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Cet article est issu du dossier «Le Congo à l'heure des comptes»

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Livres

Congo : la République des lettres

À l'instar d'Henri Djombo, ministre de l’Agriculture, une demi-douzaine de politiques au Congo ont été publiés. © Vincent Fournier/JA

Célèbre pour ses écrivains et son attachement presque viscéral à la littérature, le pays compte de nombreux romanciers, poètes ou dramaturges parmi les hauts commis de l’État.

C’est une tradition et une spécificité locale qui remonte à l’époque de l’indépendance et qui ne s’est, depuis, jamais démentie : le Congo est un pays où les politiques publient des livres. Dans le gouvernement actuel, une demi-douzaine de ministres – dont deux femmes – ont ainsi produit des chroniques, des essais, des poèmes ou des réflexions, sur les pas de leurs glorieux aînés. Leur modèle : Henri Lopes, dont le douzième ouvrage, Il est déjà demain (JC Lattès), une enquête sur l’héritage politique et le métissage de l’auteur, sort en ce mois de septembre.

Lopes, qui a été Premier ministre, ministre, puis ambassadeur, a d’ailleurs préfacé Beto na beto. Le poids de la tribu (2001, Gallimard), le premier roman de Mambou Aimée Gnali, ex-ministre de la Culture (1997), puis porte-parole du Parti pour l’alternance démocratique (opposition), dont le second roman, L’Or des femmes, paru en 2016, a été édité l’an dernier en format de poche (Folio).

Palme de l’originalité

Également anciens ministres et hauts fonctionnaires de l’État : les écrivains Jean-Baptiste Tati Loutard (décédé en 2009) et Guy Menga, ainsi que l’essayiste Grégoire Lefouoba. Quant au très rimbaldien Sony Labou Tansi, il fut, à la fin de sa vie, député du quartier de Makélékélé, à Brazzaville, et proche du leader de la région du Pool, Bernard Kolelas. Un engagement au sein de l’opposition dont la fibre se retrouve aujourd’hui chez Alain Mabanckou, dont le douzième roman, Les Cigognes sont immortelles, vient de paraître (Le Seuil).

Ministre de l’Agriculture dans l’actuel gouvernement de Clément Mouamba et parmi les barons du régime depuis plus de vingt ans, Henri Djombo a publié pas moins de six romans et dix pièces de théâtre, régulièrement jouées à l’Institut français de Brazzaville.

Benoît Moundélé-Ngollo a donné naissance au « snoprac »

Mais la palme de l’originalité revient sans aucun doute à Benoît Moundélé-Ngollo, général à la retraite, ex-ministre et ancien préfet de la capitale. Ce grand chef coutumier mbochi a écrit une quinzaine de livres aux titres plus étranges les uns que les autres – Cocktail Molotov bourré de vérités détonantes qui explosent dans un snoprac (2015) ; Les Vautours ou charognards de la République populaire de Lokuta, capitale Mbongwana… (2017) – tout en se spécialisant dans le néologisme, au point de donner naissance au « snoprac » (« style qui n’obéit pas aux recommandations académiques classiques »).

Même la prison n’apaise pas la fièvre scripturale des politiques congolais. Détenu depuis huit mois pour tentative de coup d’État, le général et ancien haut commissaire Norbert Dabira vient de publier son troisième livre : Mes mémoires. Le parvis de ma vie (juin 2018, éd. L’Harmattan).

Enfin, dans un autre domaine, l’historien et égyptologue Théophile Obenga, auteur d’une trentaine d’ouvrages savants, est toujours, à 82 ans, un conseiller écouté du président Sassou Nguesso en matière d’enseignement supérieur – et l’un des concepteurs de la nouvelle université de Kintélé, en périphérie nord de Brazzaville.

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