Energies renouvelables

[Tribune] L’Afrique dynamise la transition énergétique mondiale

Par

Mamadou Goumble est vice-président Afrique d'Energy Solutions Wärtsilä.

Malgré une constante hausse de la production d'énergie renouvelable au Maroc, le secteur de l'énergie dans le royaume reste dominé par les énergies fossiles importées © Reportage pour JA

Le monde se trouve au cœur d’une gigantesque transition énergétique vers des systèmes plus respectueux de l’environnement, plus modernes, et l’Afrique participe activement à ce développement.

Grâce à la « ceinture du soleil » traversant le continent, celui-ci profite d’une position optimale pour générer d’énormes quantités d’énergie solaire et éolienne. Portées par l’augmentation constante de la demande et la chute des prix de ces technologies, les énergies renouvelables (ENR) constitueront la base de l’alimentation du système électrique.


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Les ENR étant intermittentes par nature, les sources d’approvisionnement les plus utilisées actuellement comme le charbon ou le nucléaire doivent être remplacées par des moyens de production plus flexibles.

C’est le cas notamment des solutions de stockage d’énergie et des technologies à base de moteurs, qui sont celles qui assurent les meilleurs temps de réponse. C’est-à-dire qui permettent de prendre ou de passer le relais le plus rapidement à une source ENR. Sans cette flexibilité, les ENR causeront de l’instabilité sur les réseaux électriques et poseront d’énormes difficultés à leurs opérateurs.

C’est en combinant différentes technologies que l’on parvient à obtenir les meilleures performances

Des pays comme l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Maroc et le Sénégal se sont déjà lancés, à des échelles certes différentes, dans l’introduction des ENR notamment solaires et éoliennes. Les projets en Égypte et en Afrique du Sud sont de grande taille bien qu’ils représentent encore un faible pourcentage de la capacité installée.

L’impact de l’intermittence ne se fait donc pas forcément sentir. Le Sénégal constitue de ce point de vue un cas intéressant. Le pays inclut déjà 18 % d’ENR dans son mix énergétique (11 % d’énergie solaire et 7 % d’énergie hydraulique) et a l’ambition d’atteindre 30 % en 2035. Cet objectif est tout à fait réalisable car ses éléments de production sont, dans leur grande majorité, très flexibles.

La rapidité de la transition énergétique impose de prendre des décisions d’investissements énergétiques pérennes. Construire dix centrales électriques présentant un faible coût de production ne permet pas nécessairement d’obtenir un système global offrant in fine le prix le moins élevé. En fait, c’est en combinant différentes technologies que l’on parvient à la fois à obtenir les meilleures performances et les risques d’interruption de la production les plus faibles, quelle que soit l’évolution de l’environnement économique ou réglementaire.

Les contrats d’achat d’énergie figés à long terme créent de la rigidité et retardent le développement naturel des énergies renouvelables

Un paysage politique stable est crucial dans les stratégies commerciales énergétiques à long terme, qui impliquent d’énormes investissements. Par conséquent, l’interaction des producteurs avec les gouvernements et la coopération public-privé sont essentielles pour garantir l’attractivité financière de nouveaux projets.

Cependant, les contrats d’achat d’énergie figés à long terme en mode take or pay créent de la rigidité et retardent le développement naturel des énergies renouvelables. Ces contrats obligent les États à payer à l’IPP (producteur indépendant) la puissance installée dans sa centrale électrique, qu’elle soit utilisée ou non.

En journée, le taux d’ensoleillement de l’Afrique peut assurer un bon rendement des centrales solaires. Mais cette énergie supplémentaire à faible coût n’exemptera pas l’État de son obligation de payer ses engagements sur 100 % des contrats take or pay, alors même que le pic de consommation dans la plupart des pays subsahariens se situe en fin de journée.

Les ENR constitueront la nouvelle source d’énergie de base plus tôt que nous le croyons

De ce fait, des contrats plus courts ou plus souples sont requis pour favoriser l’émergence de solutions plus rentables. Dans un pays comme la Côte d’Ivoire, où les contrats des producteurs indépendants d’énergie à long terme ont une base installée plus ou moins égale au pic de consommation à 1,2 GW, les autorités pourraient avoir du mal à promouvoir les énergies renouvelables.

La transition énergétique est en cours, et les ENR constitueront la nouvelle source d’énergie de base plus tôt que nous le croyons. Elles sont fiables, abordables et durables lorsqu’elles sont combinées à des ressources de génération d’énergie flexibles à démarrage rapide. Cette combinaison garantit la transition vers des systèmes énergétiques modernes et favorise le développement économique en Afrique.

Nous avons aujourd’hui tout le potentiel nécessaire pour construire la voie menant à des systèmes d’énergies renouvelables. Mais avant toute chose, nous devons nous assurer que la flexibilité est valorisée aussi bien dans les technologies de production que dans les contrats d’achat d’énergie qui définissent la norme de ces investissements massifs.

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