Dossier

Cet article est issu du dossier «RDC : grandeur nature»

Voir tout le sommaire
Culture

RDC : Thembo Kash, ou l’art de la caricature politique

"Bemba pourra-t-il concourir ou fera-t-il le faiseur de roi?" postait le caricaturiste sur sa page twitter, le 10 mai. © @KashauriM/Twitter

En BD ou en caricature, le dessinateur kinois Thembo Kash croque l’actualité politique et les petits travers de ses compatriotes.

Et si c’était encore lui ? Sous le crayon du dessinateur, un dauphin prend progressivement les traits de… Joseph Kabila himself ! « La MP [Majorité présidentielle] est passée à table : de DAUPHIN, on est passé à JOSÉPHIN. Fin de suspense ! » commente Thembo Kash sur son fil Twitter, en référence aux rumeurs persistantes de tentatives de tripatouillages, qui permettraient au chef de l’État congolais de s’éterniser au pouvoir.

Thembo Muhindo Kashauri – alias Thembo Kash – est l’un des illustrateurs de presse les plus en vue du pays. Deux fois par semaine, il publie des dessins dans le quotidien national Le Potentiel, avec une nette prédilection pour les sujets politiques.

Aujourd’hui, ma responsabilité est de retranscrire ce que pensent les gens. C’est une forme de résistance. Et je crois que c’est bon pour les libertés publiques

De Joseph Kabila Kabange (JKK, « le raïs », également surnommé Léopold Kabila) à ses homologues étrangers (à commencer par le Rwandais Paul Kagame) en passant par les membres du gouvernement (notamment son porte-parole, Lambert Mende, et son chef de la diplomatie, Léonard Shé Okitundu), le président de la Ceni, Corneille Nangaa, ainsi que les leaders de l’opposition (Moïse Katumbi, Félix Tshisekedi, Jean-Pierre Bemba…) : il croque sans concession les hommes de pouvoir, sans oublier les petits travers de ses compatriotes et les grands maux dont souffre son pays.

Une simple blague sur l’exécutif

Dans son atelier situé à quelques rues de l’académie des Beaux-Arts de Kinshasa, où il a fait ses classes à la fin des années 1980, béret vissé sur la tête et allure nonchalante, Kash est intarissable sur la situation politique et sociale. « On s’imagine souvent que les Congolais sont amorphes, mais rarement, dans l’histoire, un peuple a autant morflé ! Aujourd’hui, ma responsabilité est de retranscrire ce que pensent les gens. C’est une forme de résistance. Et je crois que c’est bon pour les libertés publiques. »

Au vu de mes dessins, certaines personnes s’imaginent que je vis à l’étranger », s’amuse-t-il

L’engagement de Kash, qui est membre du réseau Cartooning for Peace (fondé par le dessinateur de presse Plantu, en 2006), ne lui a jamais valu d’avoir maille à partir avec les autorités congolaises. Ce qui ne cesse pas d’étonner dans une RD Congo où une simple blague sur l’exécutif peut coûter un séjour dans les geôles de la redoutée Agence nationale de renseignements. « Au vu de mes dessins, certaines personnes s’imaginent que je vis à l’étranger, s’amuse-t-il. Pourtant, c’est vrai, je n’ai jamais été inquiété jusqu’à présent. En fait, je crois que beaucoup de ceux auxquels je m’attaque ne comprennent pas mes dessins. »

L’art de Kash ne se limite pas à celui de la caricature. Il est aussi une figure de proue de la bande dessinée en RD Congo et a d’ailleurs coorganisé les quatre premières éditions du Salon africain de la BD à Kinshasa, au début des années 2000. Sa passion pour le dessin en général, et la bande dessinée en particulier, lui est venue très tôt. Né en 1965 à Butembo (Nord-Kivu), il grandit à Beni, où il a passé son bac en 1986.

Graphiste dans la publicité

« Lorsque j’étais enfant, dans les années 1970, il y avait encore beaucoup de Belges et de Grecs à Beni. Les domestiques leur fauchaient des albums venus d’Europe, qui circulaient ensuite dans la population, raconte-t-il. Ça m’a tout de suite scotché, on aurait dit des photos déformées… Et comme j’ai toujours été persuadé que tout ce que l’homme blanc fait, je peux le faire, je n’ai plus eu qu’une seule obsession : faire la même chose ! »

Adolescent, il se faisait de l’argent de poche en sérigraphiant des tee-shirts à l’effigie de Bob Marley

L’adolescent dessine beaucoup. Il trouve le moyen de se faire un peu d’argent de poche en sérigraphiant des tee-shirts à l’effigie de Bob Marley. « C’était un super filon, dit-il. Tout le monde en voulait. » Sauf que son père est alors persuadé que son rejeton vole. « Il a pris tout mon argent et a tout jeté, puis il m’a envoyé étudier les sciences politiques à Kisangani. »

C’était sans compter la détermination du jeune homme, qui entame un bras de fer d’un an avec son père. Lequel finit par céder. Thembo ira étudier aux Beaux-Arts de Kinshasa, dont il sort diplômé en 1991. Il travaille alors en tant que graphiste dans la publicité tout en débutant dans la BD et dans la caricature de presse, collaborant à plusieurs titres, dont Le Phare et Zaïre Magazine.

Vanity, BD polar en deux tomes

Outre des albums d’aventures kinoises, tels Jungle urbaine (L’Harmattan, 2012) et Mbote Kinshasa ! Article 15 (La Boîte à bulles, 2016), Kash a publié avec le scénariste belge André-Paul Duchâteau une série remarquée : Vanity.

Cette BD polar en deux tomes (publiés en 2007 et 2010, puis réunis dans La Dixième Symphonie en 2016) retrace les investigations d’Angela Sanders, enquêtrice des assurances VAX, et de Fanny Gennaux, inspectrice du groupe Opera (Organisation police enquêtes recherches artistiques) pour résoudre des crimes à caractère rituel qui les conduisent à s’immerger dans les milieux de la sorcellerie et du satanisme. « J’ai d’ailleurs accumulé une très grosse documentation sur le sujet », s’amuse encore Kash.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte