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Cet article est issu du dossier «Sommet Chine-Afrique, les 3 et 4 septembre à Pékin»

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Politique économique

Chine-Afrique : Algérie et Maroc, deux visions de l’opportunité asiatique

Mohammed VI et le président chinois, Xi Jinping, le 11 mai, à Pékin. © KIM KYUNG-HOON/AP/SIPA

A Alger et Rabat, la dette chinoise est un non-sujet. Pékin figure pourtant parmi les partenaires sur lesquels misent - pour des raisons différentes - les deux États maghrébins.

En Algérie, les relations du FLN avec la Chine ont débuté avant même l’indépendance, mais il a fallu attendre les années 2000 pour qu’elles se matérialisent économiquement. Avec la remontée des prix du pétrole, Alger a alors retrouvé des marges de manœuvre et lancé deux plans d’appui à la croissance (2002-2004 et 2005-2009) avec pour objectif de rattraper le retard pris pendant les années 1990, marquées par le terrorisme et les programmes d’ajustement structurel du FMI.

« Le gouvernement a vu dans les entreprises chinoises des prestataires de services pour deux domaines où la demande était forte : les logements et les infrastructures », analyse la chercheuse franco-algérienne Fatiha Talahite. Les sociétés chinoises profitent alors de l’absence des groupes occidentaux que le contexte sécuritaire de la décennie noire a fait fuir.

Infrastructures et logements en Algérie

En 2006, le groupement Citic-CRCC obtient une grande partie de la construction de l’autoroute est-ouest. « Si l’Algérie s’est tournée vers ces sociétés, c’est parce qu’elles sont capables de mobiliser un grand nombre de travailleurs chinois pour exécuter rapidement les travaux, et ce à moindre coût », explique le sinologue Thierry Pairault.

« Pour y parvenir, elles profitent d’ailleurs de dérogations au code du travail algérien », indique Fatiha Talahite. Cela n’empêche pas les dérapages. Initialement estimée à 7 milliards de dollars, l’autoroute, dont certains tronçons ont été réalisés par une entreprise japonaise, a selon les chiffres communiqués par le gouvernement en 2014 coûté près du double.


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Mais la construction effective de milliers de logements a incité le gouvernement algérien à intensifier cette collaboration, avec d’autres projets d’ampleur, comme la grande mosquée d’Alger (livraison prévue à la fin de l’année), confiée à China State Construction Corporation, et dernièrement le port d’El-Hamdania, à Cherchell – réalisé par le même groupe et China Harbour Engineering Company –, dont le coût est estimé à 3,3 milliards de dollars.

Étranglé par la chute des revenus pétroliers, le gouvernement avait plusieurs fois reporté le démarrage du chantier avant d’accepter pour la première fois un prêt de Pékin, comme l’a révélé le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, au début de juillet.

Partenaires d’influence

Au Maroc, la coopération avec la Chine est beaucoup plus récente. Le véritable tournant date de la rencontre de Mohammed VI avec le Premier ministre chinois à Pékin en 2016, même si un certain nombre d’étapes ont préparé le terrain, à l’image du colloque organisé à Rabat en 2014 par le groupe bancaire marocain BMCE, réunissant entre autres l’ambassadeur de Chine et Fouad Ali El Himma, conseiller du roi.

Contrairement à son voisin, Rabat voit dans Pékin un partenaire économique pouvant lui apporter un surcroît de puissance dans sa stratégie de hub africain, et non un simple prestataire de services. « Le royaume n’attribue pas un rôle particulier à ce partenaire, mais lui propose de s’inscrire dans sa stratégie industrielle », décrypte Thierry Pairault. Ainsi, Bank of China mais aussi l’équipementier de télécoms Huawei ont fait le choix de rejoindre la plateforme Casablanca Finance City pour développer leurs opérations continentales.

Des implantations qui se font parfois dans le sillage de compagnies occidentales déjà présentes, à l’image du groupe chinois Citic Dicastal. À la fin de juillet, ce spécialiste des jantes en aluminium, sous-traitant de Renault et PSA, a signé une convention avec le ministre de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy, pour une future implantation dans la zone franche de Kénitra nécessitant un investissement de 350 millions d’euros.

De 2 millions de dirhams (180 000 euros) seulement en 2011, les investissements chinois avaient atteint 582 millions de dirhams durant le premier semestre de 2017.

Illustration de l’intérêt de Rabat pour son nouveau partenaire, le Maroc a été, l’an dernier, le premier pays maghrébin à annoncer sa participation au projet des Nouvelles Routes de la soie, quand Alger doit encore l’officialiser.

Dans la foulée de cet accord, BMCE avait demandé un agrément pour ouvrir une succursale en Chine. Au début de juillet, le groupe bancaire marocain a obtenu le précieux sésame et prépare actuellement son implantation à Shanghai.

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