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Cet article est issu du dossier «Le Congo à l'heure des comptes»

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Diplomatie

Diplomatie : la stratégie orientale de Brazzaville

Denis Sassou Nguesso accueillant Mohammed VI à Brazzaville, le 29 avril. © MAP

Entre le soutien apporté par le Maroc à la création du Fonds bleu pour le bassin du Congo et l’adhésion à l’Opep, Brazzaville entretient ses amitiés et multiplie les échanges avec les pays du Maghreb et du Moyen-Orient.

Brazzaville multipliait depuis un an ses échanges avec les États du Golfe, en quête de soutiens pour sa demande d’adhésion à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Dans l’espoir, aussi, d’attirer des investisseurs et de bénéficier des fonds et programmes d’appui pour le développement de projets dans les pays membres, en particulier dans le domaine de l’agriculture.

« Les liens avec les pays du Moyen-Orient se sont en effet resserrés à la faveur de l’option prise par notre pays de diversifier son économie, mais aussi dans le but d’élargir le champ de ses partenaires », reconnaît le député Ferréol Gassackys, rapporteur de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale. Soutenu dans sa démarche par le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, le Congo a intégré le cartel pétrolier le 22 juin.

Sa production reste cependant modeste, même si, avec la mise en activité des champs de Moho-Nord et Banga Koyo, elle promet de dépasser les 350 000 barils par jour en 2018 et de permettre au pays de se hisser au rang de 3e producteur en Afrique subsaharienne (devant la Guinée équatoriale, mais très loin derrière le Nigeria et l’Angola).

« Le Congo a désormais son mot à dire sur le négoce relatif au secteur, surtout lorsque les décisions portent sur l’ajustement du prix du baril », souligne Jean-Claude Gakosso, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération.

Liens du cœur

Avec le Maghreb, l’amitié est ancienne. « Nos relations avec ces pays plongent leurs racines dans l’histoire des mouvements de libération », explique le ministre. Des liens presque affectifs unissent le président congolais avec l’Algérie et le Maroc.

Denis Sassou Nguesso fut l’un des tout derniers chefs d’État à s’entretenir avec le roi Hassan II avant sa disparition

Denis Sassou Nguesso a reçu sa formation militaire à l’académie militaire de Cherchell, en Algérie – où il est « considéré comme un fils du pays », souligne Jean-Claude Gakosso. Il s’investit dans le règlement de la crise libyenne avec l’Algérie. Lors de sa dernière visite d’État à Alger, en mars 2017, une quinzaine d’accords de coopération ont été signés.


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Des liens du cœur l’unissent également au Maroc. Denis Sassou Nguesso fut ainsi l’un des tout derniers chefs d’État à s’entretenir avec le roi Hassan II avant sa disparition. Une relation qui s’est poursuivie avec Mohammed VI. Lequel a parrainé l’initiative de création du Fonds bleu pour le Bassin du Congo, lancée par le chef de l’État congolais lors de la Conférence de l’ONU sur le climat (COP22) de Marrakech, en novembre 2016, pour financer le développement de l’économie bleue dans douze pays de la sous-région.

Un an et demi plus tard, le souverain chérifien était l’invité d’honneur du premier sommet des chefs d’État signataires, à Brazzaville, fin avril. En marge de cette rencontre, les autorités marocaines et congolaises ont signé, là encore, une quinzaine d’accords de coopération bilatérale dans des domaines très divers. Denis Sassou Nguesso se prépare à effectuer très prochainement une visite d’État à Rabat.

La France et la Chine restent des partenaires privilégiés, qui ont bien compris que l’ampleur de la crise économique doit encourager notre pays à élargir le champ de sa coopération

La Turquie est également plus présente au Congo, qui est devenu son deuxième partenaire dans la zone CEEAC, après l’Angola. Hormis les bourses d’études qu’il octroie chaque année, Ankara a notamment permis la reconstruction de l’hôtel M’Bamou Palace et la réalisation du Centre international de conférence de Kintélé, inauguré en juin 2017, au nord de Brazzaville. Jouxtant le complexe sportif de la Concorde (où se sont tenus les XIe Jeux africains en 2015), ce centre a été construit par le groupe stambouliote Summa et financé pour 134,45 milliards de F CFA (205 millions d’euros) par Eximbank Turquie, qui s’est engagée à financer la future Cité gouvernementale de Brazzaville.

Ces rapprochements ne remettent pas en cause la relation avec les partenaires traditionnels. « La France et la Chine restent des partenaires privilégiés, qui ont bien compris que l’ampleur de la crise économique doit encourager notre pays à élargir le champ de sa coopération, souligne Ferréol Gassackys. Ils nous incitent à aller dans cette voie et maintiennent leur soutien de la manière la plus concrète. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. »

Passés de 290 millions de dollars en 2002 à 6,5 milliards en 2015, les échanges bilatéraux avec la Chine ont marqué le pas en 2016, à 3 milliards de dollars, à cause de la crise financière. Quant à la part de marché de la France au Congo, elle est passée de 20 % en 2012 à 13 % en 2016. Les exportations de Paris vers Brazza ont diminué de 20 %, et les importations (essentiellement des produits pétroliers) ont chuté de 52 % entre 2015 et 2016. « Le rapprochement du Congo avec les autres pays exportateurs de pétrole et son adhésion à l’Opep sont de nature à asseoir sa crédibilité et sa solidité dans le cénacle mondial, estime Jean-Claude Gakosso. Et c’est un facteur plutôt rassurant pour nos principaux partenaires, dont la France. »


DSN, le médiateur africain de la crise libyenne

Le président Denis Sassou Nguesso (DSN) faisait partie du comité des cinq chefs d’État désignés en 2011 par leurs pairs de l’Union africaine (UA) pour se rendre à Tripoli et tenter une médiation auprès du colonel Mouammar Kadhafi.

C’est donc sans surprise que, lors de la 27e session ordinaire de la conférence de l’UA, réunie à Kigali à la mi-juillet 2016, DSN a été chargé de présider le comité de haut niveau de l’UA sur la Libye, institué afin de permettre à l’organisation de reprendre l’initiative et de coordonner les efforts entre tous les acteurs pour tenter d’aboutir à une solution politique négociée et durable.


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En 2017, Brazzaville a abrité deux réunions du comité de haut niveau, en janvier puis en septembre, avec des délégations des autres pays membres du comité (Niger, Mauritanie, Afrique du Sud, Éthiopie), des pays voisins de la Libye (Tchad, Soudan, Égypte, Tunisie, Algérie), le président du Conseil libyen, Fayez el-Sarraj, et le chef de l’armée nationale, Khalifa Haftar. Entre ces deux sommets, la capitale congolaise a accueilli, en mai, une rencontre avec les chefs des principales tribus libyennes.

En mars et en août 2017, DSN s’est par ailleurs rendu à Alger pour faire avancer la médiation. En tant que président du comité de haut niveau de l’UA, il a évidemment été convié par son homologue français, Emmanuel Macron, à la conférence internationale sur la Libye qui s’est tenue le 29 mai à Paris sous l’égide de l’ONU.

Le dossier libyen était également au menu des discussions avec le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lors de sa visite à Brazzaville, le 7 juin.

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