Diplomatie

France-Maroc : une amitié en ordre de marche

Une partie du groupe d’amitié France-Maroc, dont Naïma Moutchou, Nadia Hai et Mustapha Laabid (rangée du bas, de d. à g.). © Bruno Levy pour JA

Qui a dit que les relations entre Etats devaient se cantonner aux chancelleries ? Les parlementaires française et marocains démontrent que la coopération passe aussi par eux.

Mustapha Laabid est consciencieux. Avant de prendre la présidence du groupe d’amitié France-Maroc, le député La République en Marche (LREM, majorité) s’est renseigné sur le fonctionnement de ces groupes, et plus particulièrement sur les activités de celui qui lie les élus français aux Marocains. Selon l’Assemblée nationale, leur « but premier est de tisser des liens entre parlementaires. »

« Il a fallu tout construire avec ce groupe d’amitié, on est parti de zéro », raconte cet ancien responsable associatif à Rennes (nord-ouest), élu en Ille-et-Vilaine. Qui a aussi, dans le temps, été chef d’entreprise au Maroc. Mustapha Laabid met en avant « son expertise au niveau du développement économique ».

Un groupe très actif

Autre atout pour diriger ce groupe d’amitié, réuni pour la première fois le 8 novembre : être bilingue français-arabe. « Avec ma connaissance de la langue et du Maroc, on peut aller directement au but », dit-il.

Dernière carte et pas des moindres : Mustapha Laabid est franco-marocain, comme sept autres députés de ce groupe, Naïma Moutchou, Mohamed Laqhila, Nadia Hai, M’jid El Guerrab, Sarah El Haïry, Amélia Lakrafi et Fiona Lazaar.

Il y a une histoire commune que beaucoup de députés essayent d’entretenir et des liens très forts entre les deux pays notamment entre les services de sécurité », précise Nadia Hai

« Le nouveau président du groupe d’amitié est particulièrement actif », reconnaît son collègue Michel Herbillon (Les Républicains, opposition), l’un des douze vice-présidents de France-Maroc. « C’est un groupe d’amitié extrêmement vivant, à l’image de la qualité des relations politiques franco-marocaines », renchérit Sarah El Haïry (Mouvement Démocrate, majorité), qui a passé son bac au lycée français Lyautey, à Casablanca.

« Il y a une histoire commune que beaucoup de députés essayent d’entretenir et des liens très forts entre les deux pays notamment entre les services de sécurité », précise Nadia Hai, vice-présidente de France-Maroc.

Visites régulières

La XVe législature, débutée en juin 2017, ne déroge pas à la règle : le groupe d’amitié est toujours très prisé. Avec 135 membres, c’est celui qui compte le plus grand nombre de députés. Parmi eux, le porte-parole de LREM, Gabriel Attal.

Omniprésent dans les médias, membre du premier cercle des élus autour d’Emmanuel Macron, le parlementaire de 29 ans s’est fait élire, lui aussi, à la vice-présidence de France-Maroc. Un signe de plus de l’intérêt de l’Elysée pour le Royaume ? Initialement évoqué pour début 2018, le deuxième voyage du président de la République au Maroc, une visite d’Etat cette fois, devrait se dérouler avant la fin de l’année. « On m’a dit officieusement que ce sera en septembre », affirme une source, même si l’Elysée dément cette date.


>>> A LIRE – Le Maroc, « partenaire incontournable » pour la France


Les allers-retour entre les deux pays sont nombreux. Mustapha Laabid s’est rendu cinq fois au Maroc en neuf mois. Les 15 et 16 novembre, quatre députés de la majorité et lui y accompagnaient le Premier ministre Edouard Philippe, en visite à Rabat pour coprésider avec son homologue marocain Saadeddine El Othmani la 13ème rencontre de Haut Niveau (RHN).

Laabid et sept autres députés du groupe d’amitié sont retournés les 5 et 6 avril à Rabat et Casablanca. Deux jours au pas de course. Au menu, entre autres : des échanges avec des députés marocains, avec des membres du gouvernement, dont le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, ou avec le président du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE), Nizar Baraka.

BRUNO LEVY POUR JA

« On a beaucoup à apprendre du Maroc, où le CESE est très pris en compte et le Conseil national des Droits de l’Homme (CNDH) est très puissant », souligne Laabid. « On peut prendre des leçons du Maroc, sur le numérique ou sur le CESE », abonde Marie-Christine Verdier-Jouclas, vice-présidente (LREM) du groupe d’amitié, dont la grand-mère était marocaine.

Mondial de football 2026

Autre instance majeure des relations bilatérales entre les deux Etats : le Forum parlementaire France-Maroc. Tous les deux ans, les parlementaires des deux pays issus des quatre chambres se retrouvent alternativement en France ou au Maroc. La 3e édition s’est tenue le 22 juin à Rabat. « Il faut enrichir les relations entre les deux pays, plaide Naïma Moutchou, vice-présidente (LREM) de France-Maroc, dont les parents Marocains sont venus en France dans les années 1950.

Nos collègues marocains sont très demandeurs. » Mais les mots ne suffisent pas. « Nasser Bourita, nous a dit : ‘Les groupes d’amitié c’est bien, mais les preuves d’amitié c’est mieux’ », se souvient Laabid.

Aussi, mi-mai, le président du groupe d’amitié a mouillé le maillot. Et a organisé à l’Assemblée une soirée de soutien en faveur de la candidature du Royaume pour organiser le Mondial de football 2026. Moulay Hafid Elalamy, président du comité de candidature, et ministre marocain de l’Industrie, de l’Investissement, du Commerce et de l’Economie numérique, avait fait le déplacement à Paris.

Nous voulons renforcer les relations. Il existe déjà un partenariat économique très avancé, et une étroite collaboration dans l’industrie », note Jamal Messaoudi

Au lendemain de l’attribution aux Etats-Unis, le même Laabid dit sa déception dans le quotidien sportif L’Equipe : « Il y avait beaucoup d’arguments en faveur du Maroc, dont la candidature était innovante. »

Relation « win-win »

Président du groupe d’amitié Maroc-France depuis la fin 2017 à la Chambre des Représentants, Jamal Messaoudi, député du Parti de la Justice et du Développement (PJD) n’était pas à la soirée parisienne du 15 mai.

Mais il a déjà rencontré au Maroc son homologue français. Défenseur du dialogue entre les deux rives, il a pour sa part organisé trois réunions avec les cinq autres membres de son groupe d’amitié, chacun représentant un groupe politique différent. »Nous voulons renforcer les relations. Il existe déjà un partenariat économique très avancé, et une étroite collaboration dans l’industrie », note Jamal Messaoudi.

Laabid lui évoque la « mise en place d’une relation win-win » entre les deux pays, alors que la France n’est plus le premier partenaire commercial du Royaume, détrônée par l’Espagne depuis 2012. « Pour que ça soit un partenariat gagnant-gagnant, il ne faut pas que le dialogue soit radin », glisse la députée française Sarah El Haïry.

Un groupe Franco-Algéro-Marocain ? 

En attendant, le groupe d’amitié s’est doté de quatre groupes de travail : « développement économique et développement durable », « culture », « numérique et jeunesse » et « démocratie, liberté et solidarités. » « On a encore du mal à les faire vivre comme on le voudrait car les députés sont très sollicités », avoue Laabid.

Le dialogue parlementaire pourrait à l’avenir se réaliser à trois. Laabid va intégrer le groupe d’amitié France-Algérie, présidé par Fadila Khattabi (LREM), qui est elle déjà membre de France-Maroc. « On aimerait tous les deux animer un événement commun aux deux groupes d’amitié. Ça serait extraordinaire », dévoile Laabid.

« Le mot magique et fondamental, c’est ‘amitié’. C’est ce qui nous réunit au-delà des origines », se félicite le député Brahim Hammouche (MoDem, majorité), né en Algérie, et lui aussi membre des deux groupes d’amitié. Ou comment la réconciliation peut passer outre les frontières.


Les députés les plus actifs

• Mustapha Laabid

49 ans, député En Marche d’Ile-et-Vilaine

Président du groupe d’amitié France-Maroc

Cinq déplacements au Maroc depuis novembre

• Nadia Hai

38 ans, députée En Marche des Yvelines

Vice-présidente du groupe d’amitié France-Maroc, co-animatrice du groupe de travail « Développement économique et développement durable »

Trois déplacements au Maroc depuis novembre

• Naïma Moutchou

37 ans, députée En Marche du Val d’Oise

Vice-présidente du groupe d’amitié France-Maroc, co-animatrice du groupe de travail « Culture »

Un déplacement au Maroc depuis novembre

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte