Politique

[Tribune] Un avenir sans lendemain

Par

Ecrivain. Auteur de La Cale (Prix Stéphane-Hessel), Terre Ceinte, Silence du Choeur (prix Ahmadou-Kourouma, Grand prix du roman métis3).

La jeunesse de Yamoussoukro (photo d'illustration). © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

2018. Autre époque, autres acteurs, autres desseins… mêmes mots : l’Afrique est l’avenir du monde. Le temps de l’Afrique se conjugue beaucoup au futur, mais peu au présent.

Une grande question existentielle me mine ces derniers temps : à quelle époque le continent africain n’a-t-il pas été celui de l’avenir ? Quand ne l’a-t-on pas rêvé, convoité, annoncé comme le havre du futur, la terre non seulement promise, mais de la promesse éternelle ? On peut avoir l’impression, au vu de leur multiplication et de l’enthousiasme qui les porte, que les prophéties lisant dans la carte (la carne ?) du continent son futur radieux sont récentes.

Il n’en est rien. Cela fait deux siècles, au moins, que cette terre représente l’avenir (du monde). L’Afrique comme futur : voici peut-être la foi la plus ancienne et la plus partagée des temps modernes.

La capacité d’avenir de ce continent est décidément inépuisable. Vivement demain

Puissant lieu commun

Milieu du XIXe siècle. La colonisation justifiait son entreprise par de spécieuses et arrogantes formules, la plus tristement célèbre étant la fameuse « mission civilisatrice ». Pour les Européens qui se ruaient vers le continent, le seul but de cette funeste ambition était d’y assurer leur avenir économique et culturel. Pas de civiliser, mais de garantir le futur d’une civilisation. Pour ceux qui l’ont colonisée et pillée, l’Afrique était l’avenir. Le leur. Et cet avenir, notre présent donc, leur a en partie donné raison. Il semblerait que les mêmes, d’une autre manière, disent aujourd’hui encore que l’avenir est en Afrique. La capacité d’avenir de ce continent est décidément inépuisable. Vivement demain.


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2018. Autre époque, autres acteurs, autres desseins… mêmes mots : l’Afrique est l’avenir du monde. C’est devenu un puissant lieu commun contemporain. Un poncif n’est pas nécessairement faux, bien sûr : il y a certainement d’honnêtes raisons de dire, de croire, d’augurer que le futur du monde sera africain et lumineux. Ceux qui relaient la vulgate sont aussi nombreux que divers. Qu’une masse si hétéroclite – philosophes, entrepreneurs, grandes organisations financières, présidents d’Afrique et d’ailleurs, économistes, militants, associations, etc. – s’accorde sur ce constat n’est-il pas le plus formidable prodige de notre temps ? Je ne sais pas ce qui est le plus inquiétant : que toutes ces personnes parlent du même avenir ou que chacune d’elles parle de celui qui l’arrangerait. La deuxième option est la plus probable. L’avenir, l’infini avenir du continent nous édifiera.

Le temps de l’Afrique se conjugue beaucoup au futur, peu au présent. C’est ainsi ; je m’y habitue. Il m’arrive même de faire des rêves prémonitoires : nous sommes dans un certain futur – la dernière fois, c’était en 2666 – et devinez quoi ? L’Afrique était toujours l’avenir. Espérons que je sois un prophète de pacotille. Permettez-moi d’avoir l’arrogance d’en douter.

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