Politique

Maroc – Mustapha Aziz : le testament de Lahcen Jakhoukh en question

Mustapha Aziz (à g.) aux côtés de Lahcen Jakhoukh. © DR

Mustapha Aziz est au cœur d'un bras de fer judiciaire avec la famille de Lahcen Jakhoukh autour de la succession de ce dernier.

Début mai 2015, Lahcen Jakhoukh est alité à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif, en région parisienne. On lui a diagnostiqué un cancer du pancréas en septembre 2014 : il se sait condamné. Il a perdu près de 30 kg en six mois, après une vingtaine de chimiothérapies. Son infirmière le trouve « confus par moments ». Le 3 mai, les médecins ordonnent une surveillance toutes les trois heures. Son état ne s’améliore guère.

Pourtant, le 5 mai, Lahcen Jakhoukh paraphe trois documents. D’abord son testament. En présence de son notaire et de deux témoins, il dicte : « J’institue pour légataire universel mon ami le Dr Mustapha Aziz, qui a été le seul à me soutenir et à m’aider dans les épreuves douloureuses. » Il poursuit : « Mon légataire aura les pouvoirs les plus étendus pour prendre toutes décisions concernant mon patrimoine successoral avec pour instruction formelle d’exclure mes enfants et Mme Soumya Loudiyi [son épouse] ainsi que ma famille proche et toute personne mandatée par ma famille. »

Analyses du testament

La main est fébrile. La signature méconnaissable. Dans la foulée, le notaire enregistre une reconnaissance de dette de 10 millions d’euros au profit de Mustapha Aziz. « Je ne suis pas en mesure de le payer aujourd’hui mais je lui propose de prendre des garanties tant en France qu’au Maroc et au Gabon », écrit Lahcen Jakhoukh.

Enfin, dans un troisième document, il fait don d’un tiers de ses biens mobiliers et immobiliers au Gabon et au Maroc, dont ses sociétés. Le bénéficiaire ? Mustapha Aziz, « qui aura pour mission de créer et développer les œuvres caritatives de son choix ». Celui-ci a d’ailleurs lancé, le 14 juin, à Casablanca, la Fondation internationale Lahcen Jakhoukh.

Lahcen Jakhoukh était « dans l’incapacité de pouvoir signer tous documents dès le mois de septembre 2014, faute d’une lucidité suffisante »

La famille, qui voit filer plusieurs centaines de millions d’euros, ne décolère pas. Elle conteste les documents et tente de récupérer la possession des biens et la gestion des sociétés. Et s’appuie sur plusieurs analyses, dont celle d’une experte près la cour d’appel de Paris, qui a comparé la signature figurant sur le testament à des échantillons de 2002 à 2014 : « Elle présente une altération de son tracé, démontrant une plus grande difficulté à signer. Cette altération est visible à partir d’octobre 2014 et est compatible avec la détérioration de son état de santé. »

L’experte constate sur la reconnaissance de dette « une altération de son écriture », de « nombreuses retouches », « des ratures », qui « pourraient être dues à la recopie d’un texte », ainsi que des « fautes, notamment sur son nom de famille », pouvant « laisser penser à une insanité d’esprit ».

Deux médecins, qui ont eux aussi étudié le dossier du défunt, expliquent que « Lahcen Jakhoukh présentait une altération de ses capacités intellectuelles et de son libre arbitre […] dès septembre 2014 ». Il était, selon eux, « dans l’incapacité de pouvoir signer tous documents dès le mois de septembre 2014, faute d’une lucidité suffisante ».

Le testament de Lahcen Jakhoukh est-il, par conséquent, valable ? Mustapha Aziz doit-il conserver son statut de légataire universel ? Le testament ayant été signé en France, il revient à la justice tricolore de statuer sur sa validité dans les prochains mois.

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