (DKR), les concerts (notamment la cérémonie d’ouverture de la CAN) et les featurings (Sidiki Diabaté, Fally Ipupa) pour raccrocher le cordon à l’Afrique.

Les démêlés judiciaires actuels de Booba ne devraient pas enrayer son expansion. Mais le rappeur hard-core va certainement devoir mettre un peu d’eau dans son whisky.

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