Industrie

Matériaux : Peughouia poursuit son virage industriel en Centrafrique

La cimenterie Medcem, dans la zone portuaire de Douala, aura nécessité un investissement de plus de 20 milliards de F CFA. © CEMTECH Global

Le groupe familial camerounais multiplie les projets, dont une cimenterie, avec son partenaire turc Eren Holding. Une nouvelle étape dans sa stratégie d’intégration verticale.

Bangui, future place forte des Peughouia. Au début de la décennie, Emmanuel, le père, plantait son drapeau dans la capitale centrafricaine en y ouvrant la première agence de son enseigne Quifeurou, pour distribuer des matériaux de construction. Le déploiement du groupe y prend désormais un virage industriel sous l’impulsion de son fils Jacky Bruno.

Le 22 juin, ce dernier, patron du consortium Medcem-Quifeurou, filiale du groupe Peughouia Holding (GPH), spécialisé entre autres dans la production de ciment, paraphait une convention minière avec le gouvernement centrafricain pour rechercher du calcaire dans la localité de Mbaïki.

Rentabilité

Un préalable au projet Nouvelle cimenterie de Centrafrique (Nocimca), évalué à 23 milliards de F CFA (35 millions d’euros), visant à implanter une unité de broyage d’une capacité de 350 000 tonnes annuelles. À l’étude également, la construction d’une unité de fabrication de tôles à Bangui.

Le choix de Peughouia, allié au turc Eren Holding, dont il est le partenaire au Cameroun, d’installer une cimenterie dans la capitale centrafricaine est dicté par une exigence de rentabilité. « Le ciment ne dégage pas de marge sur de longues distances, comme entre Douala et Bangui. Compte tenu de cela, c’est pour le moment un produit d’appel pour les autres produits que nous exportons », explique Emmanuel Peughouia.

Emmanuel Peughouia assure la présidence du conseil d’administration d’un holding qui emploie 1 800 personnes et a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 68 milliards de F CFA

Sculpteur sur bois de formation, il a bâti un groupe aujourd’hui présent dans l’acconage (Sesa), le transit (8P Transit), la fabrication des tôles et plastiques de construction (LP Industrie), le ciment (Medcem Cameroun), l’immobilier (SQC Holding) et les mines (Medcem-Quifeurou). Son incursion il y a quelques années dans l’exploitation forestière, à travers Seficam, fut un échec.

Mais l’essentiel des revenus provient de la société Quifeurou Cameroun (SQC), qui s’est imposée sur le marché local de la distribution des matériaux de construction en trois décennies. Quifeurou (Quincaillerie du Feu rouge, du nom du premier magasin, ouvert en 1983, au lieu-dit Feu rouge, à Bafoussam, dans l’Ouest du pays), comme l’appellent couramment les Camerounais, dispose de succursales au Tchad et en Centrafrique, et constitue le vaisseau amiral de GPH, créé il y a deux ans pour coiffer l’ensemble des entités.

À 63 ans, Emmanuel assure la présidence du conseil d’administration d’un holding qui emploie 1 800 personnes et a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 68 milliards de F CFA.

Medcem

Amorcée en 2010 par l’activité tôle, la stratégie industrielle d’intégration verticale autour du matériau de construction s’est davantage affirmée deux ans plus tard. À la demande de Dangote qui envisageait d’implanter une unité de broyage à Douala, le gouvernement camerounais interdisait alors l’importation du ciment, où Quifeurou régnait en maître.

Emmanuel Peughouia s’est alors tourné vers l’un de ses fournisseurs, le cimentier turc Eren Holding, pour créer Medcem (Mediterranean Cement) Cameroun. Les deux partenaires ont investi plus de 20 milliards de F CFA pour la construction d’une cimenterie d’une capacité de 600 000 t annuelles dans la zone portuaire de Douala.

Facebook, 2009

Le groupe camerounais ne tient selon nos informations qu’une part minoritaire de son capital. Depuis janvier, cette usine est en cours d’extension. Le coût de la nouvelle ligne de broyage et d’ensachage, qui devrait être opérationnelle en décembre, est estimé à 9 milliards de F CFA. Elle devrait faire passer la capacité installée à 1 million de tonnes. « L’augmentation de la demande et la dynamique d’extension des capacités qui anime tous les concurrents ne pouvaient pas nous laisser indifférents », se justifie Jacky Bruno Peughouia.

Ce mariage permet à chaque partenaire de faire valoir son atout, comme le résumait fort à propos en marge de l’inauguration de la cimenterie, en décembre 2016, la boutade d’Emmanuel Peughouia. « Donne-moi le produit, et je fais le reste », lançait-il à l’intention du Turc Taha Ozbey, premier patron de Medcem Cameroun.

Fabrication de peinture ?

Producteur de ciment depuis 1992, Eren Holding assure la gestion de l’usine tandis que Quifeurou, fort de sa capacité logistique et de ses 57 magasins au Cameroun, au Tchad et en Centrafrique, se charge d’écouler sa production sur ces différents marchés. « Nous distribuons aussi le ciment des concurrents », tient à rappeler Jacky Bruno Peughouia.

La récente tentative d’entrer dans la fabrication du fer à béton, qui s’est soldée par un échec, n’est pas de nature à stopper la consolidation industrielle de GPH. « Selon notre plan stratégique pour les cinq prochaines années, nous devons mieux intégrer nos activités industrielles, pour mieux servir notre réseau de distribution », résume le patron. D’après certaines indiscrétions, un projet de fabrication de la peinture serait aussi dans les tuyaux.


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Parallèlement, Sesa, l’entité consacrée à l’acconage sur la place portuaire de Douala, vient de postuler à l’appel d’offres lancé en mars pour la gestion du terminal polyvalent de Kribi, après la défaillance de Necotrans. « C’est une occasion à saisir et cette ville constitue l’avenir du pays. Il nous faut donc nous positionner », relève Irène Meilo Peughouia, fille du fondateur, chargée du contrôle de gestion au sein de GPH.

Du reste, le groupe a acquis 5 hectares dans la zone industrielle adossée au port de la capitale économique pour un nouveau projet industriel encore confidentiel. Chez les Peughouia, la diversification industrielle ne fait que commencer.

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