Politique

En Algérie, « un projet de budget préélectoral »

omar berkouk © DR

Omar Berkouk, économiste et expert financier, décrypte pour Jeune Afrique l'avant-projet de loi de finances présenté par le gouvernement algérien.

Jeune Afrique : Doit-on considérer que les premières pistes envisagées par le gouvernement seront traduites telles quelles dans le projet de loi de finances 2019 ?

Omar Berkouk : Un avant-projet de loi de finances est un exercice de comptabilité nationale élaboré par l’administration compétente et le ministère de l’économie et des Finances selon des directives dictées par le chef du gouvernement. Une fois adopté en Conseil des ministres, il devient une proposition de loi de finances que doit ratifier le Parlement.

C’est un exercice technique, mais aussi éminemment politique, puisqu’il traduit une volonté de l’exécutif. Certes, l’avant-projet est amendable, en Conseil des ministres et ensuite sous sa forme de projet de loi lors du passage au Parlement. Voilà pour la théorie.


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En pratique, le PLF 2019 deviendra loi de finances 2019 sans grandes modifications par les élus en raison de son caractère électoraliste et démagogique. C’est un projet de budget préélectoral.

Quelle trajectoire économique dessine cet avant-projet de loi ?

Le projet de budget 2019 marque un coup d’arrêt aux réformes structurelles envisagées depuis la baisse du prix du baril en 2014. Il tourne le dos à la politique de diversification de l’économie et de gestion rigoureuse des ressources publiques.

Cet avant-projet de loi exprime la volonté de laisser les choses en l’état pour passer avril 2019

Dans le détail, le texte augmente les transferts sociaux en laissant de côté la question lancinante des subventions. Les budgets de fonctionnement sont à la hausse quand les dépenses d’équipement – c’est-à-dire d’investissements – sont réduites. Le budget de la Défense augmente au détriment de celui de l’Éducation nationale. Les recettes complémentaires sont cherchées dans une hausse modérée de la fiscalité des entreprises et surtout dans la fiscalité pétrolière.

Le gouvernement table enfin sur un baril à 50 dollars et un taux de change dollar/dinar de 118. Cet exercice est rendu possible par le financement non conventionnel du déficit budgétaire, avec la planche à billets, et par la remontée providentielle actuelle des cours du pétrole (75/80 dollars).

Autrement dit : à un an d’une échéance électorale capitale, cet avant-projet de loi exprime la volonté de laisser les choses en l’état pour passer avril 2019. Quitte à modifier de nouveau la trajectoire par une loi de Finances complémentaire en juillet 2019 ! Les forces politiques au pouvoir achètent la paix sociale et le cinquième mandat.

Le choix qui a été fait est celui de la planche à billets

Il y a deux mois, une loi de Finances complémentaire était déjà présentée par le gouvernement, avec des mesures drastiques pour rééquilibrer la balance des paiements. Volonté confirmée dans le nouveau texte ?

L’Algérie est face à un double déficit : budgétaire et de la balance des paiements. Pour financer l’impasse budgétaire, le choix qui a été fait est celui de la planche à billets. Indolore dans l’immédiat mais dévastateur à long terme. C’est de la création monétaire sans contrepartie. Qui finit toujours en inflation galopante !

Mais le gouvernement est en quelque sorte adepte de Keynes, qui avait coutume de dire que, “à court terme, on est tous morts”. Quant au déficit de la balance des paiements, il est alimenté par les dépenses de l’État dans un contexte d’insuffisance de production nationale. Et menace les réserves de change, prévues à hauteur de 62 milliards de dollars. En 2019, la fonte des réserves de change menace notre indépendance économique. L’Algérie ne doit pas s’écarter trop longtemps du chemin vertueux des réformes de structure qu’elle se proposait de suivre jusque-là. Il est impossible de gérer l’économie d’un pays en fonction du seul calendrier électoral et de la volatilité du pétrole !

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