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Société

RDC : Okasol, le couturier attitré des officiers

Le maître tailleur Okasol dans son atelier de La Gombe, à Kinshasa, en juin. © Didi Junior Kannah pour JA

Okasol est le couturier attitré des corps habillés congolais. Haut gradés de l’armée et de la police, ministres, députés nationaux, magistrats... Ils sont nombreux à se tourner vers lui.

Il connaît les mensurations de tous les officiers congolais. Dans son atelier moderne installé dans le centre-ville de Kin, on peut admirer des chemises et uniformes taillés sur mesure pour de haut gradés de l’armée et de la police, des costumes en cours de confection pour des ministres et des députés nationaux, sans oublier quelques toges de magistrats. Plusieurs fois primé dans sa discipline, à 58 ans, Samy Okaso Lushima, dit Okasol – ou maître Samy – est le couturier attitré des corps habillés congolais.

« La couture est une affaire de famille », confie ce Tetela natif de Lodja (centre du pays). Pour s’en rendre compte, il suffit d’un coup d’œil aux trois portraits – lui-même, avec deux de ses cinq enfants – brodés sur un grand tissu blanc et trônant en bonne place dans le bureau où le maître tailleur a l’habitude de recevoir. Un travail remarquable réalisé par son deuxième fils, qui a appris l’utilisation de l’automate de broderie en Afrique du Sud. L’aîné des Okasol, lui, est passé par l’Académie internationale de coupe de Paris (AICP).

Un prêtre belge disait à ma mère que la couture était un métier noble. J’y ai cru et j’ai toujours voulu le prouver à ceux qui pensaient le contraire, se souvient maître Samy

La fierté se lit sur le visage de ce père lorsqu’il parle de ses fils, mais aussi de sa fille, qui marchent dans ses pas. Lui, c’est sa mère qui l’a initié au métier. Son père n’a jamais voulu le voir coudre et l’avait même envoyé à Kindu, dans le Maniema, très loin de l’influence maternelle, pour préparer son examen d’État (équivalent du baccalauréat).

Diplôme obtenu, il intègre l’Institut supérieur de commerce de Kinshasa au début des années 1980, mais continue à coudre « par passion », dit-il, pendant le week-end et les vacances. Jusqu’à se construire petit à petit une réputation. « Un prêtre belge disait à ma mère que la couture était un métier noble, se souvient maître Samy. J’y ai cru et j’ai toujours voulu le prouver à ceux qui pensaient le contraire. »

Tenues d’apparat

À la fin de ses études de gestion, il rejoint Inter Mode, un atelier de couture qui a alors pignon sur rue dans la capitale congolaise. Quelques mois plus tard, il se lance en solo et, dans la foulée, il « gagne le marché des toges des magistrats », qui lui permet d’enregistrer son entreprise et de s’envoler pour Bruxelles. Il y approfondit ses connaissances en gestion à l’Institut de formation des cadres pour le développement (Ifcad) et suit une formation à l’Institut des arts et métiers tout en continuant à coudre des abacosts (symbole vestimentaire de la nomenklatura sous Mobutu) pour des diplomates et des officiers.

Encouragé par un attaché militaire à « rentrer servir son pays », le tailleur revient à Kinshasa au moment où débute la rébellion dans l’Est. Après la chute de Mobutu, les nouveaux maîtres de Kinshasa se tournent peu à peu vers lui pour faire confectionner leurs tenues d’apparat. Une clientèle qu’il parvient à fidéliser « grâce à [son] amour du travail bien fait », tient-il à rappeler, mètre ruban extra-long autour du cou.

Tissus haut de gamme

Okasol, c’est aussi le seul atelier de couture d’Afrique centrale où l’on peut trouver certains tissus haut de gamme. C’est notamment le représentant de Dormeuil et de Scabal. Le tailleur envisage maintenant d’ouvrir une boutique à l’aéroport international de Bole, à Addis-Abeba. Son vœu : « Habiller, un jour, les plus grandes personnalités africaines. »

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