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Cet article est issu du dossier «Le Congo à l'heure des comptes»

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Cinéma

Congo : septième art, nouveau clap

Des jeunes attendent à la préfecture de Brazzaville où est installé la salle de Cinema MTM MOVIE HOUSE . Août 2018. © Baudouin Mouanda pour JA

Une génération montante de réalisateurs, des films sélectionnés dans les festivals internationaux, un public qui découvre les joies des salles obscures… Le cinéma congolais est en pleine renaissance.

«Tozali ! » [« Nous existons ! »] C’est un cri du cœur, presque un cri de rage. Et c’est le nom que s’est donné le collectif de réalisateurs formé en 2013 sous l’impulsion de Rufin Mbou Mikima et Amog Lemra pour redonner vie au cinéma congolais. Depuis, Tozali a permis à ses membres de produire une dizaine de courts-métrages, dont certains, comme Épicuria (2014), d’Ori Huchi Kozia, alias Kayser, et Mensonge légal (2014), d’Amog Lemra, ont été remarqués par la critique internationale. « Tozali a suscité un élan qui porte ses fruits, estime Amog Lemra. La disponibilité et le génie étaient là, le collectif a été un coup de pouce. »

De fait, le cinéma congolais semble peu à peu sortir de sa léthargie. Ses réalisateurs s’affichent en sélection officielle au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), au festival Écrans noirs de Yaoundé, au Festival international du film panafricain (FIFP) de Cannes… Le dernier court-métrage d’Amog Lemra, Silence, a eu les honneurs de Vues d’Afrique, à Montréal, en avril 2017, et, le mois suivant, du grand Cannes, où il était présenté hors compétition.

Ce n’est jamais facile de faire un film au Congo, car nous nous autoproduisons

Autoproduction

« Le cinéma congolais est un cinéma d’auteur, sans réel modèle de financement », observe Claudia Haidara-Yoka, promotrice du Festival du film des femmes africaines, Tazama, qui a coproduit et accompagné de nombreux projets locaux. Avec son ONG ClapCongo, elle est l’un des précurseurs du renouveau du cinéma au Congo. « Ce n’est jamais facile de faire un film au Congo, car nous nous autoproduisons », reconnaît Liesbeth Mabiala.

La réalisatrice a financé sur fonds propres son second long-métrage, Elonga (« victoire », en lingala), diffusé en juin pour la première fois à l’Institut français du Congo de Brazzaville : elle y a investi environ 45 millions de F CFA (près de 70 000 euros) et n’a pas hésité à vendre sa parcelle de terrain. « La loi d’orientation culturelle prévoit que 0,01 % du budget national du Congo soit alloué à la culture, dont une part sera affectée au cinéma, avec la création d’un fonds spécialisé », rassure Dieudonné Moyongo, le ministre de la Culture.

Les chaînes de télévision locales veulent que nous leur donnions nos films gratuitement », indique Liesbeth Mabiala

Par ailleurs, le fait que très peu de Congolais soient formés aux métiers du cinéma implique souvent pour les réalisateurs de faire appel à des compétences étrangères, ce qui entraîne des coûts de production supplémentaires. Il faut aussi que les copies finales répondent aux standards internationaux pour que les réalisateurs puissent espérer que leurs films accèdent aux grands circuits de distribution et de diffusion. « Les chaînes de télévision locales n’achètent pas nos films, explique Liesbeth Mabiala. Elles veulent que nous les leur donnions, gratuitement, ce que nous ne pouvons évidemment pas faire, car les produire nous coûte cher ! »

Plusieurs générations de Brazzavillois n’avaient jamais connu le cinéma en salle

Écran géant et son dolby

Mais les Congolais redécouvrent enfin les joies du grand écran, que beaucoup ignoraient puisque les salles de cinéma étaient toutes fermées depuis plus de vingt-cinq ans. Avec leur société, Cinebox, Gilles-Laurent Massamba et Romaric Oniangue ont restauré l’amphithéâtre de l’Hôtel de la préfecture, au Plateau des 15-Ans, et, en août 2016, ils ont inauguré le MTN Movies House : une salle de 200 places qui permet aux Brazzavillois de voir les blockbusters internationaux en même temps que les spectateurs européens ou américains et dans les mêmes conditions – écran géant de 7 mètres sur 4, diffusion en ultrahaute définition, son dolby digital 7.1…

« Plusieurs générations de Brazzavillois n’avaient jamais connu le cinéma en salle, explique Gilles-Laurent Massamba. Certains s’imaginaient d’ailleurs que nous ne diffusions que des bandes-annonces ! » Avec ses tarifs de 3 000 F CFA pour les adultes et de 1 000 F CFA pour les enfants, le MTN Movies House enregistre entre 300 et 500 entrées par jour pendant les week-ends, avec un public essentiellement constitué de familles de la classe moyenne, de jeunes cadres et d’expatriés.

De bons résultats que va bientôt concurrencer le français Vivendi (groupe Bolloré). Son réseau CanalOlympia, en pleine expansion sur le continent avec déjà neuf salles en Afrique de l’Ouest et au Cameroun depuis janvier 2017, prévoit d’ouvrir au premier trimestre de 2019 deux salles de 300 places chacune, l’une à Brazzaville et l’autre à Pointe-Noire. « Il y a une vraie attente, explique Corinne Bach, la présidente-directrice générale de CanalOlympia. Et ces salles permettent de faire renaître le septième art et de découvrir de nouveaux talents. »

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