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Assurances : Allianz passe à l’offensive pour combler son retard en Afrique

(De g. à d.) Hicham Raissi, Coenraad Vrolijk et Delphine Maidou, l’équipe dirigeante lors du Africa CEO Forum de 2017. © The AFRICA CEO Forum

Investissements massifs, restructuration des équipes, nouvelles cibles géographiques, le géant allemand met en œuvre son plan d’action pour rattraper Axa.

Depuis deux ans, Allianz s’est lancé dans une course effrénée à la croissance sur le continent. Selon nos estimations, le géant allemand des assurances a déboursé près de 500 millions de dollars (437 millions d’euros) dans une demi-dizaine d’opérations. À la mi-juillet, il a finalisé le rachat du nigérian Ensure Insurance, pour un coût estimé à 35 millions de dollars. En mai, il avait déboursé 81 millions de dollars pour acquérir 8 % du leader panafricain de la réassurance Africa Re. En 2016, l’assureur allemand avait racheté la filiale marocaine du suisse Zurich Insurance pour 274 millions de dollars. À la fin de 2017, Allianz X, la branche d’investissement numérique du groupe, a injecté 96,6 millions de dollars dans BIMA, micro-assureur spécialisé dans le numérique, présent en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

Faut-il voir dans cette effervescence une réponse tardive à l’offensive africaine du grand rival français Axa ? Entre 2014 et 2016, ce dernier avait injecté plus de 350 millions d’euros dans quatre opérations africaines, dont 198 millions d’euros déboursés pour racheter le nigérian Mansard Insurance.

Notre stratégie n’est pas définie en réaction aux concurrents

« Je ne me souviens pas avoir vu des émissaires d’Allianz parmi les assureurs intéressés à l’époque par Mansard », note une source impliquée dans les négociations. « Notre stratégie n’est pas définie en réaction aux concurrents », répond Delphine Maidou. Cette Burkinabè, ancienne patronne d’Allianz Global Corporate & Specialty (AGCS) qui assure les grands risques commerciaux et les comptes panafricains d’importance, est depuis février 2017 directrice des opérations de Allianz Africa. Selon cette experte formée aux États-Unis, aux universités de Boston et de Pittsburg, la nouvelle dynamique africaine de l’assureur a été impulsée par son directeur général, l’Allemand Oliver Bäte, aux commandes du groupe basé à Munich depuis mai 2015. Peu après son arrivée, il a nommé un ancien collègue de McKinsey, le Hollandais Coenraad Vrolijk, à la direction générale de Allianz Africa, qui s’est installé à Casablanca.

« Nous avons l’ambition d’être un leader de l’assurance en Afrique. Pour réussir cet objectif, nous ne pouvions rester absents du Maroc et du Nigeria, absents du domaine de la technologie mobile – qui est le meilleur outil pour faire croître le taux de pénétration de l’assurance en Afrique – et sans investir de manière plus agressive dans les pays d’Afrique francophone », avance Delphine Maidou.


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Allianz a également rapproché les centres de décisions des équipes et des clients sur le continent. « One Allianz for Africa » (une Allianz pour l’Afrique), tel est le leitmotiv en interne de cette réorganisation. Oublié le pilotage à distance depuis Paris, ancien siège « africain », une structure avec quatre pôles est en cours de déploiement. À Casablanca, où sont installés le directeur général et le directeur financier, reviennent la gestion des données financières et l’actuariat.

L’Ivoirien Arthur Yao, ancien de Swiss Re, a été recruté en mars pour rejoindre le pôle d’Abidjan d’ici au début de 2019. Cette antenne, placée sous la responsabilité de Delphine Maïdou, sera chargée de la gestion informatique, de la souscription et de la réassurance, et des activités de communication. À Johannesburg, AGSC continue ses activités dévolues aux grands comptes, sous la direction de Thusang Mahlangu. Enfin, depuis Nairobi, des équipes auront pour tâche de développer les nouvelles solutions, offres et applications technologiques

630 millions d’euros de chiffre d’affaires sur le continent

Présent dans dix-sept pays africains, Allianz y compte 1 500 salariés et revendique en 2017 un chiffre d’affaires de 630 millions d’euros sur le continent . C’est un peu moins que les 676 millions d’euros engrangés en 2016 par Axa présent dans huit pays africains, mais encore très loin des leaders, qu’il s’agisse du marocain Saham, aux 1,18 milliard d’euros de revenus en 2016, ou des colosses sud-africains tels que Sanlam (6 milliards d’euros) et Old Mutual Life Insurance (3,28 milliards d’euros).

Le challenge africain d’Allianz n’est pas simple. L’assureur allemand n’occupe des positions de leader que dans une poignée de ses implantations : au Cameroun (premier avec 32 milliards de F CFA – environ 49 millions d’euros – de revenus cumulés sur les branches vie et non-vie, en 2016), en Côte d’Ivoire (quatrième, avec 38 milliards de F CFA) et au Sénégal (deuxième, avec 17,6 milliards de F CFA). Au Maroc, sa filiale n’apparaît même pas dans les cinq premiers du marché. Quant à Ensure Insurance, elle représente à peine 2 % des primes émises au Nigeria. « Il y a toujours un concurrent. Plutôt que de chercher à rogner des parts de marchés aux autres, l’industrie doit plutôt œuvrer à accroître le marché, faire grossir le gâteau », fait valoir Delphine Maidou.


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Outre la différence de force de frappe avec ses concurrents sur le continent, Allianz est loin d’être seul à avoir perçu le potentiel des marchés africains de l’assurance. « Entre le 1er août 2016 et le 1er août 2017, nous avons identifié une vingtaine d’opérations de fusions-acquisitions dans l’assurance impliquant des cibles basées en Afrique », rappelait l’an dernier l’Association des investisseurs privés des marchés émergents (Empea). La tendance s’est confirmée cette année avec le rachat, en cours, de Saham Finances, le pôle assurance du groupe Saham, par Sanlam, pour un montant de 1,05 milliard de dollars. Si le taux de pénétration reste faible, avec des primes émises représentant à peine 2,5 %-3 % du PIB du continent, « entre 2007 et 2016, les primes brutes en Afrique (à l’exclusion de l’Afrique du Sud) ont augmenté presque deux fois plus vite que le PIB de la région », avec un taux de croissance annuel composé de 9,5 % sur cette période, selon Deloitte. Le marché reste encore dominé par l’Afrique du Sud (80 % des primes émises), devant le Maroc, le Kenya, l’Égypte et le Nigeria. Pays dans lesquels Allianz est désormais présent.

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