Politique

RDC : Isidore Ndaywel è Nziem face à Elikia M’Bokolo

© Jeune Afrique

Les deux historiens comptent parmi les intellectuels les plus respectés en République démocratique du Congo, mais leurs positions antagonistes sur la succession de Joseph Kabila font désormais d'eux des ennemis politiques irréconciliables.

Il était une fois deux intellectuels, longtemps complices mais dont les positions sont aujourd’hui diamétralement opposées. Les historiens Isidore Ndaywel è Nziem, 74 ans, et Elikia M’Bokolo, 73 ans, font la fierté de la RD Congo. Pourtant, voilà près d’un an qu’ils ne s’adressent plus la parole. Face à la crise politique qui divise le pays, liée à la succession du président Joseph Kabila, chacun a suivi une orientation différente.

Le premier, qui vit désormais dans la clandestinité à Kinshasa, s’est engagé, aux côtés d’autres universitaires, au sein du Comité laïc de coordination (CLC). Ce dernier, à l’origine des « marches des chrétiens », réclame une alternance pacifique à la tête de l’État et l’application intégrale de l’accord de la Saint-Sylvestre, conclu fin 2016. Le second, lui, a rejoint le Front commun pour le Congo, une large plateforme électorale lancée début juillet qui érige Kabila en « autorité morale ». On est loin de l’époque où Ndaywel demandait à son « éminent collègue » de préfacer ses ouvrages…


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« Au milieu du village »

Si les deux hommes disent continuer à éprouver du respect l’un pour l’autre, ils n’hésitent plus à s’envoyer indirectement des piques et à faire entendre leur différence. Elikia M’Bokolo se fait le chantre d’un discours nationaliste, voire souverainiste, que le président Kabila remet au goût du jour. De « prétendus opposants », parrainés, selon lui, par des « héritiers des colonialistes belges » en prennent également pour leur grade. « Un argumentaire d’un autre âge, tacle Isidore Ndaywel. Il y a méprise, car le combat actuel porte sur la reconquête de l’État de droit et des libertés publiques, il n’est plus anticolonialiste. »

Autre point de divergence : le rôle de l’Église catholique dans la vie politique congolaise. M’Bokolo considère qu’elle devrait rester neutre, impartiale, « au milieu du village ». Le normalien, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), à Paris, accuse des évêques, médiateurs des pourparlers dits de la dernière chance (décembre 2016), d’avoir pris parti contre le régime Kabila. Il soupçonne même les catholiques de tenter de se placer au-dessus des autres confessions.

Pasteurs et imams engagés

« Il n’en est rien », rétorque Ndaywel, dont la structure, le CLC, a reçu la bénédiction de l’influent cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kinshasa, avant de lancer des manifestations anti-Kabila, toutes violemment réprimées.

« Ce n’est pas une guerre de religions. Au contraire, celles-ci vivent en toute convivialité depuis des années dans notre pays », assure le professeur d’université, qui rappelle qu’« un jeune musulman a été tué » lors de ces marches dites des chrétiens, et que « le pasteur protestant François-David Ekofo et des imams congolais ont relayé le message du CLC ».

« Si l’Église se mêle de politique, c’est d’abord parce que c’est son devoir et, ensuite, parce que le président Kabila avait sollicité ses bons offices », répète Ndaywel, qui se prévaut depuis février du soutien de 81 personnalités, des chercheurs pour la plupart.

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