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Littérature : massacre à Khartoum, le récit d’une guerre oubliée

La bataille d'Omdurman, en septembre 1898. © PrismaArchivo/Leemage

À travers une passionnante saga, l’écrivain Étienne Barilier revient sur la guerre des mahdistes, de 1881 à 1899, au Soudan. Une histoire qui n’appartient pas seulement au passé.

En 1884, Khartoum est assiégée par des hordes de guerriers fanatisés. La capitale soudanaise est isolée du reste du monde, les rebelles ayant coupé le télégraphe. À l’époque, le « pays des Noirs » (nom du Soudan en langue arabe) est sous domination anglo-égyptienne depuis plus d’un demi-siècle.

Les tribus du centre se sont ralliées à un chef de guerre musulman, le charismatique Muhammad Ahmad Ibn Abd Allah, autoproclamé Al Mahdi, « le guide envoyé par Dieu », « l’attendu » annoncé par le Coran, autrement dit « le sauveur ».

Un mystique, ardent défenseur d’un islam « purifié », bien décidé à instaurer un émirat sur toute la région. Cet épisode, peu connu en France, prendra le nom de « guerre des mahdistes » et durera de 1881 à 1899.

L’essayiste et romancier Étienne Barilier fait revivre cette guerre oubliée à travers un passionnant pavé, Dans Khartoum assiégée. L’auteur respecte les règles inhérentes à toute saga. Son cadre historique, parfaitement documenté, s’enrichit d’une galerie de personnages romanesques : un aristocrate esclavagiste sans scrupule, une courageuse bonne sœur, un archéologue naïf fasciné par l’ancienne Méroé et un journaliste anticolonialiste attiré par le mahdisme…

Une figure bien réelle émerge de ce microcosme d’Européens expatriés : le légendaire colonel Charles Gordon, surnommé Gordon Pasha – incarné en 1966 par Charlton Heston dans une mémorable fresque hollywoodienne.

Un pays à feu et à sang

Appelé au secours par la couronne britannique, Gordon, fort de ses précédentes victoires militaires en Chine, est nommé gouverneur du Soudan. Poste peu enviable dans un pays à feu et à sang, sans armée pour le défendre.

Le massacre d’un régiment envoyé d’Égypte en renfort a laissé peu d’espoir. Quand, dans les lointains cénacles londoniens, les politiques décident de lâcher Gordon, la chute de Khartoum paraît inévitable. Brillant stratège, le colonel tente de gagner le soutien de la population en s’appuyant sur les oulémas…

Parallèlement au suspense de l’intrigue, Barilier développe la psychologie des personnages, liés par un même destin. À commencer par le complexe Gordon Pasha.

Ce fervent chrétien respecte la foi musulmane, qu’il semble même envier. Contrairement à son rival Ibn Abd Allah, il ne mène pas une guerre de religion, mais s’efforce de sauver les habitants, quitte à se sacrifier. Sa mission prend des allures de parcours christique.

Mais, de nos jours, à Khartoum, le héros de l’histoire est le Mahdi. La plupart des dirigeants soudanais et le très influent parti islamiste Oumma se réclament encore du courant mahdiste. Quant au symbole du sauveur censé établir la justice divine sur terre, il a été repris par les propagandistes de Daesh…

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